Cinq minutes pour jouer

Simplicité volontaire, bienveillance, parentalité positive et pédagogies alternatives au quotidien.

Mois : septembre 2019 (page 1 of 2)

Nos bébés n’ont pas besoin de jouets à batteries.

Certains pensent que les bébés ont besoin de jouets lumineux et bruyants parce qu’ils ne sauraient pas jouer seuls…

Comme ils ne parlent pas, on s’imagine qu’ils ont besoin de quelque chose d’animé pour s’amuser plus facilement. On souhaite capter leur attention, les captiver, les émerveiller…

Et on oublie…
On oublie que pour eux tout est nouveau et fascinant sans avoir besoin d’artifices.

Qu’au fil du temps, leurs habiletés changent leur permettant de découvrir et redécouvrir de façon différente le monde autour d’eux chaque jour…

Nos bébés n’ont pas besoin de jeux à batteries.

Ils ont besoin plutôt d’être assis dans le gazon, de voir des fleurs, des feuilles, d’entendre les sons de différents endroits. De se laisser captiver par la lumière du soleil sur le plancher, la neige dehors.

Ils ont besoin de toucher du doux et du moins doux, d’observer en passant un objet d’une main a l’autre pendant plusieurs minutes. De sentir la différence entre durs et mou, entre léger et lourd, entre sec et mouillé…

Ils ont besoin d’entendre la voix humaine celle qui raconte, qui chante, la voix de maman et celles des autres. Et pourquoi pas d’entendre d’autres langues?

Nos bébés n’ont pas besoin de jeux à batteries.

Nos bébés ont besoin d’espace, de temps pour explorer les capacités de leurs corps, non d’être confinés dans des jouets supposément stimulants dans une position forcée. Ce qui est le plus stimulant c’est d’être par terre et libre d’explorer… Ils ont besoin de réaliser que lorsque tu tournes plusieurs fois sur toi-même, ce qui est autour de toi change.

Faites confiance à vos bébés, observez-les. Ce qui se passe devant vous est merveilleux.

L’histoire du moment où elles ont basculés en mode collaboration / Ces journées de conflits

Chaque matin, elles se lèvent et alors il se produit l’une de ces deux choses :
– soit elles partent jouer ensemble dans leur monde imaginaire et alors je peux en conclure que c’est un départ pour une “bonne” journée
– soit elles cherchent à s’opposer, se chamailler et je peux déjà en conclure que ce sera une journée plus animé avec plus de gestion.

Oui, généralement à 7h10 je peux prédire ma journée (et je m’en sert pour ajuster ma façon d’être). Le problème avec cette donnée c’est qu’on obtient généralement ce à quoi on s’attends. Inconsciemment, on modifie notre comportement, on repère les indices qui vont de paire avec nos attentes.

(…)

C’est qu’en ayant 2 ans de différence, elles se retrouvent à franchir des étapes de développement qui les opposent. Les voilà à 2 ans et 4 ans. Toutes deux vivent un besoin de s’affirmer (à des niveaux différents) en simultané. Elles se font échos dans leur recherche de la position de meneur entres autres et certains jours c’est une lutte du lever au coucher.

Dernièrement, j’essaie de modifier ma perception. Plutôt que de n’en voir que la lutte, j’identifie le besoin de jouer seul, sans personne pour interrompre, modifier, imposer le cour du jeu. J’essaie de sortir de mes perceptions d’adulte, du bon et du mauvais. Je me donne la permission d’aller simplement vers ce qui fonctionne aujourd’hui.

Ce matin donc, le pattern qui se présente n’as rien d’exceptionnel dans une maison avec de jeunes enfants: l’une poursuit l’autre, celle-ci réagit de façon sonore et la roue tourne.

Je mets fin au cercle vicieux en proposant une activité en hauteur à la plus vieille. La petite, voyant l’absence de possibilité de continuer le jeu de comment-faire-crier-ma-soeur, part jouer. À un moment, la grande descends et la petite exige de prendre sa place parce que “je suis grande!”

Et puis, un moment banal. Un crayon tombe entre le congélateur et le mûr. Je ne réagit pas et j’observe, leur laissant l’initiative de régler le problème. Et c’est à ce moment qu’elles basculent vers le mode collaboratif. Une est couché sur le congélateur, guidant verbalement l’autre qui utilise le balais pour rapatrier le crayon.

Une bulle de coopération. J’essaie de rebondir sur celle-ci, en leur demandant de sortir le recyclage ce qui demande encore une fois de la coopération. En plus de répondre à leur besoin de se sentir utile dans la famille, d’utiliser leurs muscles.

Ensuite, retour vers les conflits. Je propose de nouveau des activités séparés.

Et puis, à 11h, ce que j’aurais souhaité entendre dès 7h10 se produit. Alice regarde Charlotte et lui propose : “Charlotte, on joue?”.

Et c’est le départ vers la bonne entente. Il semble que le reste de la journée ira mieux. 🌞

#produitrecu / Mes amis yogi

“Voulez-vous faire du yoga les filles?”

Quand une fan de ma page m’a proposé d’essayer son nouveau livre avec mes enfants, j’ai tout de suite accepté. Je suis une admiratrice du yoga de salon, avec mes enfants, un peu imparfait, pour le plaisir de connecter avec son corps.

Une chose que le yoga apporte aux enfants, au-delà du côté relaxation et respiration, c’est une grande fierté, un sentiment de compétence. Ils peuvent constater leur progression alors que leur équilibre, leur souplesse s’améliore. Le yoga, c’est une grande occasion de :”Maman regarde ce que je peux faire !!” Ils se sentent forts, ils se sentent bon, ils se sentent bien.

Le livre nous présente 12 animaux qui ont chacun une petite histoire décrivant à quel besoin répondra la séquence de yoga associé.

Ça permet de choisir rapidement une courte séance selon la situation qui se présente devant nous: pour se préparer à dormir ou au contraire pour se réveiller, pour travailler notre souplesse ou pour mieux digérer.

J’ai bien aimé la formule de séquences de quelques mouvements. Ça répond bien au temps d’attention naturel d’un enfant, et mes filles ont particulièrement apprécié le fait que chaque séquence ait son propre animal. Elles se sentaient interpellées par les situations présentées et ont eu du plaisir.

PS: Si vous remarquez, sur la deuxième photo, Charlotte baille spontanément pendant une pose favorisant la détente avant de dormir.. efficace 😉

Pour plus d’informations: http://sophiebenmouyal.com/mes-amis-yogis-2/

Cher Laurent / Voici notre histoire. Partie 1

D’abord, il y a eu Alice. 

Notre rencontre dans la tempête : la naissance d’Alice
Chère Alice, 

Il y a quelques mois, alors que je pleure, dépassée par une crise de ta grande sœur; ton papa ne dit rien mais il a un pressentiment. Il n’est pas surpris du test positif quelques jours plus tard. C’est très drôle car tu es apparue dans mon ventre exactement le mois que nous avions prévu en blaguant : tu naîtras dans la même période de l’année que tes trois sœurs.

Les rencontres avec la sage-femme restent courtes et rapides au fil des mois : tu es mon quatrième bébé alors les questionnements sont rares. Nous voulons simplement un accouchement naturel, pour ensuite profiter de notre famille. Lors de la grossesse de ta sœur, ton papa m’avait dit que sa seule peur pour l’accouchement était que je meure, j’avais trouvé ça intense, pour moi ce n’étais même pas un risque. Cette fois-ci, il n’était pas stressé, il espérait seulement ne pas manquer ta naissance parce que j’accouche rapidement.

À l’échographie, nous rions quand on nous annonce que tu es une petite fille. Nous ne sommes pas surpris, après trois filles, il semble que je soit destiné à porter des filles.

Les sages femmes me rappelaient à chaque rendez-vous d’appeler dès le premier doute de travail; elles devaient avoir le temps d’arriver! Mon dernier accouchement a duré moins de 2 heures.

Je prépare ta naissance. La liste de numéros de téléphones d’urgence est affichée. Le piqué en plastique au bruit agaçant pour protéger le matelas. Je fait du yoga. J’utilise beaucoup le ballon pour soulager mon dos. Je dit à tout le monde que tu pèsera plus de 8lbs, je le sent…

J’ai tracé un grand décompte sur un carton dans la cuisine, chaque semaine nous encerclons le nombre de semaine de grossesse correspondant. Le mardi, nous encerclons le chiffre 40. Nous sommes curieux de savoir quand tu naîtra, sachant que ca arrivera bientôt. Ton papa, avec raison, a prédit le 4 novembre, une suite logique à la naissance de tes 2 dernières sœurs (elles sont nés à 40+2 toutes les deux, et pour toi ça donne 40+3).

Ce matin-là, un peu avant 5h, j’ai été réveillée par une contraction très douloureuse: rien d’anormal, c’était normalement un signe de vessie trop pleine. D’autres contractions, moins douloureuses ont suivis, avec seulement des 3-4 minutes d’écart. J’ai été prendre un bain rapide pour voir si ça arrêtait le travail: aucun effets.

À 5h tapant, tes soeurs se sont toutes réveillées une après l’autre. Elles se réveillent toujours vers six heures normalement alors ça m’as un peu déstabilisée. Je les ai envoyé déjeuner alors que j’essayais d’évaluer le sérieux ou non de mes contractions.

Vers 5h15, j’appelle la sage-femme, au cas où ce soit le bon moment mais je doute encore un peu, elle me réponds qu’elle viendra m’examiner au cas ou… Puis j’appelle ton papa qui est chargé d’appeler ta mamie afin qu’elle vienne s’occuper de tes sœurs.

Celles-ci déjeunent encore et discutent à table alors que je calcule les contractions dans mon lit en les écoutant parler. C’est la vie normale qui se déroule juste à côté alors que les vagues sont la, régulières. Je suis couchée sur le ventre, sous la robe de chambre de papa.

Vers 5h30, les contractions sont plus douloureuses, et papa me préviens que mamie aura du retard. J’appelle donc mon père qui habite plus près pour venir en attendant. À un moment Charlotte vient demander du lait-lait alors elle s’installe coucher à côté de moi et tête un peu avant de repartir. Pendant qu’elle boit, les contractions sont peu présentes, un cinq minutes de calme.

La sage femme arrive et salue tes soeurs, leur demandant si elles ont hâte de te voir. Elles ont effectivement très hâte !

Je suis encore couchée, dans ma bulle. Elle me demande où est le café et je répond un peu n’importe quoi, je suis là mais ailleurs. Je suis au milieu des vagues, dans mon cocon de chaleur.

Dès son arrivée, je mets mon téléphone de côté, je n’ai plus besoin de calculer les contractions, tu sera bientot là, je le sais…

Elle avait parlée de m’examiner au téléphone, mais finalement elle opte pour tout installer tout de suite… Elle est probablement consciente que ça risque d’aller vite.

Papi arrive juste après la sage-femme. Celle-ci s’occupe de tout installer alors que je continue de vivre dans les contractions presque constantes.

Mamie arrive, elle fait du café et je les entends discuter de tout et de rien. C’est un souvenir très important pour moi, je t’attends, on t’attends, dans le calme et le bonheur. La douleur est là, oui, mais dans le reste de la maison, la routine matinale continue.

Ta mamie prépare aussi un café pour la sage femme qui a été réveillée tôt.

Celle-ci m’examine finalement et je suis à 9cm, tu sera bientôt la! Il est environ 6h30. À un moment, j’entends ta mamie demander à la sage-femme si elle pense que tu naîtras ce matin, ce à quoi elle réponds que ce sera dans la prochaine heure.

Papa arrive enfin! Les contractions sont maintenant très intenses. Je demande à ce qu’on éloigne les enfants, alors comme prévue elles sont installés dans le sous-sol avec un film, coupé du son et de ce qui arrive en haut. Les points de pression me soulage énormément, je les exige à chaque contractions.

La douleur est très forte, ça me rappelle mon dernier accouchement, ce moment où seul la poche des eaux retient la tête. J’ai l’impression que je n’y arriverai pas, je tombe un peu en mode panique, la douleur est trop forte et je n’en peux plus. La sage-femme m’examine, tu es prête à sortir. À la prochaine contraction elle crèvera les eaux. La deuxième sage femme va chercher ton papa, qui est en train d’aider à installer les grandes en bas, elle lui dit de venir maintenant pour ne pas rater ta naissance.

Elle crève les eaux, je pousse, je sent ta tête descendre puis je la touche de mes doigts. Je pousse encore, ta tête est sortie, il ne reste que les épaules à passer. Tu pousses ton premier cri alors que j’attends la prochaine contraction pour pousser encore, et que ton corps est encore en moi…

6h45*: on te dépose sur moi. Mon bébé est là !

J’ai passé des mois à préparer la suite; nous avons acheté des draps remplis de douceur pour nos premiers jours ensemble, du jus en boîte (celui que j’ai eu de la difficulté à résister à boire en entier enceinte) est dans la table de chevet, le congélateur contient des repas rapides. J’imaginais ton arrivée dans mes bras rimer avec la fin de la douleur et le début du bonheur. Je te voyais ramper jusqu’à mon sein, tes sœurs venant te rencontrer…

Mais voilà, 6h46*, l’orage éclate. Tu es en parfaite santé mon bébé, mais dans la minute suivant ta naissance, ma santé à moi commence à décliner.

Je perds (trop) de sang, la sage femme tombe en mode protocole. Elle coupe rapidement le cordon et dit à papa de se préparer à te recevoir en peau à peau.

Tu as une minute de vie et tout ce qui était prévue pour la suite vient de s’écrouler.

On me donne une piqûre, un médicament sous la langue, puis un autre, puis un soluté. On m’aide à faire sortir le placenta espérant que ça fonctionne. Encore du sang.

On demande à ton papa, collé à toi, d’appeler le 911 “juste par prévention”, elles espèrent encore reprendre le contrôle. Le répartiteur est surpris que ce soit papa qui appelle, il lui demande pourquoi ce n’est pas les sage-femmes qui font l’appel et papa lui réponds qu’elles sont trop occupés.

Je voulais pour toi une naissance dans le calme, et tu vit tes premiers moments dans le stress ambiant.

La sage femme tente d’arrêter le saignement en maintenant une pression interne et externe sur l’utérus. À la seconde qu’elle retire sa main, de gros caillots passent. Elle remets ses mains en place pour contrôler le saignement. Les ambulanciers arrivent, elle les informe qu’elle ne peut pas retirer ses mains tant qu’elle n’est pas devant le gynécologue prêt à réagir. Ils m’installent dans un brancard sans jamais qu’elle retire ses mains. Ton papa les voient partir, leur demande quoi faire avec toi, la sage-femme réponds de venir les rejoindre à l’hôpital. Elle est avec moi sur le brancard alors qu’on embarque dans l’ambulance. Parfois l’autre sage femme prendra le relais pour la pression externe: sa main est engourdis. Elle essaye de me rassurer: peut-être que le saignement est déjà fini, elle ne veut prendre aucun risque. Quatre petites filles ont besoin de moi.

À l’arrivé à l’hôpital, ça semble un peu mieux. Elle retire sa main. Les saignements se calment légèrement bien qu’ils restent présents. Pendant ce temps, tu rencontres tes sœurs puis papa t’habille rapidement, tu feras ton premier trajet en auto à moins d’une heure de vie. Il vient nous rejoindre. Notre première rencontre ne dure pas longtemps; tu prends le sein quelques courtes minutes puis je dois te retirer: le bloc opératoire m’attends. Même si moins intenses, les saignements restent constants et personne ne comprends pourquoi : j’ai pourtant reçu plusieurs médicaments et ça devrait être complètement arrêté. En attendant le bloc, tu es pesé. Depuis des semaines, je dit que je sent que tu dépassera le 8lbs, et j’ai raison. Tu pèse 8lbs 1 once.

Vers 10 heure. Je pleure en attendant mon tour au bloc, tu va avoir soif et tu as besoin de moi. Le médecin me rassure, une révision utérine et peut-être un curetage, c’est rapide. 45 minutes et nous serons ensemble mon bébé. 45 minutes et enfin nous serons tranquille, à se coller.

Je suis endormie.

[….]

2 heures passent. Papa n’as pas de nouvelles encore. Peut-être un délais à cause d’une chirurgie plus urgente?

[…]

Les gynécologues viennent rencontrer papa et toi, qui m’attendez encore… Ils lui explique que ça ne va pas bien. Mon état est critique, je perds énormément de sang, et ni le curetage ni le ballonnet n’ont fonctionné. Ils m’envoient en radiologie subir une embolisation (en résumé : obstruer l’artère en passant par l’aine, afin de couper le flux sanguin vers l’utérus). Si ça ne fonctionne pas, ils vont enlever l’utérus. J’ai perdu 2 litres de sang, le saignement doit absolument arrêter.

(…)

Papa a peur, il pleure avec toi dans ses bras, en te nourrissant à la seringue (il évite le biberon pour préserver mon allaitement). C’est dur à admettre encore aujourd’hui mais il y a eu un moment où ils ont crains qu’on ne se rencontre jamais, mon bébé.

J’ai reçu quatre transfusions de sang et deux de plasmas. C’est en grande partie ce qui m’as sauvé mon bébé, on me l’as répété plusieurs fois.

Papa se couche avec toi en peau à peau.

De la chance dans la tempête : ma cousine travaille justement à l’hôpital ce jour-là et veillera à le supporter et l’aider à avoir tout le nécessaire pour prendre soin de toi.

[….]

Je me réveille vers l’heure du souper, j’ai soif. Je ne me rends pas compte des fils tout de suite, ni que je suis aux soins intensifs. J’ai juste soif et je ne peux pas boire. Je demande à te voir, ma gorge est douloureuse quand je parle.

On m’explique que je dois rester coucher absolument, de toute façon mon corps est trop faible.

Papa et toi arrivez, je suis presque incapable de bouger. Je ne peux pas te prendre ni t’avoir sur moi; l’infirmière prends le temps de t’installer à côté de moi…

Tu es belle mon amour.

Tranquillement je prends conscience de ce qui est autour de moi. La sensation des bas compressions sur mes jambes qui gonflent à un rythme constant. Mes 2 bras qui ont des solutés, la voie artérielle, les moniteurs, la sonde urinaire, la morphine libre-service. j’interroge constamment les infirmières sur tout, chaque bonne nouvelle sur mon état me rapproche de toi et moi collé dans mon lit.

Nous sommes ensemble mais je ne peux que te regarder. Regarder les autres te manipuler. J’ai droit à presque 2 heures avec toi, puis tu doit me quitter. Tu va dormir à la maison avec papa. Ta mamie va rester avec vous pour la nuit, afin que ton papa puisse revenir à l’hôpital en cas d’urgence.

Après ton départ, j’ai droit à un premier essais assis. Je mange du jello. Je dors. Je rencontre le radiologiste qui s’est occupé de moi. Il dit que j’ai été chanceuse, un timing parfait, il sortait d’une opération quand ils ont eu besoin de lui pour moi.

[….]

3 heures du matin.

Le responsable des soins intensifs vient me voir. Mon état va beaucoup mieux, ma pression a remonté, mon hémoglobine semble stabilisé. J’aurai mon congé des soins intensifs le lendemain matin. Il m’explique ce qui s’est passé: j’ai fait peur à beaucoup de gens. Il est merveilleux; il autorise dès maintenant l’allaitement et le retrait de certains moniteurs et d’un soluté pour que ce soit possible.

J’appelle ton papa, qui te prépare pour venir me rejoindre. Je suis très heureuse; enfin mon bébé nous serons ensemble !

On me met une poche de soluté qui brûle en pénétrant dans mes veines. Je t’attends.

21 heures après ta naissance, tu es enfin déposée à côté de moi, sans rien pour nous séparer. Papa doit m’aider à te mettre au sein mais nous sommes ensemble.

Quelques heures plus tard, ta tante prends le relais une deuxième fois de papa. Hors de question de nous séparer maintenant qu’on est ensemble, mais mes mouvements sont encore limités.

Le deuxième jour est difficile. Tu hurles quand j’essaie de te mettre en peau à peau. Tu refuses le sein. J’ai peur de ne jamais arriver à ce moment espéré : toi collé contre moi qui s’endort paisiblement en tétouillant.

Pour toi, j’ai une odeur de tempête, on dois prendre le temps de s’adapter ensemble, de te rassurer. Tout va bien mon bébé, maman est là.

Les levés sont atroces, j’ai mal, j’ai peur de saigner…J’ai besoin de quitter l’hôpital pour qu’on soit au calme toutes les deux mais je me rends compte que je n’aurai pas mon congé si je n’arrive pas à me déplacer seule. Je passe ainsi la soirée à forcer mon corps douloureux à se mouvoir. Le lendemain je convainc le médecin de me laisser quitter plus tôt..

La sortie d’hôpital est remplis de rires.. ton papa et moi sommes tellement heureux.

Notre petit nid dans mon lit. Puis doucement on y arrive. On dort collé une première fois alors que tu es bien emmailloté. Puis un autre jour tu prends le sein sans pleurs.

Et nous voilà à jour 7, collées ensemble dans les draps super doux, tu te réveilles, tête un peu, te rendors collée contre moi…

Le bonheur après la tempête…

(…)

Et Laurent….

Au coeur de cette journée du 4 novembre 2016, il y a eu ce moment, quelque part vers 12h30

-Est-ce que vous voulez d’autres enfants?

Les deux médecins le regarde fixement alors qu’ils attendent la réponse à cette question surprenante dans les circonstances. Ta grande sœur est née il y a quelques heures à peine.  Ton papa reste muet quelques secondes, égaré dans la tension ambiante. Il pressent que la suite ne sera pas rassurante. 

C’est qu’il s’attendait à ne voir que la gynécologue de garde, et voilà qu’elle est venue accompagné d’un collègue plus expérimenté. Il y a aussi le facteur temps, l’opération a été plus longue que prévue. Les infirmières ont tentés de le rassurer, supposant que d’autres cas plus urgents avaient dû retarder le début de la procédure. Cette hypothèse s’est effacée lors de l’arrivée des deux médecins au regard grave. Et puis il y a eu cette question.

Il lève les yeux et dit d’une voix incertaine.

Oui.

“Ok. Je dois vous prévenir, nous tentons présentement une embolisation. Si ça ne fonctionne pas, la prochaine étape sera d’enlever son utérus. Aucune des autres procédures n’as réussit à stopper l’hémorragie. “

Les blouses blanches repartent alors, laissant ton papa seul avec dans ses bras, ta grande soeur. Dans cette chambre d’hôpital du pavillon mère-enfant, pas de trace de ta mère, seul l’enfant y dort.

C’est dans ce oui, cet espoir d’être père à nouveau que ton histoire commença. Dans cette procédure qui as permis de garder un nid pour toi en mon ventre. À ce moment tu n’étais qu’un rêve flottant dans l’univers, une petite âme en attente d’une invitation à être. Il faudra plusieurs plusieurs mois pour que l’espoir pèse plus lourd que la peur et que tu sois invité dans notre famille. 

(….)

oh, Alice.

Le premier mois est difficile. Mon corps est faible. Je suis étourdie facilement, limitée dans mon énergie. Mon hémoglobine est basse et je le ressens. Je passe une grande partie de mes journées à dormir avec toi et te nourrir. J’installe la chaise berçante dans la cuisine et j’y passe de plus en plus de temps au fil des jours. Je suis heureuse, collée sur toi, à profiter de la vie de famille de ma chaise.

Noël approche, je t’installe en portage sous mon manteau et je vais prendre une première marche. Ta sœur est fascinée par les décorations, elle s’assoit pour les admirer.

En janvier, je vais mieux. Physiquement, je suis remise; j’ai gagné contre l’anémie.

Puis, après le corps, j’ai pu guérir mon esprit. Écrire, parler, t’aimer, pour faire le deuil, accepter…

J’ai fait un journal, j’y ai écrit tout ce que j’avais manqué, ce qui me rendait triste. Et de l’autre l’autre côté de la page, j’ai écrit tout ce que j’était heureuse d’avoir vécue. Au fil des jours, la colonne positive s’est agrandit et à dépassé le négatif.

Quelques mois après, j’ai revu le gynécologue, j’avais besoin de parler du futur. Il m’as regardé droit dans les yeux et m’as dit: ” si tu veux un autre enfant, je ne te laisserai pas mourir.” Il avait enchaîné sur le fait qu’il faudrait s’attendre à une grossesse normale, suivi d’un accouchement avec des saignements mais qu’on pourrait les maîtriser avec les bons médicaments. C’est que depuis peu, je suis maintenant suivie par un hématologue, nous avons découvert que j’étais porteuse de l’hémophilie.

….

Et nous voilà, Alice, à quelques jours de tes un an. Tu es mon bébé le plus calme, mais aussi la plus colleuse. J’aime être près de toi et toi de moi. Tu as une personnalité fascinante. Il y a quelques jours, tu t’es levé au milieu du salon et tu as marché, juste comme ça.

Un jour tu vieillira et tu découvrira la tempête qui a entouré ta naissance. Sache que c’est ok. Ca valait la peine: tu valais la peine, je n’en ai jamais douté.

Rayonnes mon bébé, car tu es né tel un soleil lumineux au cœur d’une tempête.

26 mai 2018: Je suis enceinte

Cher bébé,

Aujourd’hui, j’ai eu la confirmation de ton existence. Je sourit juste à l’écrire même si ça me semble encore irréel. Je dis la confirmation car avant même de voir la deuxième ligne, je savais. Tu fais parti de moi depuis quelques jours seulement, mais je savais. Simplement.

J’ai choisi un plan un peu particulier pour toi: j’ai envie de savourer l’attente de ta venue dans l’intimité. J’ai parlé de toi à une amie, et j’ai prévu l’annoncer à une deuxième donc je suis très proche : ma tribu.

Pour le reste du monde, ça attendra.

Il y a plusieurs raisons : entre autres, je sait déjà que la grossesse sera un peu plus médicalisé que nécessaire, et je n’ai pas envie d’entendre le stress des autres à ce propos. Mon bébé, nous avons un long chemin à parcourir ensemble avant que tu rejoignes mes bras et j’ai envie de le vivre simplement, dans mon cocon sécurisant…

Bref, mon bébé, je suis heureuse. Mais chut, c’est un secret. Un secret merveilleux.

A suivre…

L’invisible

C’était un jour bien ordinaire d’une semaine plus occupée, certains diront “agitée” ou “difficile”. Laurent avait été malade les jours auparavant, et on s’en remettait tranquillement.

Ce matin-là, j’avais pris une résolution simple: les aimer et connecter. Baser mes interventions et mes actions sur la volonté du “être” ensemble.

Le matin se déroule plutôt comme d’habitude. On range ensemble la salle de jeu. J’allume une chandelle. On regarde un livre de recettes ensemble. Je lit une histoire. On migre vers la cuisine. Je propose des cartes de chansons pendant que je prépare le repas. Elles mangent.

À un moment, vient une situation qui est redondante dernièrement. Alice, 2 ans, a envie mais ne souhaite pas aller seule aux toilettes. Il y a pleins de causes mélangés mais celle qui ressort aujourd’hui c’est qu’elle as peur des mouches. Ce n’est pas une peur immense qui la terrorise, je tiens à le préciser puisque ça affecte ma façon de le gérer. C’est davantage du registre de l’inconfort, le doute.

Au fil des semaines, différentes approches ont été tentés. Le petit pot plutôt que la toilette, le renforcement. Mais ce qu’il lui manque pour y arriver, ce n’est pas matériel. C’est une question de confiance. Elle a besoin d’une assurance qu’il n’y a pas de risque, pas de danger.

Étant dans l’impossibilité de l’accompagner pour une question de sécurité (Laurent mangeait), j’ai décidé d’essayer une nouvelle approche toute simple.

J’ai placé mes doigts comme si je tenais quelque chose et je lui ai dit:” oh, si tu veux, je te prête ceci. Ça te protégera.”

Curieuse, elle saisit l’invisible. Et ça fonctionne. Elle revient ensuite, me le redonne. C’est de la sécurité, de la confiance-à-emporter. La garantie dont elle avait besoin (que je donnes avec confiance qu’il y a peu de risque qu’une mouche lui fasse mal 😉 )

(….)

Puis c’est le bain de Laurent. Je tamise la lumière, mets de la musique relaxante. Alice lave ses pieds (c’est son rôle, je dois ajouter que dernièrement elle le trouve grouillant pas mal 😂). Charlotte apporte un pyjama qu’elle as choisit. La routine de la sieste, bercer, aimer, chanter…

Et pendant la sieste, Charlotte vient dans ma chambre. Elle se place à côté de mon lit où je suis avec bébé qui dort. Je lit un livre. Il reste quelques vêtements à plier sur le lit, de la brassée de ce matin que je n’ai pas terminée.

Elle plie les morceaux, avec délicatesse. Elle les place en pile méthodiquement comme je le fait. Puis elle me déclare :” voilà! Tu auras plus d’espace maintenant ça va être plus confortable.”

Et dans sa voix, j’ai crut entendre l’écho de la mienne. Le souci de prendre soins des siens. Ça m’as aussi beaucoup fait réfléchir sur les langages de l’amour, et de la façon dont ça s’applique aux enfants et leurs parents.

Oh, et Alice n’as plus eu peur une seule fois depuis. Elle vient me demander chaque fois l’invisible, l’oeil brillant et souriante, complice.

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