Cinq minutes pour jouer

Simplicité volontaire, bienveillance, parentalité positive et pédagogies alternatives au quotidien.

Month: September 2018

L’histoire d’un verre d’eau 


Il y a quelques jours ou semaines, je ne sais plus exactement, Alice pleurait. Charlotte (presque 4 ans) me conseilla d’essayer de lui donner de l’eau: “Peut-être qu’elle a soif, moi, quand je pleure, j’aime avoir un verre d’eau.” Je lui en ai donc donné, et ça a adonné que la diversion l’a calmée.

Charlotte, bien heureuse que son truc ait fonctionné a déclaré : “Moi aussi, je vais pleurer et je veux que tu me donnes un verre d’eau. ” 
(….)
1-2 semaine plus tard.

Charlotte est en crise. C’est une dure journée. Elle se remet d’une fièvre et elle est vraiment d’une humeur difficile.

Son papa est avec elle, elle pleure et est en grosse opposition de petite fille trop fatiguée alors que j’endors Alice. Difficile de la faire changer d’humeur.

J’ai alors un flash. Je dépose Alice en lui disant que je reviens, et je me dépêche d’aller chercher un verre d’eau.

Je lui dis: Oh, en t’entendant pleurer, j’ai pensé que tu aimerais peut-être que je t’apporte un verre d’eau. 

Elle ne le boit pas, mais un déclic se fait dans sa tête. Je lui démontre que j’ai accordé de l’importance a ce qu’elle m’avait déjà dit sur elle-même.

Je repars endormir Alice. Moins d’une minute plus tard, Charlotte vient se coucher dans son lit, maintenant calme. Elle s’endort rapidement paisiblement. 
(….)
Le lendemain midi

Alice se réveille de la sieste maussade. Je ne sais pas si vos enfants font ça parfois, mais peu importe ce que je fais, même en la prenant, lui offrant du lait ou de lire un livre, elle reste en crise. C’est un mauvais réveil bref. Charlotte vient me voir. Je lui dis bien honnêtement: “Oh lala, Alice s’est réveillée en pleurs et je n’arrive pas a la calmer. As-tu une idée ?  ”

Elle en a une.

Elle sourit. Un gigantesque sourire qui montre une grande fierté. Elle déclare : ” J’ai un truc !!! Je vais chercher un verre d’eau !!!!”

Elle court a la cuisine, prends un verre, court a la salle de bain (toujours en souriant), remplis un verre d’eau. En fait, elle ne court pas, elle danse presque.

Elle me donne le verre.

Alice, le regarde.

Elle hésite.

Puis elle s’avance.

Bois une gorgée.

Et son humeur se calme déjà.

Charlotte clame fièrement: “mon idée a fonctionné, j’ai un bon truc !”

Je lui réponds: “Oui, tu connais une bonne façon d’aider les autres a se calmer ! ”

(….)

C’est l’histoire d’un verre d’eau, d’un apprentissage, d’un cheminement en cours… D’une enfant qui apprend sur elle-même. Sur les autres.

Le principe des prérequis, une alternative logique aux punitions

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“Ça fait cent fois qu’elle va dans sa chambre pour ça et pourtant, elle semble incapable de réfléchir avant d’agir et recommence chaque fois!!!”

Et si on changeait de vision? Si au lieu de réfléchir à comment “lui faire regretter” un comportement, on réfléchissait plutôt aux avantages que lui apporte le comportement souhaité?

Je vais vous parler de ma façon de voir les conséquences dites logiques comme des prérequis plutôt.

C’est beaucoup plus motivant d’atteindre un but, et ça permets au parent d’avoir un rôle d’accompagnement, d’encouragement, d’aide plutôt que le rôle de punir. Toute sa vie, notre enfant devra faire face à des prérequis. Ceux-ci sont généralement basés sur des faits, et non des jugements. “Pour aller dans le manège, voilà la grandeur minimum. Oups! Peut-être l’an prochain!”

Il y a des prérequis sur lesquels nous n’avons pas de pouvoir ( comme la grandeur, l’âge…) mais pour beaucoup, nous pouvons poser des gestes concrets pour les atteindre (s’entraîner à nager pour réussir le test donnant droit à la nage sans flotter, par exemple.)

Imaginons que notre enfant souhaite vraiment atteindre le droit de nager seul cette année, nous poserons des gestes pour l’accompagner : l’apporter à la piscine, l’encourager en soulignant ses progrès, voir pour des cours privés en cas de difficultés. Notre rôle sera d’accompagner. S’il ne se pratique pas suffisamment nous ne le punirons pas, il aura à vivre avec la conséquence logique : il devra garder son équipement de flottaison. Nous lui donnons le pouvoir. Ce sont ses comportements qui l’apportent ou non vers l’objectif fixé.

Ce principe de prérequis peut s’appliquer à beaucoup de comportements vus comme dérangeants au quotidien. Ça peut-être aussi simple que pour déjeuner tu dois être habillé. Il n’y a pas de jugements, pas de menaces. C’est un fait. La marche à suivre est logique.

Lorsqu’on fonctionne de cette façon, les événements récurrents deviennent des motivations puissantes. Pour aller à la bibliothèque et choisir tes propres livres ou pour aller à l’épicerie, je m’attends à ce que tu démontres que 1) tu comprends le comportement attendu en chemin 2) tu respectes les limites qu’on s’est fixées dans un lieu public.

Si dernièrement, chaque sortie est difficile parce que l’enfant ne respecte pas des attentes claires, adapté à son âge, eh bien, il restera à la maison la fois d’après. Ensuite, on pourrait y aller graduellement. Une sortie agréable au parc du coin pendant 30 minutes peut mener à 1h ensuite à un endroit plus stimulant encore.

Tout est dans la façon donc l’adulte le présente à l’enfant, ce n’est pas un “Si tu n’arrêtes pas, la prochaine fois tu restes à la maison! Allez, arrête! Tu pleures??? Ta chambre!!” Ça ressemble davantage à : “Nous allons à la bibliothèque et tu ne viens pas, tu sais pourquoi.” ” Hmm, tu aimerais vraiment venir ! Tu es fâché! À mon retour, nous discuterons ensemble du comportement attendu en public pour les prochaines fois. ” Et ainsi de suite….

Un enfant qui fait mal à répétition aux autres n’est pas prêt à jouer sans surveillance rapprochée. Ça peut impliquer qu’il devra rester près de maman/papa le temps du souper plutôt qu’aller au salon avec les autres.

Un enfant qui laisse traîner ses traces de bricolages n’est pas prêt à entreprendre de gros bricolages seul. Il se pourrait qu’il doive se contenter de papier et crayons quand maman/papa n’est pas disponible.

Un enfant qui a du mal a complété sa routine du matin parce qu’il a du mal à retourner à ces tâches une fois qu’il joue, pourrait se voir demander de finir toute sa routine avant de jouer. Il aura beaucoup ou peu de temps pour jouer selon sa vitesse.

Évidemment, il reste important que les attentes soient réalistes. Personnellement, j’aime prendre le temps de fouiner dans les livres à la bibliothèque. Certains de mes enfants ne sont tout simplement pas rendus suffisamment matures pour rester tranquille le temps que le fasse, ça dépasse l’attente réaliste. Je trouve une solution alternative pour répondre à mon besoin: j’y vais seule ou avec les grands quand les petits dorment.

Deuxièmement, notre demande doit être claire et facilement “mesurable” . “Je m’attends à ce que tu sois gentille au magasin” , c’est flou, et c’est difficile à juger. Une directive comme ” Je m’attends à ce que tu tiennes le panier “, c’est déjà plus clair, ça appelle à des faits plutôt qu’un jugement.

Troisièmement, il faut passer à l’action. Une conséquence logique ne fonctionne que si on laisse l’enfant la vivre, plutôt que de chercher a lui éviter pour toutes sortes de raisons. Reprenons l’exemple du cours de natation, nous n’irions pas quémander a l’instructeur de faire une exception même si l’enfant n’atteint pas le minimum parce que pauvre petit, c’est triste d’être le seul avec un flotteur ! On peut accepter le sentiment de l’enfant, l’accompagner dans son vécu, mais on doit absolument le laisser vivre cette conséquence. L’enfant pourrait plutôt après avoir raté le test, décidé de s’entraîner davantage et le repasse 1 mois après avec succès. Il se pourrait aussi qu’on se rende compte que cet objectif n’est pas réaliste tout court pour notre enfant, ou qu’il n’a juste pas envie de l’atteindre vraiment.. On pourrait l’aider à s’orienter vers un autre objectif, un compromis acceptable pour tous (Hmm, quand maman ne sera pas la, tu devras effectivement porter l’aide a la flottaison, mais quand maman sera avec toi, tu pourras te pratiquer sous ma surveillance).

Finalement, dans la vie il y a des obligations qu’on ne peut éviter. On ne peut pas ne plus faire l’épicerie parce que notre enfant y fait une crise chaque fois. Par contre, l’expérience peut être complètement différente selon son attitude. Du parent super enthousiasme qui a préparé une chasse aux items dans l’épicerie, au parent beaucoup moins enthousiasme voir un peu “robot” dans ses consignes, on peut adapter notre attitude pour refléter notre émotion. Le parent n’a pas à se mettre un masque constamment, c’est sain de nommer ses émotions et oui, pleurer pour avoir des bonbons pendant 30 minutes peut avoir comme conséquence logique un parent qui a moins envie d’être le fun, d’arrêter au parc ou d’écouter ensuite l’enfant parler de barbies avec enthousiasme. Encore une fois, ça dépend de l’âge du dit-enfant bien sure et de la façon de le nommer. On ne cherche pas a se venger, on respecte notre besoin à nous de se calmer après une période émotive.

Comme il est important de passer à l’action “négativement”, il est également important de passer à l’action positivement. On peut décrire les comportements de l’enfant lorsqu’il est dans la bonne voie. On peut également lui nommer concrètement les avantages qu’il obtient, en plus de lui faire vivre.

Mes livres préférés sur le sujet:

Parler pour que les enfants écoutent, et écouter pour que les enfants parlent
Parents épanouis, enfants épanouis 

Une histoire de carottes / Le temps de la congélation

Pendant la sieste, j’épluche un premier 3lbs de carottes. Ces carottes seront coupées, blanchies puis congelées pour l’hiver.

Je n’ai pas le temps d’aller plus loin que l’épluchure, alors je les laisse dans le bac que j’avais déjà prévu pour ça, sur la table.

Charlotte (3 ans) remarque tout de suite les carottes, suivis de près par ses deux sœurs (Léa, 6 ans, Alice, 1 an presque 2).

Charlotte – Pourquoi il y a des carotte sur la table?

Moi – Je dois les couper.

Charlotte – Je peut les couper moi ?

Moi – Bien sur. Je te sort ton couteau.

Charlotte s’installe donc, a couper ses carottes.

Ses deux sœurs restent proches.

Comme couper une carotte demande une bonne pression sur le couteau de bois, voila que la rondelle s’envole. Apres 2 ou 3 essais, elles se rendent compte que ca risque d’arriver a chaque fois.

Léa se propose pour attraper les carottes au vol. Sa proposition est acceptée.

Alice se cherche aussi un rôle. Les filles la laissent naturellement prendre un rôle qu’elle a souvent: mettre les choses dedans. Elles s’organisent, sans intervention d’un adulte, une façon de faire qui leur convient.  
Donc. Charlotte coupe. Léa attrape. Alice range dans le plat.
Et elles sont satisfaites, chacune, de leur fonction.
Il me reste plusieurs livres, j’ai hâte de voir, il se pourrait que demain ça intéresse des enfants différents, ou personnes, ou qu’elles changent les rôles. Ça n’as jamais été une activités proposée officiellement d’ailleurs, c’est juste quelque chose auquel elles prennent part naturellement. 

Juste le quotidien sur le coin d’une table de cuisine, un jour d’été.

Grandir avec les enfants, au fil du quotidien

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Ce matin, j’ai eu envie de sortir ma guitare. Je gratouille. Je me donne comme objectif d’apprendre une panoplie de chansons pour enfants parce que j’adore partager mes passions avec eux : ça rend tout le monde heureux. Entre deux chansons, j’ai levé les yeux, attirée par un bruit continu. Mon grand de trois ans m’a pris mon « pick » pour gratouiller à son tour alors j’en ai profité pour écouter et regarder plus attentivement ce qui avait attiré mon attention. Je me suis rappelé que j’avais accroché le boyau d’arrosage en haut du carré de sable et, maintenant, une grande flaque d’eau s’était formée. L’eau continuait de couler tranquillement et ça nous faisait entendre une jolie musique. Juste à côté, une demoiselle de deux ans en profitait, calme, paisible et heureuse. Elle remplissait son petit contenant pour le vider dans un autre. Lavait de temps à autre ses mains. C’était beau. Elle avait encore sa serviette sur le dos et, chaque fois, qu’elle se penchait, sa serviette trempait dans la flaque de boue. Ça n’avait pas l’air de la contrarier du tout. Elle a laissé sa serviette imprimer les souvenirs d’une journée sereine.

Comme quelques enfants étaient attirés par les belles tomates rougies par la pluie et le soleil du long weekend, j’ai abandonné ma guitare et les y ai rejoints. Wow! On était tous impressionnés par l’abondance dont on pouvait profiter! Des belles tomates! « On ne prend que les rouges, les vertes sont pas encore prêtes! ». Évidemment, y’en aura toujours un avec une tomate verte dans la main et qui demandera, une fois cueillie « Elle, est tu prête?? »…ça fait partie de la game. On s’accroche dans les toiles d’araignées, on essaie de ne pas piétiner les plants de fraises des champs. On salue au passage un verre de terre qui ferait mieux de retourner sous terre : « Pourquoi Marianne? ». « Parce que le ver va sécher au soleil et mourir. Il doit vite retourner faire son travail sous terre, à nourrir les plantes ». Le plus jeune du groupe va croquer dans sa tomate cerise (chose qu’on apprend vite à ne jamais faire…à moins qu’on veuille se retrouver aspergés de pépins de tomate ou qu’on ait découvert une technique antifuite!!). La vue de ces beaux pépins gaspillés me rappelle qu’on est l’automne, et qu’il est grand temps de choisir les plus beaux fruits pour en récolter les graines qu’on sèmera au printemps prochain.

À l’automne dernier, on est allé cueillir des courges avec les parents. Il y en avait de toutes les formes et de toutes les couleurs! On s’est régalé pendant l’hiver avec les potages, les purées, les courges spaghettis et les graines de citrouilles grillées! Devant toute cette beauté, j’ai eu l’idée de conserver quelques graines de nos spécimens préférés. Pas bien, bien compliqué : il suffit de prélever les graines de courges en santé, de les faire sécher, de les identifier dans un petit sac et de conserver dans la noirceur d’un contenant et à l’abri de l’humidité. Cette année, c’est dans notre jardin que les enfants pourront cueillir leur citrouille! Ils ont eu l’occasion de mettre la graine dans la terre, de voir le plant pointer son nez, grandir et produire de superbes fleurs oranges! Maintenant que l’automne approche, on peut admirer nos beaux fruits ronds profiter du soleil et attendre qu’on les ramasse. Ici, les enfants grandissent au fil des récoltes.

La simplicité du quotidien est ce que je cultive de plus en plus.

J’ai semé de la patience, du lâcher prise. Je me suis permis de donner beaucoup de compost à mes passions et les enfants sont devenus mon engrais. Un peu quétaine comme image, non? Hihi, vous pouvez rire, vous avez le droit. Ici, j’apporte des connaissances aux enfants mais ce sont eux qui m’ont permis de comprendre qu’il n’y a rien à acheter pour être heureux. Pas grand-chose à planifier pour apprendre. Il n’y a qu’à ouvrir grands les yeux et attendre. Sortir dehors, ouvrir les yeux et attendre. Sortir dehors, s’ennuyer, ouvrir les yeux et attendre. On s’assoit, on regarde les enfants au travail et on s’en inspire. Le reste va venir tout seul. Et si, un jour, j’entreprends d’apprendre le nom des insectes aux enfants, ce ne sera pas, en tout cas pas en premier lieu, avec une affiche ou un livre des insectes d’Afrique. Ce sera parce que j’aurai pris un enfant en flagrant délit d’arracher les pattes d’une araignée…et j’en profiterai pour lui dire à quel point son travail est important.

Ce récit d’une journée inspirante nous vient de Marianne St-Pierre, qu’on peut suivre sur le groupe: Mon service de garde vert