Cinq minutes pour jouer

Simplicité volontaire, bienveillance, parentalité positive et pédagogies alternatives au quotidien.

Mois : octobre 2019 (page 1 of 2)

Comment perdre des objets prépare mes enfants à apprendre à lire

Ce matin, elle a perdu son pain grillé. Oui, perdre une toast 🤔. Chez nous, depuis plusieurs années, nous avons pris l’habitude de créer des avis de recherche lorsque quelque chose reste introuvable. Souvent, un bouchon de crayon, un toutou, un vêtement..

Alors, je pose des questions :
– de quel couleur? quel forme, grandeur? peux-tu me le dessiner?

Je note le tout et l’affiche sur le mur pour informer tous les membres de la famille de ce qui manque, et d’à qui le remettre.

C’est un bon exemple je crois de quelque chose de très simple dans lequel se cache des notions qu’on pourrait attribuer à la pré-lecture.

– Comprendre que les mots ont un objectif. Faire le lien entre l’écrit et l’objet perdu. C’est là une des grandes motivations à apprendre à lire et écrire qu’on alimente.

– Reconnaître les noms des membres de la famille.

– Utiliser des mots pour décrire quelque chose. On accroît notre vocabulaire ainsi, notre champ lexical.

– Les enfants qui en sont rendu là dans leur développement remarque les lettres, font des liens “T comme tomate!” Recopie le mot pour faire leur propre affiche d’objet perdu.

– On développe ainsi leur sentiment d’appartenance parce que ça fait partie de notre culture de famille, on formule des hypothèses sur ce qui est arrivé à l’objet..

Bref, nous avons retrouvé la toast. Dans le frigo. 🤔🤔🤔

Cher Laurent, voici notre histoire (Partie 3/4)

Crédit: Lisa-Marie Savard

Cliquez ici pour la partie 2

Pendant les premiers jours, je dors. Je dors. Je rattrape des mois de stress, de fatigue accumulée. Je reçois plusieurs doses de fer intraveineux. J’ai une fausse alerte, avec contractions, monitoring etc. Mes bras sont couverts d’hématomes causés par les voies veineuses qui s’accumulent. Puis, un jour, je me retrouve. Un matin, je décide de planifier une séance photo. Pour moi, c’est un signe de bien-être. J’aime profondément les photos, c’est ma façon de m’exprimer. Une amie m’avait proposé une séance en décembre, mais avec tous les rendez-vous, nous avions annulés… Puis, l’hospitalisation. C’est planifié pour le jeudi suivant.

Durant la même période, mon conjoint m’informe que l’équipe de génétique (ignorant mon hospitalisation) souhaitait nous rencontrer. Ça nous intrigue, on se questionne. Peut-être est-ce pour confirmer le résultat positif d’hémophilie? Une trisomie 21? Il faut savoir que nous avions refusé les tests de dépistages de la trisomie en début de grossesse, dont peut-être que c’était ça ? On ne savait pas trop à quoi s’attendre… bref, pendant deux jours je les ai attendus.

Un matin, ils sont entrés dans ma chambre. Ils ont parlé du contexte de l’amniocentèse.  Comme il bougeait beaucoup pendant l’amnio, ils n’étaient pas certains si c’était une erreur ou une vraie anomalie. 

Puis ils m’ont annoncé qu’un résultat anormal avait été découvert dans son ADN. Ils ont placé un cartable ouvert sur une séquence du bagage génétique de mon bébé devant moi et m’ont montré une petite tâche, qui ne devrait pas être là.

Typiquement, cette anomalie rare était associée avec : de l’épilepsie, de gros retards de développement, des problèmes de peau, des traits tsa et encore plus. Bref, ce matin-la, on m’a annoncé qu’il était possible que mon bébé naisse avec beaucoup de problèmes. Deux possibilités me sont proposées : faire une deuxième amniocentèse ou attendre la naissance pour tester directement le bébé.

Les généticiens sont partis consulter le gynécologue, et quand ils sont entrés, j’ai dit: Je suis prête, on le fait. J’ai choisi de faire une deuxième amnio pour savoir, bien que ça n’aurait pas changé notre désir qu’il soit avec nous. Nous voulions être prêts et j’étais incapable de figurer attendre deux longues semaines, avec tous les facteurs de stress déjà présents.

Moins d’une heure plus tard, ils sont venus me chercher, en chaise roulante. Ils m’ont conduit dans une salle d’échographie sur l’étage. Je me suis allongée sur la table. On a regardé mon bébé qui remplissait l’utérus presque complètement, et il y avait cette petite poche de liquide rendant possible le test. J’étais seule. Mon conjoint savait que j’allais faire le test (je l’avais appelé le matin) mais pas le moment. Personne d’autre ne savait, tout s’était passé si vite.

J’étais sur la table. Ils ont inséré l’aiguille. Mon corps s’est défendu et j’ai expérimenté la pire sensation de ma vie. J’ai eu une contraction alors que l’aiguille était dans mon utérus. En quelques secondes, j’étais en sueur. Je répétais: Je ne me sens pas bien, ça va pas. J’ai pensé m’évanouir. On m’as apporté une débarbouillette, baissé la tête… C’est la même gynécologue qui était a mon accouchement presque deux semaines plus tard et quand elle a vu mon conjoint, elle est allée le voir et lui as dit: “ Je veux que tu sache que ta femme a été très courageuse. “

On m’as ensuite rapporté dans ma chambre. La préposé est venue faire une visite éclair presque immédiatement pour prendre des nouvelles. Elle m’as apporté de l’eau froide, conseillé de me reposer.

J’avais prévu faire une séance photo de ma grossesse le lendemain et je l’ai reporté pour faire mon 48h de repos. C’était une journée très difficile. (Pour voir la séance, elle est sur le blog de la photographe ici)

Fruit du hasard, le réseau d’internet ne fonctionnait plus cette journée la. Seule dans ma chambre, j’ai écris ce texte en attendant de pouvoir contacter ma famille et mes amies. C’était aussi, la première fois que je parlais publiquement sur mon blog de ce qui m’arrivait les derniers mois.
(….)


Croire que le monde est bon, mon bébé / Notre vérité, notre réalité

Me voilà, à quelques jours de ta naissance, naviguant dans l’incertitude alors qu’un test à semé le doute sur ton bagage génétique. La maternité, c’est magnifique. Être le témoin, le nid d’un être humain en développement. Sentir ton évolution, tes coups, connecter ensemble.

Mon bébé, je ne sais pas. Si tu souffriras. Ce qui fera parti de toi. Ce que deviendra notre réalité. Il y a tant de choses que j’ignore encore.

Mais ce que je sais mon bébé, et ce qui me rassure pour toi. C’est que le monde est bon. J’y crois. Je reçois les preuves chaque jour que tout finit par avoir du sens, et qu’il faut faire confiance.

Je suis dans une dure journée, d’une dure semaine, d’un dur mois,d’une dure année.

J’en suis au point où les difficultés ne me suis surprennent plus. La seule façon de tenir dans ces périodes où l’hiver semble éternel, c’est de se concentrer sur les éclats de soleil. Reconnaître chaque parcelle de bon. Y accorder de la valeur. Des choses simples comme recevoir en cadeau exactement ce qu’il me manque pour toi (TA doudou à toi) le même jour qu’une mauvaise nouvelle. Voir une logique dans le déroulement des choses (et si l’hospitalisation voir même le début de travail prématuré faisait du sens ? )

Je suis profondément heureuse de ta venue, mon fils, le dernier bébé que je porterai. Te construire est difficile. Mon corps est fatigué. Ça fait plusieurs mois déjà qu’on découvre un monde entourant la grossesse qu’on n’avait pas prévu. Une grossesse médicalisée. Amniocentèse. Cartotypes. Facteur 8 au frigo. Intraveineuse de fer pour se préparer à l’accouchement. Des médicaments pour arrêter le travail. Des rendez-vous. Passer le lendemain de noël à st-justine. L’hématologue.Transfert en ambulance d’urgence. L’hospitalisation. Le gare. Les semaines loin de la maison.

On retient son souffle dans la tornade. Surnommer l’accouchement la délivrance prends tout son sens. C’est le moment où on espère pouvoir retomber dans la normalité. On vit dans un déni de survie, certains disent que cet accouchement comporte des risques pour ma vie. On mise tout sur le médical, c’est l’endroit le plus sécuritaire après tout? On y croit parce que croire le contraire ne ferait aucun sens. Personne ne veut un bébé pour le rendre orphelin en lui donnant la vie.

Alors on rêve. Pour toi. Pour tes soeurs. Pour moi aussi. On rêve à un monde de douceur. Lire des histoires collés. Jouer dans la neige et boire du chocolat chaud. Dormir collé contre toi. T’allaiter. Voir tes soeurs jouer et utiliser leur imagination. Te voir réagir à leur interaction.

Le quotidien simplement. Beau. Doux. Suffisant.

Oh, mon bébé. 

J’ai besoin de croire que le monde est bon, de m’y accrocher.

Et j’espère qu’en grandissant, tu découvrira que j’avais raison d’y croire.

Je serai là. Et la vie sera belle. Peu importe les détails.

11-12 janvier
Mon conjoint, sa mère, et nos filles sont venus dormir à Montréal pour ne pas me laisser seule avec les résultats. Nous avons organisés rapidement le séjour vu les circonstances. On saura ce qui en est dans les 48 heures. C’est aussi la dernière fois que j’ai vu mes petites avant l’accouchement.

Juste avant leur arrivé, le généticien est venu me voir pour m’annoncer que les tests préliminaires montraient que mon bébé allait bien. J’ai donc pu leur annoncer dès leur arrivée.


Après cette intermède remplis de temps privilégiés avec eux, la routine d’hospitalisation reprends. Je me réveille heureuse de ne pas avoir accoucher pendant la nuit, je commande mon déjeuner, toujours le même: du pain dorée avec des mangues. Je prends mes médicaments et nous écoutons le cœur de bébé pour confirmer qu’il va bien. Mon conjoint appelle. J’alterne la télé, des livres, des siestes. Parfois je lis même des livres de préparation à l’accouchement parce que j’espère encore avoir un accouchement naturel.  Je prends ma douche. Le dîner. La préposé qui vient changer les draps aux trois jours, me rapporte de l’eau. Le souper. Les enfants m’appellent par vidéo ou par téléphone pendant le souper, je leur montre ce que je mange. Le soir, parfois, je lis des histoires a distance, je chante pour elles. Puis je m’endors devant la télé, couché sur le côté gauche. La nuit est terrifiante: mon travail commence souvent la nuit, et chaque nuit je suis réveillée par des contractions causés par ma vessie pleine. Chaque fois j’ai peur que ce soit le début de mon accouchement.

J’ai besoin que mon conjoint soit la, je m’y accroche. Il est ma seul sécurité dans une ville que je ne connais pas, dans un hôpital dont je n’ai connu si peu. J’ai besoin de lui, profondément pour être capable d’affronter ce qui s’en vient. 

Au milieu de la tempête, je t’attends.

Crédit: Lisa-Marie Savard

En trois semaines hospitalisée, j’ai souvent été étonnée de la météo montréalaise. Parfois il neige, mais la plupart du temps, ça semble se transformer rapidement en neige fondante même au cœur du mois de janvier.

Aujourd’hui c’est différent, la tempête que je guettais par la fenêtre depuis hier est maintenant la. Enceinte de tes sœurs, c’était l’automne que je surveillais par la fenêtre de ma chambre pendant les dernières semaines de ma grossesse. Je me reposait en fixant l’arbre, remarquant les feuilles au vent, leur changement de couleurs. Je les regardait tomber alors que mon ventre s’arrondissait et que leur naissance approchait, sans savoir quand exactement ça se produirait.

J’ai troqué l’automne pour l’hiver, ma chambre pour une chambre d’hôpital et l’incertitude du moment de l’accouchement pour une date de déclenchement.

Ce flottement entre deux monde par contre, reste le même. Me voilà pleine d’un bébé que je ressent connaitre profondément avec la certitude qu’il est exactement ce qu’il doit être, alors que je ne l’ai jamais vu. Je n’ai jamais senti la douceur de ta peau encore, mais je connais ta réaction à mes caresses, à ma voix. Je ne sait rien sur toi mais je sait tout alors qu’on est connecté ensemble de façon plus profonde que jamais pour quelques heures encore.

Je ferme les yeux, j’essaie d’imprimer dans ma mémoire chacune des sensations, chacun de tes mouvements. Je m’ancre dans le moment présent pour pouvoir mieux me souvenir de ce moment. Après des mois ou être enceinte de toi fut la normalité, me voilà à l’aube de redécouvrir la sensation d’un ventre vide.

Heureusement, il y a ce quatrième trimestre que je laisserai s’allonger, pour toi autant que pour moi. Il y a ces heures, ces semaines plutôt, ou nos corps seront tellement proches qu’on oubliera tout les deux parfois que tu n’es plus vraiment en moi. Mon corps continuera de te fournir les nutriments pour grandir, partager sa chaleur et tu pourras rythmé ton cœur aux battements du mien, jour et nuit.

mon bébé, dehors c’est la tempête, et me voilà, qui t’attends.

J’ai chanté et tu es né

“Michaud est grimpé dans un grand pommier…”

Alors que tu te développes doucement à l’intérieur de moi, je chante. Pour tes sœurs. Pour les enfants de mon milieu. Un peu pour toi aussi.

Le soir, quand les bruits du quotidien s’éteignent alors que tes sœurs s’endorment, je te parle. Dans mon lit, les mains sur le ventre pour ressentir tes mouvements, je te raconte le bonheur, la hâte, l’attente… Mon bébé, notre relation as commencé bien avant que tu soit né….

“C’est la sorcière tikipik, qui a un… ”

1 octobre 2018.

Papa et moi sommes dans le camion, sur le chemin du retour vers la maison. Nous sommes encore sous le choc de la nouvelle, un peu excités, surtout surpris. Tu seras un petit garçon!! Mon fils. Nous choisissons alors un prénom pour toi: tu t’appelleras Laurent.

“Petit papa noël, quand tu descendra du ciel…”

25 décembre 2018

Nous voilà au coeur du moment le plus doux de l’année, les vacances de Noël. Fabrication de biscuits. Décoration du sapin. Le matin de Noël.

Mon ventre est rond de toi et je me délecte du spectacle du quotidien en me reposant sur le futon, au milieu du salon. Je chante 100 fois cette chanson sur le personnage rouge et blanc à la demande de ta soeur la plus jeune.

Tu danse dans mon utérus au rythme des rires, parfois des chicanes de fratrie. C’est bruyant, c’est un bonheur un peu chaotique. C’est la vie à 6, en attente de devenir une vie à 7.

Souvent; un câlin de Charlotte pour toi. Elle mets ses bras autour de mon ventre et scande: j’aime bébé Laurent!! Il va sortir quand?

1 janvier.

Je te parle, constamment, une seule demande pour toi: “attends un peu mon bébé. Tout ira bien mais attends un peu. Attends qu’on soit à l’hôpital. Attends que les médecins soient prêts. ”

Quand le travail prématuré s’arrête enfin, je m’endors les mains entourant mon ventre, sur une dernière pensée “Tout ira bien mon bébé.”

Et puis encore ma voix. Encore la même demande. “Attends encore un peu mon amour.” Je ferme les yeux sur la route Trois-Rivières/Montréal alors que l’ambulance file. J’imagine la connexion entre nous deux, faites de lumière, qui te protège.

À 30 minutes de l’arrivée, j’ai une certitude : “tout ira bien maintenant, nous sommes en sécurité mon fils.”

_________________________________

“C’est la poulette grise, qui a pondu dans l’église, un tout petit coco, pour Alice qui fera dodo…”

Le silence. Dans ma chambre en gare, c’est le silence. Il y a une télé que je laisse allumé jour et nuit pour moins ressentir le poids du silence, mais ce n’est pas pareille.

Quelques fois par jour, une fenêtre s’ouvre sur la maison alors que je parle par téléphone ou vidéo aux enfants (et à papa!). Je reconnais les bruits en arrière-plan et ils me font sourire. Papa me fait rire chaque fois alors qu’on se parle longtemps, comme des adolescents…

Et je chante. Pour apaiser ta sœur quand elle s’ennuie trop fort. Pour montrer que je suis encore là, encore maman, même à deux heures de route. Pour toi aussi, pour te rappeler la maison même au coeur du silence. Je chante tout mon répertoire donc, 20 jours durant, un appel à la fois.

“1,2,3,4,5,6,7, violette, violette, 1,2,3,4,5,6,7, violette à bicyclette.”

Je chante quand j’ai peur aussi. Je compte pour me rappeler que la douleur a toujours une fin, mais au fil du temps j’ai associé les chiffres à cette comptine enfantine mille fois chanté. Quand je suis seule et que ça fait mal, je fixe l’horloge et je chante dans ma tête. Nous ne formons qu’un encore et je reste convaincu que tu ressent même les paroles que je ne dit pas.

 ______________________

Un objectif à la fois, les jours passent.

Nous atteignons 36, puis 37 semaines de grossesse. Mon hémoglobine remonte.

Parfois, j’ai peur et compter ne suffit pas. Alors j’ai écrit une série de phrase sur la tablette pour reconditionner mon cerveau. Plusieurs fois par jour, je répète ces affirmations positives : “tout ira bien, quand les vagues débuteront, ce sera le bon moment. Nous sommes une équipe et la douleur me rapprochera de notre rencontre. Ensemble, nous allons y arriver.”

___________________________________

Une routine se créer. Dans ma vie de maman hospitalisée. Écouter ton coeur deux fois par jour. Regarder dehors, les mains sur mon ventre et profiter du moment présent. Chaque fois que je suis debout, je place mes pieds et je me balance quelques secondes d’un à l’autre, je me concentre à ressentir ton poids, cette sensation unique d’être deux dans un corps. La plupart du temps, je suis couchée sur le côté gauche. Je limite tout le reste parce que ça réveille les contractions. Ce rythme simple, ponctué par la routine des préposés, les repas, les appels, c’est notre réalité pour quelques semaines.

_________________________________
21 janvier 2019

J’ai toujours été fascinée par le temps. Le passé, le présent, le futur. Quand j’ai peur, je visualise le futur pour me sentir moins piégé dans le présent.

Ce matin là donc, je t’imagine dans mes bras, puis dans ton siège d’auto alors qu’on reviendra vers la maison.

Nous sommes le 21 janvier 2019.

Aujourd’hui mon bébé, tu naîtra.

Je suis incapable de déjeuner. Je suis en latence depuis plusieurs jours déjà. C’est une drôle de sensation que de savoir exactement quand tu naîtra, c’est la première fois qu’on déclenche mon accouchement.

Je suis soulagée parce que c’est une gynécologue que j’ai déjà vue. Très sympathique. Elle est joyeuse, positive elle me dit : ” on est tellement prêts que tu ne saigneras pas, c’est souvent ça. On se prépare pour le pire et tout va bien! ”

Pour la première fois aussi, je suis positive au test de streptocoque. Je ne suis pas surprise car depuis le début de cette grossesse, il me semble que je ne vit que des premières fois… Premier garçon, premier suivi à st-justine, première amnio…

C’est aussi la première fois en cinq grossesses que je demande la péridurale. J’ai toujours été contre. Ce matin-la, je l’ai demandé pour la même raison que je la refusait normalement.

Je n’ai jamais eu de problème à accepter les contractions parce qu’elle me rappelle que mon bébé arrive bientôt. Sauf que c’est exactement ce moment-là qui me terrorise. Les risques pour toi et pour moi, donc on me parle depuis des mois.

J’ai regretté la péridurale (qui n’as pas vraiment fonctionné d’ailleurs) à la seconde où tu es né. Mais j’ai accepté que la peur, le stress, peuvent nous faire aller parfois même contre nos valeurs, et alors on fait ce qu’il faut pour survivre.

J’avais tellement peur que je pensais être incapable de tolérer les vagues, alors j’ai choisi l’engourdissement pour fuir.

Me voilà donc, dans la salle d’accouchement, avec un cathéter dans le bas du dos.

Vers midi, on a crevé mes eaux. C’était assez étrange. Avec papa, on parlait, on riait, je n’avais pas encore de grosses contractions. Je suis habitué aux accouchements éclairs, intenses, alors l’attente, c’était nouveau.

Environ 30 minutes après, on m’as ensuite donné un médicament pour provoquer des contractions plus fortes. Ce médicament a été augmenté ensuite aux 30 minutes.

Vers 2h, mon col avait dilaté un peu. De 4 à 5 centimètres.

On faisait des blagues avec la gynécologue, les infirmières sur la possibilité que contrairement à toutes attentes mon accouchement soit très long.

Vers 3h, les contractions sont plus douloureuses, plus fréquentes. Je me fait des points de pression aux mains pour mieux gérer la douleur. On observe mon col: 6cm.

Dans mon protocole d’accouchement, un des points “importants”, c’est que je dois recevoir un médicament intraveineux environ 1h avant l’accouchement, vers 7-8 centimètres… Alors que je ne suis qu’à 6 centimètres, l’infirmière et gynéco se demandent si elles devraient le donner ou attendre.

Il est décidé donc de me le donner vers 3h15. Le médicament met 10 minutes à être administré.

Les contractions sont plus fortes que jamais. Elles résonnent dans tout mon corps. Elles me surprennent parce que je ne suis qu’à six centimètres, j’ai l’impression que le chemin sera encore long…

3h25. La pompe à soluté sonne la fin alors que les fortes contractions sont là sans relâche. Une sensation familière. Je réalise que cette pression que je ressens, c’est ta tête dans mon vagin alors que tu fait ton chemin. Ça pousse déjà.

J’avertis l’infirmière qui vient d’arriver (changement de shift! ;)).

Elle regarde rapidement : “Oh. Je voit ses cheveux.”

J’était seule* dans ma chambre avec papa et puis la chambre est pleine. Ils sont prêts pour toi, et pour moi.

Ce moment a été planifié, médicalement, depuis des semaines. Ma chambre d’accouchement est même situé en face de la pharmacie où du sang, du facteur 8 et tout le nécessaire est prêt. Plusieurs médicaments sont déjà dans la chambre. À côté de mon lit, un protocole d’accouchement est affiché avec des mots surlignés en jaune.

Mon bébé. Je laisse les contractions guider ton chemin.

Tu descends doucement.

Je regarde dans le miroir au dessus de moi. Nous sommes dans une pièce pleine de gens mais il n’y a que nous.

Ta tête sort au ralentis, guidé par la main de la gynécologue. C’est ma poussée la plus douce. On laisse mon corps faire le travail, se rythmer au tien. Ta tête est là et j’ai l’impression que tes épaules sont à milles lieux. Puis la contraction suivante te pousse hors de moi.

“Attrape ton bébé!” me dit la gynécologue. Je pleurait et à ce moment mes larmes se transforment en joie immense. Je pleure et je rit. Ensemble, nous avons réussi!! Ça me semblait impossible mais nous y sommes mon bébé!!!

Je t’observe. Mon regard passe à la gynécologue. Ils sont trois au dessus de moi, à injecter des médicaments, masser mon utérus et surveiller les saignements. Je la regarde. Elle me regarde et me dit que tout va bien.

On t’apporte pour t’examiner sur la table de réanimation. Un peu d’oxygène, ils cherchent les signes d’hémorragie et surtout des signes d’hémorragie dans ton petit crâne.

Pendant ce temps, ils s’occupent de moi. Je saigne plus que la moyenne (malgré une tonne de médicaments!) mais pas d’hémorragie.

Ils te ramènent à moi, je te donne le sein. Puis tu part avec papa à la pouponnière puis pour ton échographie crânienne. Celle-ci nous confirmera que ta naissance n’as provoqué aucun saignement interne.

“C’est la poulette grise, qui a pondu à l’église, un tout petit coco, pour Laurent qui fera dodo….”

Un grand soulagement. Je te berce plus tard ce soir là dans la chambre et je revis. Je te chante une berceuse, juste pour toi cette fois-ci. Après des semaines, des mois, à parler, peser, tenter de contrôler les risques, nous voilà enfin dans ce après tant attendu.

Tu es né, et nous sommes encore tous les deux en vie. Mieux encore, nous sommes encore tous les deux en bonne santé.

“Je te l’avais dit mon bébé, nous avons travaillé en équipe et nous voilà ensemble.”

J’ai vécu ces mois avec une épée au dessus de ma tête, à craindre chaque contraction parce qu’elle aurait pu signifier le début de la fin, et voilà que c’est terminé. Libéré.

Je te berce mon bébé, j’admire tes traits, ta perfection. Je n’ai plus peur, il n’y a que l’amour maintenant.

Le 23 janvier, je t’ai regardé dans ton siège d’auto, sur la route entre Montréal et Trois-Rivières, et je me suis revue, dans ma chambre d’hôpital, visualisant ce moment.

Depuis 11 jours maintenant, le temps a prit une autre saveur. J’ai épousé ton rythme, sans jour ni nuits, un fuseau horaire parallèle rythmé par tes boires, tes éveils…

Tu es un bébé merveilleux, paisible, confiant. Tu bouge ta tête de temps en temps, en dormant, pour mieux te coller à ma peau, et tu dors simplement. Tu regardes tes soeurs avec tes grands yeux.

Tu n’as pas sourcillé une seule fois face aux bruits de tes sœurs, malgré les semaines de silence à l’hôpital, il semble que tu as reconnu ce cadre de bonheur bruyant.

Oh mon bébé. Parfois le temps a semblé si long. Mais voilà. J’ai chanté, et tu es né.

Fin janvier. Je chante pour endormir ta soeur en la berçant, vous vous endormez au même moment. Retour à la normale.

Nous avons reçus de nouveaux livres et cahiers d’activités pour les enfants / Éditions Petits génies

J’aime les cahiers d’activités. Pour tout vous dire, c’est un des domaines de ma vie dans lequel mon coté minimalisme se fait différemment.

Dans une armoire de ma maison, j’en ai toute une panoplie. Parce que 7 ans d’utilisation m’as appris beaucoup, et une des clés c’est de les offrir exactement au bon moment. Pour que l’enfant aille le bon niveau d’intérêt, de capacité, que ce soit positif pour lui, valorisant aussi.

L’autre clé, c’est que tous les cahiers ne s’équivalent pas. Je pense que ça vaut la peine de prendre la peine de les feuilleter, de réfléchir au niveau de nos enfants. Certains cahiers sont attractifs, d’autres moins. Pour moi, c’est important que ce soit agréable et je vis bien avec le fait que parfois un enfant peut remplir un cahier en une semaine, et d’autres fois c’est le contraire.

Il y a trois ou quatre semaines, j’ai contacté Éditions Petits génies. Pour être transparente, je possédais déjà plusieurs de leurs cahiers, je les utilise depuis 2 ou 3 ans peut-être ? Je me souviens les avoir choisit la première fois parce que je cherchait des cahiers donc le niveau était réaliste et adaptable aux enfants qui apprennent à des rythmes différents. J’aimais beaucoup leur illustrations aussi.

Bref: j’avais envie de vous parler d’eux. Ils m’ont envoyé une boîte contenant certaines de leurs nouveautés. Par un joyeux hasard, je l’ai reçu une journée un peu plate (de pluie?! il me semble).

Je l’ai ouverte. Et quelques minutes plus tard, nous étions au salon et chaque enfant avait trouvé quelque chose qui lui plaisait. Vous remarquerez que mes enfants ne sont pas à la table, c’est ma vision de la “salle de jeu flexible”.

Mes coups de cœur ?

– Les cahiers effaçables qui combinent différentes activités (Labyrinthes et jeux ainsi chiffres et calculs) que J’aime beaucoup parce que j’ai plusieurs enfants, et ça permet de les garder plus longtemps puisque chacun peut le faire à son tour. C’est parfait en voiture également.

– Les livres documentaires adaptés aux enfants (mon atlas du monde et 365 découvertes pour l’année). Je possède quelques-uns de ces livres rangés ensemble dans ma bibliothèque. On les consulte au besoin lorsqu’on se pose une question (c’est arrivé récemment, pour répondre à une question sur le corps humains.)

Parfois on les regarde quand on a envie de découvrir de nouvelles choses. C’est le genre de livre que mes grandes aiment vraiment beaucoup parce que l’information y est présenté de façon accessible aux enfants.

Elles aiment bien partager leur nouvelles connaissance au souper. C’est amusant parce que parfois, j’ai l’impression qu’elles sont tellement fascinés par ce qu’elle apprennent qu’elles ne se doutent pas que nous aussi, on a passé par les mêmes apprentissages.

#produitrecu

Petites histoires de notre journée à ARA – Féria Automnale / des oui et des humains heureux

Depuis plusieurs jours, j’attendais avec nervosité cette date. C’est que toute la semaine, ils annonçaient de la pluie et j’espérais pouvoir y aller. Ce qui m’attirait ? Le style d’activités, qui me semblait bien en phase avec mes valeurs, le jeu risqué entre autres..

Ce matin, on se colle dans le lit, on déjeune comme d’habitude et puis j’introduis l’aventure en mettant l’accent sur les couleurs d’automne. Je leur parle de la tour d’observation qui permet de voir dans la forêt, tout le travail que la fée d’automne a déjà accompli. Comme c’est un sujet récent, les enfants sont enthousiastes.

Ce qui m’a le plus plut dans cette journée d’activité? Je pense que c’est un endroit réellement adapté pour les enfants, comme c’est rare maintenant. Un espace où il y a de la place pour dire oui, oui, et encore oui.

Par exemple: dans l’espace bricolage, il y a trois propositions de bricolages que l’enfant peut faire. Devant l’hésitation de charlotte (qui a été attiré en reconnaissant l’image des crayons qui sentent bons qu’elle aime), elle lui offre de juste dessiner si c’est ce qu’elle préfère. Un enfant veut des plumes? Elle se fait répondre avec un bien sur !

J’ai vu un petit garçon posé question après question sur le fonctionnement de la Tyrolienne, et un employé lui répondre, avec le sourire. Charlotte a d’ailleurs fait SIX tours de Tyrolienne (je n’en reviens pas encore hacha de la voir triper comme ça). C’est tellement rare qu’une activité aussi spéciale que la Tyrolienne est incluse dans le prix et permise à volonté…

C’est exactement ce que je veux dire par des oui et encore des oui. Botter, courir dans les ballons ? Oui (c’est comme un rêve de jeune enfant qui devient réalité haha) ! Faire des jeux gonflables ? Oui aussi. Toucher un serpent ? Oui ! Voir un spectacle de magicien de grande qualité ? (Pour vraie, je l’ai beaucoup aimé. Bien dosé, adapté aux petits aussi.)

Des possibilités, il y en a une grande variété (ils parlent de 45 stations) et pour plusieurs âges. Dans les yeux de mes filles aujourd’hui, j’ai vu beaucoup de fierté (parce qu’elles ont accompli plein de choses comme trouver leur chemin dans un labyrinthe, franchir des obstacles.) Beaucoup de bonheur.

Une des interactions dont j’ai été témoin est toute simple. Charlotte va vers les percussions. Elle prend deux bâtons. L’employé fait un rythme de coups qu’elle imite. Ça se transforme en jeu, il est en interaction avec elle au travers la musique. Elle s’amuse. Elle fait la blague d’aller porter un bâton et n’en garder qu’un, il cache un bras derrière lui pour faire pareil. C’est comme ça pendant plusieurs minutes et ça s’est répété toute la journée avec différents employés qui sourient, parlent, blaguent avec les enfants.

C’est presque banal. Mais des humains heureux, qui semblent contents de travailler avec les enfants, c’est ce qui fait toute la différence dans ce genre d’activité. Bref, Ara, c’est des oui et des humains heureux tout en profitant de l’automne.

#invitationmedia

Ps: Laurent a tenté de prendre sa première bouchée de sable juste après sa photo..

Cher Laurent, voici notre histoire / Partie 2 / 4

Cliquez ici pour la partie 1

Juillet 2018

Ce n’est qu’après la première échographie et la confirmation que tu étais en pleine santé que nous avons choisi d’annoncer ton existence au monde entier. J’ai vu mon gynécologue pour la première fois récemment, il a déjà une idée de comment planifier l’accouchement pour que tout soit sécuritaire. Il n’est pas inquiet, bien sûr il y aura probablement des saignements à gérer, mais tout sera prévu d’avance. Il me parle de banque de sang, d’ocytocine; je suis rassurée en ressortant de son bureau. C’est que pour moi, à ce stade de la grossesse, ce qui s’est produit à Alice reste un hasard, quelque chose de presque banal. C’était grave oui, mais ça arrive et j’essaie de focaliser sur le fait que les trois premiers accouchements ont bien été. Pour l’instant, mon plan est d’accoucher dans ma ville, lors d’une provocation pour réduire les risques d’être pris au dépourvu par un accouchement rapide. Oh mon bébé, je t’aime déjà tellement.

Septembre: Un plan de naissance pas comme les autres.

Après une rencontre dans un hôpital spécialisé en août, je reçois un bout de papier très attendu: mon plan de naissance. Il s’agit d’une feuille regroupant des dosages de médicaments adaptés aux risques que présente mon accouchement. Cette feuille, c’est ma sécurité. C’est ce qui doit me garantir un accouchement plus sécuritaire. Pour moi, c’est une autre confirmation que tout ira bien. Maintenant que l’on connaît les bons médicaments, ça me semble très rassurant. Ma grossesse se déroule d’ailleurs mieux que les précédentes : je n’ai pas vomi une seule fois, je suis fatiguée oui, mais beaucoup moins affectée que d’habitude. Les enfants sont heureux d’attendre un nouveau bébé, je prépare un décompte sur un mur sous forme de poutre du temps. Chaque jour, nous déplaçons la flèche vers sa venue.. Je sort mes routines de yoga de grossesse, c’est une grossesse comme les autres pour le moment.

1 octobre: Le jour où tout commence à basculer.

Le soir de l’annonce du sexe, on fait ce que nous avions prévu : les gens de notre famille sont invités à venir déguster un petit gâteau donc le centre est coloré pour découvrir le sexe du bébé. Comme prévu, les réactions sont grandes : personne ne s’attendait à un petit garçon. Oh, et le jour même, j’envoie un courriel à mon infirmière pivot pour l’aviser. Voici ce que j’ai écrit, quelques jours plus tard.

« Bienvenue dans mon monde où les accouchements ne sont plus quelque chose de simple et naturel

Cette semaine, un évènement, semble-t-il, banal a changé plus de choses que je ne l’aurais cru. Nous avons appris que j’attendais un petit garçon. Comme convenu, j’ai informé l’infirmière responsable de mon dossier en hématologie via courriel.

Sans même m’en rendre compte, ce simple courriel venait de changer bien des choses. L’appel suivant m’a laissée déboussolée, voilà qu’on me parlait de rencontrer un nouvel hématologue, un anesthésiste, un gynécologue d’un hôpital spécialisé. Mon accouchement venait de passer de “accouchement avec précautions à l’hôpital de ma ville” à “accouchement dans un hôpital spécialisé à 2h de route.”

C’est que, les statistiques prédisent qu’un petit garçon porté en mon ventre a une chance sur deux de naître hémophile léger. Ne pouvant savoir avant, l’accouchement doit être traité comme s’il l’était. C’est mon premier bébé depuis que l’on connaît cette particularité dans mon ADN, de là mon étonnement encore plus grand de voyager au travers cet univers où accoucher tient davantage du médicalisé que d’un simple continuum de la vie.

Mon objectif demeure le même, avoir un accouchement sécuritaire et un bébé en santé* (*je trouve cette expression habituelle un peu étrange à utiliser présentement, en santé me paraît tracer la ligne trop durement, hémophile ou pas, disons qu’on veut juste que tout se passe le mieux possible.)

Alors voilà où j’en suis.

J’ai beaucoup pleuré, mais être prête à écrire prouve que je commence à digérer un peu tout ça. «

J’étais perdu, je ne comprenais pas ce qui semblait se dérouler autour de moi, les enjeux. J’ai demandé des précisions et nous avons convenu d’un rendez-vous téléphonique pour que je puisse peser les pour et les contres de chaque choix.

La semaine suivante, j’ai discuté avec l’hématologue au téléphone. Presque une heure. Je souhaitais comprendre les risques réels, les choix possibles. Nous avons convenu de faire une amniocentèse pour déterminer si l’accouchement devait avoir lieu ou non dans un hôpital spécialisé (et plusieurs autres raisons). Celle-ci sera effectuée vers 32 semaines de grossesse pour réduire les risques pour le bébé. Elle nous donnerait une information cruciale : le bébé est-il hémophile ou non ? Si oui, l’hôpital spécialisé ce sera, afin d’avoir une équipe habituée aux bébés présentant cette particularité. Il y a certaines précautions qui doivent être prises pendant la naissance et ensuite, parce que la pression du passage du bébé peut, dans le pire scénario, provoquer une hémorragie au cerveau de celui-ci.

Si le résultat est négatif, mon plan ne change pas : accoucher dans l’environnement que je connais, où je me sens en sécurité, l’hôpital de ma ville.

L’infection urinaire

Un peu après avoir appris tout ce que porter un garçon apportait comme complication, j’avais rendez-vous chez mon gynécologue habituel. Je me souviens être entré dans le bureau de mon médecin, complètement submergée. Je lui ai lancé toutes mes émotions, mes inquiétudes. Je ne comprends pas ce qui arrive, pourquoi tout prend des proportions si grandes. Il faut comprendre que je suis enceinte, fatiguée, anémique et que tout ça me semble si lourd. En une semaine, il semble que tout soit devenu si complexe ! A ce moment-là, je ne vois pas la fin, et c’est très difficile. Pendant le rendez-vous, j’aborde une autre question qui pourrait sembler banale, j’ai des symptômes d’une infection urinaire. Mon gynécologue est très rassurant, il me permets de reprendre confiance. Je reçois une prescription pour l’infection urinaire et j’ai l’impression que c’est réglé.

Environ une semaine plus tard, pendant la nuit, je suis réveillée par des élancements dans le ventre. C’est douloureux, et rien ne semble les arrêter. Je panique. Carrément. J’essaie de me calmer. Je prends un bain. La douleur m’emplis, je suis incapable d’y mettre fin. Je réveille mon conjoint. Je ne suis qu’à 25 semaines de grossesse alors. Je décide d’aller à l’hôpital. Il faut savoir que j’ai eu du travail prématuré à deux de mes grossesses précédentes (ma première est née a 34 semaines, ma deuxième est née à 40 semaines, mais mon col était court a l’échographie de 20 semaines déjà.) J’ai peur. La médecin de garde me prend en charge. Échographie d’urgence vers 2 heures du matin pour vérifier le liquide et le col. L’infection urinaire est revenue, plus féroce et c’est ce qui provoquerait cette sensation. Ce n’est pas mon utérus, c’est ma vessie. On me garde pour la nuit, m’administre une dose d’antidouleurs et je dors. Les infirmières ont lu mon dossier, et ont vu tout ce que j’ai vécu, et elles sont vraiment très très compréhensives et douces. Elles me le témoignent : ça va aller, c’est normal avec tout ce que tu as vécu. Je vais vous faire un aveu : c’est à ce moment que j’ai compris que je ne pourrais pas supporter les contractions. Celles-ci me plongent dans le stress, mon corps se souvient et ma tête n’arrive pas à faire le poids. Peu importe à quel point j’essaie de rationaliser.

Décembre : L’amniocentèse

C’est une journée que j’ai attendue et crainte à la fois. Je l’ai abordé avec un esprit rationnel: tout préparer et organiser pour que ce soit le plus efficace possible. J’ai lu plusieurs sources sur ce que représentait l’intervention. Comme notre premier rendez-vous était très tôt, le plus logique était pour nous de se lever vers 4h du matin et de partir pour franchir les ponts avant le début du trafic montréalais. J’ai pris le temps de préparer une surprise de taille de la part du lutin, j’avais accroché des sous-vêtements sur le luminaire de la cuisine. Mamie et papi sont arrivés pour s’occuper des enfants, et nous sommes parties. Je me souviens de notre départ, dans le noir, c’était un peu irréel…

Départ de la maison: 4h30 am.

On avait une grosse journée prévue: écho, génétique, amnios.

Nous ne le savions pas avant de le vivre, mais une amniocentèse inclut tout un processus, une journée de rendez-vous complète.

Arrivé le matin, on se présente en génétique tel que spécifié sur notre feuille de rendez-vous. Oups, il faut aller en premier en imagerie (l’autre bout complètement!). Les papiers de rendez-vous n’étaient pas clairs ils mentionnent juste génétique. C’est la procédure, il faut d’abord faire une échographie pour confirmer que bébé est placé d’une façon permettant d’insérer l’aiguille avec le moins de risques possible.

L’attente est longue, on discute nerveusement.

Bébé Laurent est un gros bébé comme ses sœurs, rien de particulier à l’écho, ils confirment qu’il est bien placé. Mais même si on est arrivé à l’heure, on est en retard pour le prochain rendez-vous (sur la feuille du deuxième rendez-vous, ils spécifient arrivé à l’heure svp… Oups!)

Retourne dans une autre section de l’hôpital. Attends. Attends. 10h30, on passe. Signe des papiers, reçoit des explications sur notre cas génétiquement parlant. Ils nous envoient passer une prise de sang. Traverse l’hôpital (des travaux forcent des détours!).

Arrive à la prise de sang. Attends. Attends. Oh, on entend mon nom à l’interphone, mais on ne comprend pas où je suis demandé. Mon conjoint traverse de nouveau l’hôpital aller voir si c’est l’autre bloc qui a oublié quelque chose. 1h d’attente en prise de sang, pas question que je perde ma place.

L’infirmière m’appelle. Vérifie mes infos. Je dépose mon bras. Elle sort l’aiguille. Mon mari cogne:”ne faites pas la prise de sang!” Finalement c’était un autre bloc qui voulait me voir (on retraverse!) Mon infirmière d’hématologie voulait profiter de ma présence pour ajouter des tests. Le bloc génétique l’avait prévenu de ma présence pour être sûr de rentabiliser le déplacement. Retraverse l’hôpital. Retourne en prise de sang. On est passé d’un échantillon à 6. Attends. Prise de sang.

Nous sommes rapidement allés manger ensuite, il nous restait peu de temps avant le test tant attendu.

C’était encore une fois vraiment complexe de se déplacer, on dirait que les détours causés par les travaux sont exactement aux mauvais endroits pour nous.

Cette journée-là, nous avons tellement marché.

Sur la table, j’ai pleuré, voir paniqué. Soudainement, j’étais effrayé. Ils ont pris le temps de me rassurer, et je n’ai pas eu mal. Ce n’était pas du tout ce que j’avais prévu. L’amnios n’était pas optimal parce que notre bébé gigantesque était bien mouvementé! Il essayait de donner des coups de pieds sur l’aiguille (!!). Toutefois, le gynécologue pense avoir assez de liquide même si moins que souhaité.

Je suis au repos 48h pour laisser mon utérus se reposer (et diminuer le risque d’accouchement prématuré. 1\300 après un amnios).

Un marathon, cette préparation à la naissance

Décembre: cher fer…

Aujourd’hui, j’ai eu un rendez-vous de suivi de grossesse.

Le positif: Mon gynécologue a pu accéder aux premiers résultats de mes prises de sang et mon facteur 8 est satisfaisant 😎😎 (ce qui indique que je coagule bien présentement!). Ça fait du bien, du positif.

Le négatif positif: mon hémoglobine refuse obstinément de remonter malgré le fer liquide et les autres mesures que j’ai prises. Suites aux résultats on a conclu que je n’absorbe pas le fer liquide alors on passe au fer en intraveineuse, 1x semaine en médecine de jour. Le positif selon lui c’est qu’il nous reste du temps pour remonter ça avant l’accouchement. Mon gynécologue me donne un rendez-vous après le temps des fêtes sans savoir que je ne le reverrai plus avant le suivi post-accouchement. A ce moment, nous n’avions pas encore de résultat de l’amniocentèse, dont il n’était pas encore exclu que j’accouche dans ma ville de résidence. Il faut comprendre que mon taux de fer est un enjeu de taille, puisqu’on s’attend à ce que je fasse possiblement une hémorragie. Vers 32 semaines de grossesse, mon taux de fer est le même qu’après mon hémorragie d’Alice. C’est préoccupant. Il faut que ça remonte suffisamment pour que je puisse supporter la perte de sang associé à l’accouchement.

20 décembre: Le résultat

Le résultat pour l’amniocentèse doit arriver cette semaine… Je suis impatiente, je surveille le téléphone. A chaque moment de la journée, je m’assure qu’il reste près de moi. J’essaie d’occuper les enfants pour être toujours prête. Je vis d’espoir. Je me suis presque convaincue que ce serait négatif. Puis, soudainement, le téléphone sonne. Les enfants sont autour de moi, j’essaie de m’isoler pour mieux entendre.

Le médecin me confirme que le test montre que notre bébé est hémophile. L’accouchement est officiellement prévu dans un hôpital spécialisé. Nous convenons d’un rendez-vous le 26 décembre pour ouvrir mon dossier en grossesse à risque, et le 10 janvier pour voir une gynécologue spécialiste des accouchements comportant un trouble de la coagulation.

Ce soir-là, quand mon conjoint rentre du travail, je pleure. Ça me semble si gros, si lourd à ce moment précis. Je suis fatigué, épuisé des aspects médicaux de cette grossesse. Dans mon lit, je flatte mon bébé et j’ai peur. Je lui parle. J’essaie de contre-balancer le stress qu’il ressent avec beaucoup d’amour. C’est difficile à décrire, mais tout le long de cette grossesse je vivais entre deux émotions. Entre ma tête et mon corps. Dans mon lit, je me couche, je regarde l’arbre par la fenêtre, la neige… Normalement, pendant ma grossesse, je tente de visualiser l’accouchement chaque soir, pour me détendre, me préparer. C’est difficile cette fois-ci, j’en sait si peu sur ce qui m’attends..

26 décembre : Grossesse à risque

C’est le lendemain de Noël et nous avons une grosse journée devant nous. Les enfants sont plus fatigués après deux jours de fête malgré nos précautions; nous avions prévu que ce soit plus difficile. Pour tenter de faciliter le tout, je leur ai offert comme cadeaux des jouets facilement utilisables sur la route. Je lis des livres sur la route, nous chantons. J’essaie d’injecter du doux dans cette journée de rendez-vous. J’ai préparé des boîtes à goûter aux enfants avec des restants du buffet de Noël, et des chocolats comme dessert surprise. J’avais envie que malgré le côté officiel et médical, notre journée garde une saveur magique du temps des fêtes. Pendant ma rencontre avec la gynécologue, elle mentionne en analysant mon dossier (les enfants n’étaient pas là, heureusement!): “ Chaque fois que vous accouchez, vous risquez votre vie. “ Cette phrase résonnera dans ma tête très longtemps. C’est qu’en regardant mon historique, elle a mis le doigt sur le problème. Sur le pattern. Ce n’est pas que cette faille dans mon adn, c’est plus complexe. Mon utérus qui contracte trop fort trop vite, puis s’épuise et cesse de faire son travail lorsque le bébé naît.

Les jours suivants, je profite du congé de mon conjoint pour dormir et dormir encore. Je suis plus épuisée que je ne l’ai jamais été. Je retourne recevoir une intraveineuse de fer et nous planifions notre mois de janvier avec une date en tête: le 22 janvier. C’est le moment ou notre petit garçon naîtra. Il suffit de tenir encore jusqu’à cette date et tout ira bien. Nous organisons déjà qui prendra congé pour s’occuper des enfants et toutes les préoccupations du genre. C’est notre phare, cette date, ce qui nous permet de continuer d’avancer.

1er janvier – Le temps s’est arrêté. 35 semaines de grossesse

Je me réveille, me sentant bizarre en ce premier jour de l’année. Je n’ai pas d’appétit. J’essaie de me reposer. Les contractions commencent, irrégulières, mais de plus en plus insistantes dans leur fréquence. Au début j’espère que chacune est la dernière. Et oups, une autre revient. Côté gauche. Incapable de dîner. Attendre un peu. Puis, à un moment, je dis à mon conjoint: Non, la ça va pas. Il faut appeler et probablement y aller. Il appelle sa mère qui vient (encore) à la rescousse pour garder les petits.

Nous appelons en obstétrique, et dès qu’on commence à décrire notre cas, ils sont fermes: venez ! Préparer mes papiers pour les protocoles de naissance de bébé et moi. Attraper le facteur 8 dans le frigo (c’est un médicament, humain, “d’urgence” pour bébé. Comme il est rare, on le garde avec nous ainsi que les instructions pour le médecin. Il m’a été confié le 26 décembre. Il sera utilisé en cas d’hémorragie cérébrale.)

C’est une journée occupée en obstétrique. Il semblerait que tous les cas rares se soient donné le mot pour accoucher le même jour et ils sont débordés. C’est un peu la pagaille, ils manquent d’oreillers, de chambre (ils envoient des mamans en début de travail à la cafétéria!)

Monitoring. Au début c’est imperceptible et l’infirmière doute un peu que ce soit du vrai travail, mais les contractions commencent à s’y montrer, régulièrement. Lorsqu’on vérifie 2h après, mon col a dilaté un peu plus. On rencontre le pédiatre de garde pour revoir le plan pour les soins du bébé. Deux éléments à considérer : Il sera prématuré ET hémophile. La gynécologue appelle à l’hôpital spécialisé en gare pour avoir un plan de match précis. Elle entre dans ma chambre en m’annonçant: “J’ai parlé avec une gynécologue de garde, nous allons prendre charge de l’accouchement ici, ils nous ont informés des procédures prévues. “ Ils ne peuvent pas prendre le risque de me transférer en travail actif, je pourrais accoucher dans l’ambulance et ne pas avoir la prise en charge nécessaire. Le risque serait trop grand.

Une infirmière en temps supplémentaire est recrutée pour ne s’occuper que de moi. Elle installe un soluté + 2 voies veineuses. Elle prépare tous les médicaments. Elle me fait choisir un petit chapeau pour mon petit bébé, qu’elle dépose dans le petit lit pour nouveau-né. Nous avons peur.

Ils me mettent un soluté, en espérant que beaucoup d’hydratation calmera mon corps. Elles me rassurent: ça arrive souvent, surtout avec la fatigue des fêtes ! Un soluté et le travail cesse.

1 heure plus douce me donne espoir, et puis ça recommence. Contractions aux 2 minutes. Je regarde l’infirmière et je lui dis: “ Des contractions aux deux minutes, c’est beaucoup pour du faux travail, non ?” Elle admet que oui.

Ils me donnent un médicament pour casser les contractions.

Il fait effet temporairement. Je demande à mon conjoint d’appeler une amie pour qu’elle donne des nouvelles à ma tribu (que j’ai prévenu de mon départ pour la maternité !) Elle vient me voir quelques minutes, ça me calme, nous rions avec elle, un moment de répit.

Et puis, les contractions reprennent de nouveau. Une deuxième dose de médicament. Et à minuit, ça cesse enfin. Ma pression est basse à cause du médicament, on la surveille aux 15 minutes jusqu’à 2h du matin. J’essaie de dormir.

2 janvier

8h30

Le travail semble s’être stabilisé depuis plusieurs heures. Le médecin nous informe qu’il va discuter des options avec l’équipe de grossesse à risque.

11h. On nous annonce un transfert dès qu’une ambulance est disponible. Ils vont profiter du fait que mes contractions se sont arrêtés pour me transférer d’urgence à l’autre hôpital, plus sécuritaire pour nous. Une infirmière m’escorte avec tous les médicaments nécessaires pour un accouchement en ambulance.

Un peu avant 12h Départ vers Montréal

Le stress est palpable, il faut absolument éviter que j’accouche sur la route. Juste avant de partir, j’éclate en pleurs. J’ai peur, couchée sur la civière, je me sens si vulnérable. Je m’accroche aux minutes qui passent dans l’ambulance. Lorsque nous arrivons à moins de trente minutes de route et que les contractions sont toujours absentes, je reprends confiance. Même si le travail recommence maintenant, je suis suffisamment proche.

1h25 de route et me voilà en sécurité.

Me voilà donc depuis hier hospitalisée à Montréal, au repos au lit. J’ai rencontré la gynécologue spécialisée en hémostase hier, pour voir les décisions qu’il restait à prendre quant à la naissance. Pour l’instant on attend. Ils ne sont pas à l’aise de me renvoyer à 2h de route et risquer un autre début de travail actif à Trois-Rivières. Donc je resterai probablement jusqu’à l’accouchement + post natal de bébé Laurent. Dur de planifier, on est tombé en mode une heure à la fois.

Je vais vous confier un secret sur cette journée: j’ai espéré une césarienne. C’est le protocole pour les bébés hémophiles la plupart du temps. Quand la gynécologue m’a dit qu’ils avaient estimé que la meilleure gestion de risque était un accouchement vaginal, j’ai eu peur. J’aurais aimé qu’on m’endorme et qu’on me réveille ensuite, pour que je n’ai pas le temps d’avoir peur. Je ne voulais pas accoucher. J’ai confié à la gynécologue: “J’ai peur de ne pas y arriver, je fais presque des crises de paniques quand j’ai des contractions de braxton hics. Chaque contraction me donne l’impression d’aller vers la mort. “ C’est elle qui m’a suggéré l’épidurale en premier, je n’en avais jamais eu et ça n’avait jamais été dans mes plans aux autres bébés.

Je n’avais jamais quitté mes petits plus de quelques heures. Je n’ai aucune idée comment je pourrai passer trois semaines loin d’eux. Je me concentre sur mon bébé. Et je dors. Oh, je dors tellement les premiers jours. Des mois de fatigue, de stress, qui me rattrapent.

A suivre…

« Older posts