Cinq minutes pour jouer

Simplicité volontaire, bienveillance, parentalité positive et pédagogies alternatives au quotidien.

Month: November 2017

Il était une fois, la loi 143… (Spoiler: plusieurs sdg en milieu familial vont devoir fermer.)

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Dans la plupart des villes au Québec, ouvrir un service de garde en milieu familial privé était assez simple : l’éducatrice devait respecter le ratio de 6 enfants payants.

Fin.

(Certaines villes ou compagnies d’assurances ont leurs propres règles qui s’ajoutent à celle-ci ainsi que la MAPAQ.)

Tout le reste, et bien ça devenait une question d’offre et de demande. Après tout, l’éducatrice offre un service donc c’est à elle de veiller à répondre aux besoins des parents. Un parent vegan choisira un service de garde en milieu familial vegan, un parent maternant choisira un service de garde en milieu familial maternant, un parent plus axé sur la discipline choisira le service de garde en milieu familial qui répond à ce besoin.

Choisir le bon service de garde, c’est la responsabilité des parents. De la même façon qu’on leur fait confiance pour savoir ce qui est le mieux pour leurs enfants dans les autres sphères de leurs vies. Les parents donc, visitent des services de garde en milieu familial, posent des questions, et choisissent celui qui cadre le mieux dans leurs valeurs. Ça permet donc une belle continuité entre la maison et le service de garde. Être à la garderie un peu comme à la maison.

En 2017, nous sommes loin des services d’antan où il suffisait d’une boîte de jouet dans le salon; plusieurs éducatrices rénovent leur maison, investissent dans du matériel coûteux ou suivent des formations spécialisées. Celles-ci le font en ayant confiance que ça se repayera dans le futur, et étant heureuses d’offrir une grande qualité aux petits qu’elles reçoivent chaque jour.

Plusieurs éducatrices profitent de leur métier (et certaines l’ont choisi spécifiquement pour cette raison) pour élever leurs enfants dans leur milieu. Pour elles ce n’est que logique : offrir le meilleur aux touts petits des autres oui, mais aux siens aussi.

La loi 143

Je reviens donc à la loi 143 qui vient de passer et modifie la réglementation en lien avec les services de garde en milieu familial. Cette loi vise à améliorer la qualité des services éducatifs (génial!), mais le comment est plus problématique… Nous avons tous déjà visité un milieu familial douteux dans un sous-sol pas très propre, et nous sommes tous d’accord qu’aucun enfant ne devrait y être envoyé, soit, mais malheureusement rien dans la loi 143 ne fera fermer ces endroits spécifiquement… La loi s’applique dès maintenant pour les nouveaux milieux et dès septembre 2019 pour les milieux existants.

La baisse de ratio

Les éducatrices ayant des enfants, par contre, seront affectées. Le gouvernement prévoit de forcer une baisse du ratio passant de 6 + les siens à 6 incluant les enfants de moins de 9 ans de l’éducatrice. Ce qui veut dire que l’éducatrice qui a 3 enfants à elle donc 2 à l’école, et qui reçoit 6 enfants “payants”, devra renvoyer 3 enfants afin de répondre à la baisse de ratio exigé par la loi. Les touts petits bénéficient de la présence des enfants d’âge scolaire, et pourtant, l’éducatrice devra choisir entre envoyer ses enfants à elle loin d’elle sur les heures d’ouverture ou baisser son ratio.

Baisse de ratio, ça implique de renvoyer des enfants qui ont un attachement envers leur éducatrice et le milieu où ils passent leurs journées. Des enfants qui ont des amis dans leur milieu. Des enfants qui aiment s’endormir pendant que “Danielle” leur flatte les cheveux. Qui aime les blagues de “Jacynthe”.

Un enfant à l’école équivaut un préscolaire présent toute la journée??

Ma fille de 8 ans, pourtant absente de 7h15 à 15h30, compterais comme une place sur les six auxquelles j’ai droit. Puisqu’elle est parfois là, le gouvernement la compte. Je vous assure que sa présence n’affecte pas mes capacités à prendre soin des petits.. Si elle allait au service de garde, elle demande si peu de surveillance à son âge qu’on la placerait dans un groupe de 20 ou plus d’ailleurs… Je comprends que certains ont dû mal à s’imaginer gérer 6-7 enfants. C’est pourquoi justement, on ne doit pas gaspiller les éducatrices ayant ces capacités en rendant les conditions de travail plus mauvaises…

La fin des remplaçantes

À compter de septembre 2019, il sera également illégal de se faire remplacer. Si une éducatrice a un rendez-vous médical, elle devra fermer. Si elle souhaite rester ouverte pendant sa grossesse, impossible de se reposer parfois en utilisant de l’aide d’une remplaçante… Ca veut dire qu’une éducatrice devra choisir entre prendre soin d’elle et fermer ou offrir un service même si elle sent qu’elle ferait mieux de se faire remplacer… Les éducatrices devront également renoncer à s’impliquer dans le quotidien de leurs enfants puisque sans remplaçante, elles auront le choix entre manquer le spectacle du petit dernier ou fermer leur service pour la journée.. Quand on offre un service 50 heures par semaine, pouvoir se faire remplacer occasionnellement, c’est loin d’être un caprice.

Les documents obligatoires

Plusieurs documents (attestation d’empêchement par exemple) seront maintenant obligatoires $$, ce qui n’est pas nécessairement mauvais, mais dans un contexte de baisse de ratio, ça signifie d’autres frais supplémentaires récurrents qui seront plus difficiles à rattraper..

Perdre jusqu’à 50% de son salaire… Et elles fermèrent leurs portes…

Certaines éducatrices pourront rester ouvertes, certaines augmenteront leurs tarifs, certaines fermeront….

Pourriez-vous vivre avec 50% de votre salaire? Si ça doit aussi payer vos dépenses pour maintenir une bonne qualité de service?? Plusieurs parents doivent déjà visiter 10 services de garde en milieu familial avant d’en trouver un qui convient à leurs valeurs personnelles. Et si c’était celui-ci qui fermait? Et si le retour au travail pressait tellement qu’ils seraient obligés de prendre un “pas si pire”? Sans parler des parents de 2 ou 3 enfants en âge préscolaire qui devront travailler encore plus fort pour trouver un milieu ayant 2-3 places.. Pour éliminer les enfants qui fréquent des mauvais milieux, ce donc on a besoin c’est plus de choix afin que personne n’ait a se contenter du “pas si pire”. Et la notion d’un bon milieu varie selon le mode de vie de chaque parent.

Les éducatrices maternantes seront probablement les premières à fermer, parce qu’entre leurs enfants et le revenu le choix deviendra évident…

Il faut faire confiance aux parents, aux éducatrices, elles connaissent leurs capacités, leurs besoins.

L’effet sur la société
Baisse de salaire = plus d’allocations
Impossible de trouver une garderie = baisse de salaire

Etc.
Ai-je besoin d’en dire plus? Ce sont des milliers de femmes qui verront leur salaire baisser avec ce changement dans la loi.

Et tout le reste…

On parle de programme éducatif imposé, de x ou y formation, de pleins d’autres règles qui pourraient alourdir encore plus les milieux d’ici quelques années..

Vous savez, je fais des choix différents pour mes enfants. Je ne suis pas la seule. Je refuse de les laisser pleurer même si la “spécialiste” liée à un site de formation pour éducatrices conseille de laisser hurler les bébés…

Cette liberté de choisir ce qui est le meilleur pour mes enfants, et d’offrir ma façon de faire à ceux que je reçois, je ne souhaite pas la perdre.

Compromis acceptables (moi aussi, je veux éliminer les SDG dangereux)

Je n’ai aucun problème avec le RCR obligatoire (la plupart l’ont déjà, c’est juste normal) et les mesures qui n’affectent pas notre liberté de choisir ce que nous offrons comme type de services, et surtout qui ne forceront pas les éducatrices a choisir entre leur métier ou leurs enfants.

Vous savez, suivant le principe de la loi de l’offre et la demande, la façon la plus simple de faire fermer les services de garde problématiques est d’éduquer les parents.. Si personne n’accepte que son enfant mange des hot dogs tous les midis, et bien, ensemble, on fera disparaître ces services-là.. C’est beaucoup plus efficace d’avoir des parents alertes 365 jours par année que n’importe quelle règle…

Endormir sans laisser pleurer, c’est possible en garderie aussi!

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Après 9 ou 12 mois dans les bras de maman, plusieurs bébés se retrouvent en service de garde et doivent faire face à une grosse adaptation : le quotidien loin de leur figure d’attachement principale. Cette adaptation peut prendre des proportions gigantesques si le milieu qui les prends en charge opte pour la politique du laisser-pleurer pour la sieste. Des alternatives sont possibles et je voulais vous les partager afin d’aider les éducatrices à la recherche d’une façon de mieux s’adapter à l’arrivée d’un bébé “materné”.

Pourquoi ne pas fermer la porte et laisser bébé pleurer simplement?

Premièrement, parce que ça ne fait aucun sens. Bébé est en recherche de repères, de sécurité et ce donc il a besoin c’est de créer des liens avec une nouvelle figure d’attachement en douceur. Lui envoyer le message que “ici tes besoins ne sont pas entendus”, c’est risquer d’affecter son sentiment de sécurité, de confiance envers l’adulte, bref les bases de son estime de soi.

Ne pas laisser pleurer, est-ce-que ça signifie avoir bébé dans les bras 8h par jour?

Non. Il y a des façons, des trucs, pour amener bébé à dormir et éventuellement à dormir son 1-2 heure sans interventions de l’adulte une fois endormi. En intégrant l’endormissement à la routine, on peut arriver à un moment où endormir se fera en quelques minutes et même éventuellement sans avoir besoin de la présence de l’adulte.

Des attentes réalistes

Selon le tempérament de bébé, l’adaptation sera plus ou moins longue. Ce n’est pas la faute des parents, et la pire erreur à faire est de demander aux parents de modifier leur façon de faire : si l’adaptation est longue parce que bébé est de tempérament plus anxieux, modifier son quotidien à la maison, donc ses repères, ne fera que rendre la situation plus difficile.

Il est possible qu’on doive modifier la routine temporairement afin de faciliter la sieste au début ou encore qu’on ait l’impression d’avoir une surcharge de travail, mais il ne faut pas oublier que ce sont des petits pas qui nous amènerons à l’objectif finale : une sieste paisible, sans pleurs.

Comment les parents peuvent collaborer?

1. En introduisant bébé à s’endormir de façons variés avant le début de la garderie. On endormira bébé en berçant en poussette, en automobile, en porte bébé, avec mamie, en chantant, dehors, en allaitant, dans la maison, dans un lieu animé etc… Ce qu’on cherche à faire ici, c’est d’éviter que bébé n’ait qu’une référence quant aux conditions pour s’endormir.

2. En acceptant la routine un peu chaotique du début. Parfois bébé s’endormira plus tard que prévu pour la sieste, parfois ça affectera son horaire, vaut mieux être zen et comprendre que c’est temporaire… Souriez et soyez heureux et n’oubliez pas le principe de la hiérarchie des priorités (voir plus bas).

3. En étant positif avec bébé quand ils parlent de la situation de garde.
Si vous êtes incapable de vous imaginer le laisser en service de garde, ne le faites pas. Votre bébé se fit à vous, et s’il sent une réticence, il en sera affecté. Soyez positif, parlez-lui des avantages de la nouvelle situation (et faites-lui vivre). Souvent, les parents en congé sont détendus et au retour du travail, la pression et la routine les rends stressés… Il est difficile pour votre bébé de faire une association positive avec le fait d’aller à la garderie dans ses conditions.

Surtout, n’envoyez jamais votre enfant à un endroit si vous n’êtes pas à l’aise pour une raison ou une autre. Votre enfant le sentira et son comportement en sera affecté.

4. En acceptant que ce soit différent de la maison. Si vous faites confiance à votre éducatrice et qu’il est clairement établis que laisser pleurer bébé n’est pas une option, pour le reste laissez-la choisir sa méthode et faites lui confiance. Vous serez peut être surpris de la façon donc il s’endort, surtout si ça ne marche pas à la maison. C’est simplement que bébé s’adapte à la réalité de chaque endroit.

Le principe de la hiérarchie des priorités et le sommeil

Qu’est-ce qui est le plus important, dans votre situation? L’heure à laquelle bébé dort ou l’endroit? La rapidité d’endormissement puisque vous avez un groupe de poupons et avez besoin de trouver une solution qui fonctionnera pour avoir le temps de les endormir tous?

La première priorité sera probablement que bébé dorme suffisamment pour être en forme. Pour le reste, ça dépends de votre réalité, de votre groupe, de vos attentes et celles des parents. Prenez le temps d’y penser car cette hiérarchie sera importante pour choisir votre méthode.

Il serait irréaliste de s’attendre à ce que bébé intègre tout dès le premier jour, c’est pourquoi savoir ce qu’on veut en premier aide beaucoup.

Trouver la balance entre constance et flexibilité

Bébé arrive avec un bagage : il sait comment s’endormir fonctionne chez maman, chez mamie aussi peut-être ou en sortie mais n’as aucune idée de ce qui l’attends chez vous. C’est un avantage qu’il ne faut pas gaspiller en faisant l’erreur de vouloir absolument reproduire ce qui se passe chez les parents, si ce n’est pas réaliste dans le contexte de votre milieu.

Dès le premier jour, vous avez la possibilité de poser les bases de ce qu’il verra comme étant la normalité de la garderie. C’est ici que le deuxième point de votre hiérarchie est important : ce point sera respecté dès le jour 1. Donc admettons que pour vous c’est l’heure, dès le jour 1, vous allez travailler pour qu’il s’endorme à la bonne heure.

Il faut également faire preuve de flexibilité évidemment : respecter les besoins du bébé en intégration. C’est une balance difficile à trouver mais vous pouvez y arriver. Suivez votre intuition, et observez bébé pour arriver a trouver le meilleur compromis.

Des trucs à intégrer tout au long de la journée
-Habituer l’enfant a des mots-clés qui seront réutilisés au besoin lors du sommeil, par exemple: “Je reviens, reste ici” pour l’habituer a ce que vous quittiez momentanément sans qu’il en soit inquiet.
– Jouer à coucou, favoriser la permanence de l’objet
– Répondre à ses pleurs rapidement de façon rassurante.
– Faire du portage pour renforcer le lien d’attachement
– Le rassurer à distance avec votre voix: Utilisez toujours la même chanson pour le faire patienter lorsque vous êtes occupés a changer une couche par exemple, lorsque cette chanson le calme le jour, intégrez-la au besoin à la sieste.

L’ambiance autour du moment de la sieste

Avoir une routine fixe, un moment plus calme (lumière tamisée, histoire, odeurs calmantes) vont aider évidemment. Aussi, vous assurer que bébé bouge et dépense de l’énergie juste avant le dîner vous aidera. Le sommeil d’un enfant est le reflet de sa journée, on ne peut pas s’attendre a ce qu’il dorme s’il ne vit que des moments négatifs dans les heures précédents la sieste.

Fatigue physique + bedon plein + ambiance apaisante = bébé prêt à dormir.

Une musique douce, du white noise, peuvent également aider pendant l’endormissement. On conseille d’arrêter la musique une fois que les enfants sont endormis. Une doudou avec laquelle les parents ont dormis est également un bon truc..

Ok, et je l’endort comment?

Le matin? Réponse facile: dans la poussette pendant une sortie dehors. Il s’habituera ainsi à s’endormir au milieu du bruit des autres enfants.

L’après-midi?

-Couché sur un matelas à côté de vous pendant que vous flatter les cheveux en chantonnant.

– Couché sur vos jambes (en indien) alors que vous êtes assises entre les matelas des autres enfants.

– En portage simple ou double sur un ballon d’exercice.

– En faisant une légère pression sur son dos, comme un massage doux, pour l’aider à s’endormir…

Pour un bébé qui refuse complètement le parc/matelas:
Vous pouvez commencez avec vous sur le divan pour tranquillement aller en transition vers le matelas dans une progression constante ressemblant à ceci: dans vos bras, puis 4 jours plus tard, accoté sur vous, puis 4 jours plus tard, à coté de vous, puis 4 jours plus tard on ré-introduit le matelas ou le parc.. Ici la clé, c’est de ne pas laisser s’installer les habitudes mais de constamment progresser…

Pour plusieurs poupons
En le mettant dans la chaise haute pendant la routine des autres, puis en le berçant.
Vous pouvez préparer des bacs de jouets spéciaux réservés pour les bébés attendant leur tour…

Vous pouvez également décaler les intégrations ou simplement, les habituer un à un en utilisant une poussette ou coquille balancé avec le pied le temps d’habituer le premier, puis le deuxième.. Vous pouvez ensuite les transférer sur le matelas/parc une fois tous les bébés endormis. Comme la plupart des bébés ont déjà dormit en poussette en plus d’une autre façon, ce n’est pas une association qui sera très difficile à défaire.

etc.

La clé ici, c’est vraiment de décider de prendre le temps, de se donner la peine d’analyser pour trouver une solution plutôt que d’aller vers le laisser pleurer. Oui, pendant une semaine, un mois peut-être, votre horaire sera chamboulé, mais un jour, il sera 13h et tous les enfants dormiront paisiblement en sachant que leurs besoins sont importants, qu’ils sont importants pour vous.

Bon travail !