Cinq minutes pour jouer

Simplicité volontaire, bienveillance, parentalité positive et pédagogies alternatives au quotidien.

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La naissance de cette relation frère-sœur

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Elle venait d’avoir 4 ans, et pour la première fois elle était consciente de ce qui se préparait. Elle avait déjà une petite sœur oui, mais elle était si petite lors de la grossesse de celle-ci qu’elle n’avait pas vécu vraiment l’attente. Cette fois-ci, c’était différent. Elle savait ce qui s’en venait et ça l’intéressait grandement. Des centaines de fois, elle m’a demandé de lui lire le livre “Attendre un bébé.” Elle aimait comparer l’histoire à sa réalité, elle jugeait la taille de mon ventre, attendant qu’il devienne très très gros comme dépeint dans les illustrations du conte.

Plusieurs fois par jour, elle appuyait sa tête contre mon ventre et s’exclamait : “j’ai hâte de te voir bébé Laurent!” On lui répétait qu’il naîtrait après Noël et avant la fête de papa. Oh, elle l’attendait tellement!

Elle aimait particulièrement reproduire les scènes du livre: m’apporter mon repas au lit par exemple ou remarquer les étapes qu’on franchissait : « Nous aussi, on a une photo de bébé maintenant. ». Elle avait plié et rangé les vêtements destinés à son frère avec moi, avec grande attention d’ailleurs.

Le midi du 1er janvier, je n’étais pas en forme. Elle m’avait apporté mon dîner au lit. Elle et sa sœur me l’avaient apporté “en équipe” pour être précis. C’est comme une danse, un tandem synchronisé hasardeux ou chacune tient un côté d’une assiette et on espère que rien ne tombe. Je n’avais rien réussit à manger et elle l’avait remarqué. Je me souviens que papa lui avait répondu : ” Maman est fatiguée, elle n’as pas faim.”

1 heure plus tard, je quittais pour l’hôpital. Et je ne suis revenue dans la maison que 23 jours plus tard. Un bébé dans les bras.

C’est gros quand même, pour un enfant de 4 ans comme événements dans sa vie. S’adapter au départ, à la vie sans maman pendant trois semaines, puis au retour avec un nouveau membre de la famille en bonus.

Elle a aimé son petit frère dès la première seconde où elle l’as vue. C’était le soir, elle était fatiguée mais ses yeux ont brillés tout de suite « C’est Laurent ! ». Elle l’avait attendue. Et il étais enfin la.

Quelques jours après le début de notre vie à 7, elle a demandé pourquoi dans le livre, le bébé n’avait pas les traces laissés par des prise de sang au talon, et pourquoi il ne pleurait pas.  “Ils ont oubliés!”

(….)

Cinq semaines ont passés, et elle reste toujours aussi attentive à celui-ci. Elle est toujours prête à lui caresser les cheveux, chanter pour lui, et surtout « m’avertir » dès qu’il fait un son : « Maman! Le bébé veut du lait ! » « Maman, le bébé veut toi! »

J’ai surpris cette scène cette semaine, alors que bébé était déposé par terre, et qu’elle l’a collé par elle-même. De l’amour fraternel brut. J’ai tout de suite sentit que cette photo allait être importante: c’est les débuts d’une relation, leur relation, capté sur le vif.

Au milieu de la tempête, je t’attends.

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Crédit photo: Lisa-Marie Savard

En trois semaines hospitalisée, j’ai souvent été étonnée de la météo montréalaise. Parfois il neige, mais la plupart du temps, ça semble se transformer rapidement en neige fondante même au cœur du mois de janvier.

Aujourd’hui c’est différent, la tempête que je guettais par la fenêtre depuis hier est maintenant la. Enceinte de tes sœurs, c’était l’automne que je surveillais par la fenêtre de ma chambre pendant les dernières semaines de ma grossesse. Je me reposait en fixant l’arbre, remarquant les feuilles au vent, leur changement de couleurs. Je les regardait tomber alors que mon ventre s’arrondissait et que leur naissance approchait, sans savoir quand exactement ça se produirait.

J’ai troqué l’automne pour l’hiver, ma chambre pour une chambre d’hôpital et l’incertitude du moment de l’accouchement pour une date de déclenchement.

Ce flottement entre deux monde par contre, reste le même. Me voila pleine d’un bébé que je ressent connaitre profondément avec la certitude qu’il est exactement ce qu’il dois être, alors que je ne l’ai jamais vu. Je n’ai jamais sentit la douceur de ta peau encore, mais je connais ta réaction a mes caresses, a ma voix. Je ne sait rien sur toi mais je sait tout alors qu’on est connecté ensemble de façon plus profonde que jamais pour quelques heures encore.

Je ferme les yeux, j’essaie d’imprimer dans ma mémoire chacune des sensations, chacun de tes mouvements. Je m’ancre dans le moment présent pour pouvoir mieux me souvenir de ce moment. Apres des mois ou être enceinte de toi fut la normalité, me voila a l’aube de redécouvrir la sensation d’un ventre vide.

Heureusement, il y a ce quatrième trimestre que je laisserai s’allonger, pour toi autant que pour moi. Il y a ces heures, ces semaines plutôt, ou nos corps seront tellement proches qu’on oubliera tout les deux parfois que tu n’es plus vraiment en moi. Mon corps continuera de te fournir les nutriments pour grandir, partager sa chaleur et tu pourras rythmé ton cœur aux battements du mien, jour et nuit.

mon bébé, dehors c’est la tempête, et me voila, qui t’attends.

Crédit photo: Lisa-Marie Savard

​La plus longue promenade et la plus petite glissade / petites histoires d’hiver

Nous sommes dehors depuis un petit bout de temps quand les enfants en viennent à s’éloigner davantage de moi, plutôt que de rester dans mon projet (pelter!), elles partent dans la cour.
Charlotte demande à Alice: “veux-tu aller dans le traîneau?! Je vais te promener. ” Alice, encore malhabile avec l’ensemble d’hiver s’y rends doucement. Elle décide de se coucher dans le traîneau parce que c’est plus simple que s’asseoir. 

Charlotte donc, tire sur la corde.

Le traîneau n’avance pas vraiment. Elle essais différente techniques et y parvient. Un centimètre à la fois. Alice rit à chaque mouvement un peu désordonnée du traîneau.

C’est qu’elle a prit le plus grand traîneau, beaucoup plus difficile a manoeuvrer que le petit. Le poids est mal répartit quand un seul enfant y est installé.

Elle tire donc. Se satisfait de chaque centimètre parcourue.

Voilà qu’elle as un plan précis en tête: faire descendre le traîneau sur un petit tas de neige qu’elle a fait, ce qu’elle nomme une glissade. Avant tout, le traîneau doit monter sur cette montagne miniature. Elle tire, le traîneau menace de basculer. Alice continue à se satisfaire de son expérience. Plusieurs minutes s’écoulent. Elle tire tellement fort qu’elle tombe sur les fesses. Grand rire partagée entre les deux soeurs. Elle y est parvenue.
Dans les minutes suivantes donc, elle complète un tour de la cour non sans difficultés avant de ramener Alice au point de départ. Oh mais j’ai aussi découvert a son retour que depuis le début j’avais mal compris un aspect de la situation: elle n’est plus Charlotte, elle est une mamie qui promène son bébé. Elle en est bien fière, déclarant : avec mon traîneau, je peut traîner mon bébé partout!!
(…..)
Le jour de la première neige, notre projet préféré a reprit vie: la volonté de créer une glissade gigantesque. C’est devenu un élément central du temps passé dehors depuis 2 hivers. Les enfants vont chercher de la neige dans toute la cour, la charge dans un traîneau et la dépose sur notre petite toute petite butte. On tappe avec nos mains pour la solidifier. On y travaille 15 ou 30 minutes. Puis on l’essaie. On commente sur l’avancement du projet. Le premier jour, elle devait faire 30 centimètre de haut. La satisfaction est aussi entière que si elle en faisait 300, c’est le résultat projeté, le rêve, qui les fait carburer. On est allée y travailler deux fois aujourd’hui. Elle doit atteindre le 80 cm ! 

Les

(….)
La valeur de l’observation

Fin de l’après-midi, les petites jouent sur le balcon avec des figurines d’animaux et des pelles. Puis elles s’arrêtent. Elle se figent. Des voisins peltent à plusieurs. Deux petites têtes curieuses les observent. Plusieurs minutes. Je ne sait pas pourquoi, j’ai encore un vieux réflexe qui y voit du négatif. Une peur du jugement. C’est absurde, personne ne trouverait bizarre que mes enfants regardent la télé, mais qu’elles observent la vraie vie en directe me donne l’impression qu’on pourrait penser qu’elles s’ennuient (et ont besoin d’un adulte pour les amuser, alors que ce qu’elles font les rends bien satisfaites!), etc…

Observer c’est pourtant plein de valeur. C’est aussi valide que tout le reste comme occupation. Pourtant j’ai l’impression que c’est quelque chose de moins répandue qu’avant. C’est rare qu’on voit des enfants aux fenetres, ou assis dehors, juste observant la vie quotidienne, non ? Je ne sait trop pourquoi…

​Elles voulaient voir les feuilles tomber

On leur répète chaque automne tel un messager détenant le secret d’un grand mystère: les feuilles tombent des arbres. 

Être témoin du avant: les feuilles dans les arbres, et du après: les feuilles par terre, est assez facile.

Pour avoir la chance de les voir virevolter sous la poussée du vent, il faut savoir être calme et attentif. Regarder exactement au bon moment, au bon endroit.

Elles voulaient voir les feuilles tomber, elles rêvaient même de les attraper comme on attrape des bulles. 

(…)

Je me suis assise par terre.

“Quand j’entends le bruit du vent très fort, comme ceci, je sais que les feuilles tomberont bientôt et que je dois regarder.”

Elles se sont assises. Elles se sont concentrées sur ce qu’elles entendaient. Elles ont fait des remarques sur les différents sons provenant du vent.

“Quand je sens le vent si fort sur ma peau, je remarque que les arbres bougent, c’est ce qui fait tomber les feuilles.”

Elles ont tenté de ressentir. 

Le vent a soufflé.

Les feuilles sont tombées.

Elles ont couru, tenter de les attraper.

Le vent ne soufflait plus.

Nous avons chanté une chanson au vent d’automne pour lui demander de faire tomber les feuilles.

Elles se sont assises, ont observé. 

Nous avons remarqué que le ballon de plage s’envolait quand le vent était fort. Elles s’en sont amusées quelques minutes.

Le vent a soufflé.

Elles ont couru dans la direction où les feuilles tombaient pour tenter de capturer les feuilles récemment tombées.

C’était beau. Elles étaient attentives. Elles écoutaient leurs sensations. Elles écoutaient la nature.

Puis, elles se sont remises à courir partout, se poursuivant, scandant la chanson de l’automne. 

Elles voulaient voir les feuilles tomber.

Elles les ont vu tomber.

Elles sont passées à autre chose.

Ne pas avoir été attentif, on aurait pu croire qu’elles ne faisaient “que jouer dehors”. 😉 

*La photo date de quelques semaines, du pourquoi les vêtements ne fittent pas avec la température d’aujourd’hui  😉

​J’ai plié les vêtements derrière une barrière / l’art de ne pas être à boutte

C’était un matin de semaine. Seule avec mes deux plus jeunes, j’avais prit le temps de faire des activités de leur choix avec chacune. J’avais lut des livres, peinturée. Maintenant je n’avais qu’un objectif: venir à bout de la pile de vêtements propres sur mon lit.

Je met de la musique et je m’installe.

Je leur propose de m’aider mais clairement, ça ne fonctionne pas ce matin (ça fonctionne souvent pourtant!). Je ne plie pas, je suis en interventions à chaque seconde. 

J’écoute ma tête qui crie: oh my god! J’ai l’impression que cet enfant de 2 ans se lève le matin avec l’objectif de me nuire.

Je répète clairement: Je ne te laisserai pas déplier tous les vêtements en prenant sa main.

Je propose: Veux-tu aller porter les débarbouillettes dans le tirroir?

Ma 4 ans se met de la partie et roule dans mon lit.

Ma tête hurle. 

Ben oui! Mes enfants sont des enfants ordinaires qui ne collaborent pas toujours pis ma tête aussi se dit parfois : “mais comment plier une brassée (ok, 3), peut devenir si compliqué??”

 Stop.

Ça ne fonctionne pas.

Je fait une révision mental du matin, des besoins de chacun.

Je vit une (des!) semaines stressantes. J’ai besoin de retrouver ma chambre en ordre. J’ai donné beaucoup d’attention ce matin. Elles ont fait des choix. Eu du contrôle.

Je pourrais proposer une marche aux enfants et remettre à plus tard mais la vérité c’est que je sait pertinemment que je me sentirais victime. Je ne leur rendrais pas service parce qu’émotionnellenent, je ne serais pas disponible. Tendu probablement. 

Jai eu une idée.

J’ai mit la barrière dans la porte de chambre.

J’ai dit: “J’ai besoin de finir cette tâche, on va faire une promenade ensuite?”

 Elles ont contestés 10 secondes.

J’était face à la porte, à un mètre d’elles.

J’ai proposé de mettre de la musique de princesses et qu’elles me fassent un spectacle.

Contacts visuels. Je te regarde. Je ne t’abandonne pas même si je met temporairement une limite entre nous. 

Elles ont joués devant la porte. Puis m’ont oubliés. Elles sont parties jouer joyeusement. 

Voyez-vous, la barrière est une limite claire. Il n’y a pas de peut-être. Rien à négocier. Alors elles n’avaient plus de raisons d’essayer. La limite étais mise: personne ne touchera à ces vêtements. (Ça sonne vraiment intense dit comme ça, tsé une priorité banale. Mais on as le droit comme parent d’avoir des priorités banales. C’est nous qui savons ce donc nous avons besoin.)

C’est rare que j’utilise la barrière. Je l’ai acheté juste l’an passé d’ailleurs haha. On peut se sentir coupable d’en arriver là mais c’est drôlement plus sain que bien des solutions. Plus sain de mettre une limite claire que de faire vivre nos frustrations.

Parfois, j’ai juste besoin de plier une brassé. Je prends les moyens pour y arriver. Et puis ma chambre est en ordre. Je suis de nouveau disponible émotionnellement. On va prendre une marche??

Parce que maintenant que c’est fait, ça me tente pour vraie. Je vais pouvoir en profiter.

Bref je voulait vous dire: oser faire ce qui compte pour vous. Oser imposer des limites. Oser mettre une barrière si c’est ce qu’il faut pour plier votre brassé.

​7h du matin…


Je bois mon chocolat chaud en observant le va et vient du matin. À cette heure, généralement tout le monde a finit sa routine du matin et vaque à des projets / jeux divers inspirés par la nuit.

Charlotte promène Alice en poussette (une poussette parapluie prêté il y a quelques jours par mamie). Elles vont de la chambre (la “maison”) au corridor.

Alors qu’elle passe près de moi, j’en profite pour lui poser une question.

Alors que sa compagne de jeu est occupée à me répondre, Alice se trouvant sans attentions, débarque de la poussette et s’empare du balais pour balayer.

Charlotte finit de me répondre. Elle va retrouver Alice et lui déclare: Veux tu revenir dans la poussette bébé? Maman parlais juste à la voisine! 😂😂😂😂

(…..)

Charlotte sort de la chambre et déclare à Léa : Je vais travailler!

Léa s’engage à garder son bébé.

30 secondes après. Léa fait semblant de téléphoner à Charlotte.

– Maman? Je t’apporte ton bébé il veut te voir!

Elle escorte Alice, un bras derrière ses épaules.

– Ok, tu veux que ce soit moi qui te berce bébé??

 Alice fait oui de la tête…. elle adore ce rôle dans les jeux.

(…)

Suis-je la seule à passer ma journée à tourner la tête pour des “maman!” qui ne me sont pas adressés?? :p ça l’air que ce matin je suis la voisine 😂😂

#jeuderole

#quotidien

*la photo date d’un jeu semblable il y a quelques jours…

L’histoire d’un verre d’eau 


Il y a quelques jours ou semaines, je ne sais plus exactement, Alice pleurait. Charlotte (presque 4 ans) me conseilla d’essayer de lui donner de l’eau: “Peut-être qu’elle a soif, moi, quand je pleure, j’aime avoir un verre d’eau.” Je lui en ai donc donné, et ça a adonné que la diversion l’a calmée.

Charlotte, bien heureuse que son truc ait fonctionné a déclaré : “Moi aussi, je vais pleurer et je veux que tu me donnes un verre d’eau. ” 
(….)
1-2 semaine plus tard.

Charlotte est en crise. C’est une dure journée. Elle se remet d’une fièvre et elle est vraiment d’une humeur difficile.

Son papa est avec elle, elle pleure et est en grosse opposition de petite fille trop fatiguée alors que j’endors Alice. Difficile de la faire changer d’humeur.

J’ai alors un flash. Je dépose Alice en lui disant que je reviens, et je me dépêche d’aller chercher un verre d’eau.

Je lui dis: Oh, en t’entendant pleurer, j’ai pensé que tu aimerais peut-être que je t’apporte un verre d’eau. 

Elle ne le boit pas, mais un déclic se fait dans sa tête. Je lui démontre que j’ai accordé de l’importance a ce qu’elle m’avait déjà dit sur elle-même.

Je repars endormir Alice. Moins d’une minute plus tard, Charlotte vient se coucher dans son lit, maintenant calme. Elle s’endort rapidement paisiblement. 
(….)
Le lendemain midi

Alice se réveille de la sieste maussade. Je ne sais pas si vos enfants font ça parfois, mais peu importe ce que je fais, même en la prenant, lui offrant du lait ou de lire un livre, elle reste en crise. C’est un mauvais réveil bref. Charlotte vient me voir. Je lui dis bien honnêtement: “Oh lala, Alice s’est réveillée en pleurs et je n’arrive pas a la calmer. As-tu une idée ?  ”

Elle en a une.

Elle sourit. Un gigantesque sourire qui montre une grande fierté. Elle déclare : ” J’ai un truc !!! Je vais chercher un verre d’eau !!!!”

Elle court a la cuisine, prends un verre, court a la salle de bain (toujours en souriant), remplis un verre d’eau. En fait, elle ne court pas, elle danse presque.

Elle me donne le verre.

Alice, le regarde.

Elle hésite.

Puis elle s’avance.

Bois une gorgée.

Et son humeur se calme déjà.

Charlotte clame fièrement: “mon idée a fonctionné, j’ai un bon truc !”

Je lui réponds: “Oui, tu connais une bonne façon d’aider les autres a se calmer ! ”

(….)

C’est l’histoire d’un verre d’eau, d’un apprentissage, d’un cheminement en cours… D’une enfant qui apprend sur elle-même. Sur les autres.

Une histoire de carottes / Le temps de la congélation

Pendant la sieste, j’épluche un premier 3lbs de carottes. Ces carottes seront coupées, blanchies puis congelées pour l’hiver.

Je n’ai pas le temps d’aller plus loin que l’épluchure, alors je les laisse dans le bac que j’avais déjà prévu pour ça, sur la table.

Charlotte (3 ans) remarque tout de suite les carottes, suivis de près par ses deux sœurs (Léa, 6 ans, Alice, 1 an presque 2).

Charlotte – Pourquoi il y a des carotte sur la table?

Moi – Je dois les couper.

Charlotte – Je peut les couper moi ?

Moi – Bien sur. Je te sort ton couteau.

Charlotte s’installe donc, a couper ses carottes.

Ses deux sœurs restent proches.

Comme couper une carotte demande une bonne pression sur le couteau de bois, voila que la rondelle s’envole. Apres 2 ou 3 essais, elles se rendent compte que ca risque d’arriver a chaque fois.

Léa se propose pour attraper les carottes au vol. Sa proposition est acceptée.

Alice se cherche aussi un rôle. Les filles la laissent naturellement prendre un rôle qu’elle a souvent: mettre les choses dedans. Elles s’organisent, sans intervention d’un adulte, une façon de faire qui leur convient.  
Donc. Charlotte coupe. Léa attrape. Alice range dans le plat.
Et elles sont satisfaites, chacune, de leur fonction.
Il me reste plusieurs livres, j’ai hâte de voir, il se pourrait que demain ça intéresse des enfants différents, ou personnes, ou qu’elles changent les rôles. Ça n’as jamais été une activités proposée officiellement d’ailleurs, c’est juste quelque chose auquel elles prennent part naturellement. 

Juste le quotidien sur le coin d’une table de cuisine, un jour d’été.

Les 20 mois d’Alice / mon bambin tel un touriste enthousiasme 🌿  

Souvent, on va entendre parler de la période 18-24 mois comme du “terrible two” qui se prépare. Personnellement, je suis bien d’accord que la période juste avant 2 ans est une période souvent intense (je dirais même pire qu’après 2 ans 😉 ) … J’avais envie de vous partager ma perception des changements récents dans le développement d’Alice, et de leurs influences sur les “crises”.

🌳 Ses émotions sont intenses 🌳 

Quand elle est heureuse, elle est vraiment heureuse! Quand elle est fâché, elle pleure très fort ! Elle contrôle un peu plus ses émotions, par exemple elle peut rire très fort pour nous faire rire. C’est encore très rudimentaire par contre.

🌳 Elle aime découvrir, expérimenter 🌳 

L’éventail de ses expériences ne cesse de grandir. Elle aime jouer de façon de plus en plus variée. Se faisant, elle apprend à se connaître, à reconnaître ce qui la rend heureuse, plus heureuse, moins heureuse… Elle apprend qu’on peut dessiner, mais aussi peinturer, modeler, coller.. Toutes ses expériences s’ajoutent a son bagage de connaissance.

🌳  Elle a une compréhension plus complexe des choses🌳 

Avant, c’était assez simple. Elle avait envie de quelque chose, ou pas. Maintenant, elle a découvert que la façon de faire les choses avait aussi de l’importance pour elle. Elle préfère se balancer rapidement que doucement par exemple. Le problème, c’est que son langage la limite, elle arrive a faire comprendre qu’elle veut se faire balancer, mais impossible pour elle d’exprimer avec précision la façon donc elle souhaite que ce soit fait.  Entre ce qu’elle ressent, et ce qu’elle réussit a exprimé, la différence est encore grande. 

🌳 Elle répond “oui” et “non” 🌳 

C’est difficile d’exprimer toute la complexité de nos désirs, préférences, quand on est limité a positif ou négatif comme réponse. Le fait qu’elle ait commencé à dire oui récemment est génial, évidemment ! On peut maintenant déjà comprendre un peu plus ses désirs, mais c’est encore très basique. C’est fâchant pour elle d’ailleurs, elle fait un effort pour s’exprimer, mais notre compréhension est limitée. 

(….)

 C’est comme discuter avec un touriste enthousiasme. 

Il s’exprime, joyeux, pour tenter de nous faire comprendre ce dont il a besoin. Il cherche un mot, probablement pris en référence dans son livre de voyage, pour essayer de nous faire comprendre: la tour ?? 

C’est un adulte, et pourtant, si après 4 ou 5 passants, personne ne peut l’aider, il est possible qu’il vive du découragement, de la frustration.. Il est possible qu’il se dise: la prochaine fois, j’irai dans un pays ou ils parlent anglais !!

Parce que notre bambin,  c’est un homme de Cro-Magnon sur le party. Cette façon de voir nous vient du Dr Harvey Karp. Notre bébé est un être qui a envie de tout essayer, tout faire, mais donc le langage et la façon de vivre ses émotions sont encore limités. Il ne faut jamais oublier que l’homme a mis des milliers d’années à évoluer, mais que notre bébé atterrit dans un monde très évolué et doit rattraper tout ça en 2 ou 3 ans… Votre bébé naît avec les mêmes acquis que vous, ou votre grand-père a la naissance. Pourtant, le monde auquel il doit s’adapter, les compétences dont il aura besoin sont complètement différentes… 
☀️ Donc, la solution magique ? Le temps ? Changer notre vision de notre bambin pour l’accompagner plutôt que d’être en position de “réaction” ? Accepter que parfois, on ne le comprend pas tout simplement, et c’est difficile et c’est okay de lui dire: OK bébé, je veux vraiment la, mais je ne comprends pas ! Continuer de travailler le langage, lui offrir des mots simples, des gestes, pour l’aider à avoir plus de vocabulaires pour exprimer ce qu’il souhaite exprimer ? Se concentrer sur tout ce qu’il y a de génial dans un bébé de cet âge.

​L’histoire de l’enfant de 3 ans qui refusait d’avancer 


Je pense que c’est une des situations, comme parent, qui est vraiment difficile à gérer positivement sur le coup. Tu es plutôt impuissant, parce que si tu es comme moi tu pousse déjà une lourde poussette et il n’y a aucun moyen de revenir à la maison sans un minimum de collaboration du dit-enfant.
 (…)

Ce matin, une de mes filles as oublié quelque chose qu’elle tenait à apporter à l’école pour la dernière journée. La solution “simple” est celle-ci : aller lui porter avec la poussette double et ma 3 ans en vélo. Je sait pertinemment avant même de partir que ce n’est pas la bonne journée pour ça, elle est de mauvaise humeur aujourd’hui; les risques que ça vire mal sont augmentés x 10. 

Elle est enthousiaste face à l’idée d’aller porter le sac à la secrétaire (c’est pas sa première fois héhé). Je sait que c’est une distance qu’elle maîtrise bien. Donc. On va à l’école. Tout va bien. On fait même un coucou à sa soeur qu’on voit dans la cour arrière. Tout va bien.
On amorce le chemin du retour.

Oups.

Elle déclare ne plus vouloir faire de vélo. On est à 50 mètres d’un arrêt prévu déjà dans un champs de fleurs sauvages pour en cueillir (j’avais même apporté son sac de cueillette!)
Toutes les paroles de motivations du monde sont prononcés. On est à 40 mètres des fleurs, elle refuse de faire un seul pas. Un camion de nettoyage des égouts se stationne à côté de nous. Ça pue. Elle n’avance pas. Les autres enfants aiment regarder le camion, il semble que seuls les adultes soient affectés par l’odeur.
Je lui propose de l’eau. Elle boit. On réussit à traverser la rue. Elle refuse d’avancer. Les fleurs à 30 mètres.

Bref. On finit par arriver aux fleurs. Regain d’énergie. Elle cueille joyeusement des fleurs. On repart. 5 mètres, 10 mètres, tout va bien.
50 mètres. Plus que 850 mètres avant la maison. Elle refuse de nouveau d’avancer. Elle veut être dans la poussette mais c’est impossible à cause du vélo à trainer. Je propose de marcher pendant que je met le vélo dans la poussette ou de faire du vélo, au choix. Elle refuse.
 Elle se couche par terre sur le trottoir. Rien à faire. J’ai envie de la menacer de ne plus jamais l’apporter en promenade de sa vie mais je sait que c’est inutile. Je parle aux autres enfants, on regarde les fleurs ramassés. Je réfléchis. Je sait qu’il est possible qu’elle soit fatigué pour vraie. J’en suis absolument consciente mais c’est une des fois où je suis limité dans les possibilités. C’est un enfant habitué de faire des distances plus longues pourtant. Je réfléchis. Un passant passe et lui fait un commentaire. 
J’essaie la motivation : on va faire un bricolage avec les fleurs à la maison?
J’essaie l’accueil des émotions, les blagues, tout. Mais il n’y a rien qui marche. Je suis une maman prisonnière d’un trottoir, incapable de retourner à la maison. Je me sent pris au piège et c’est un sentiment dangereux, parce que je suis consciente qu’il peut me faire basculer vers le réflexe primitif : attaquer ou fuir. Ce qui dans ce cas risquerait de se manifester par des cris de colères inutiles, qui ne fonctionneraient pas. 
Je rationalise. Ça m’est déjà arrivé et chaque fois j’ai finit par retourner chez nous (!!!).
J’imagine le titre de l’article de blog que j’utiliserai pour en parler (parce qu’écrire fait partie de ma façon de réfléchir, analyser, vivre des émotions.)
Je suis calme. Je joue avec les autres enfants. Puis je cherche son besoin et comment y répondre.
Je propose : “oh, il fait chaud, veut-tu de l’eau sur tes cheveux pour avoir moins chaud?”
Elle accepte. Et son vélo repart. 800 mètres. 700 mètres. Encore de l’eau. 600 mètres, 500 mètres. De l’eau sur ses vêtements. Et elle repart enthousiasme. 400 mètres, 300 mètres… Et la maison.

Ma 3 ans est toute mouillée mais nous sommes arrivés.

Bref. C’est l’histoire d’une 3 ans qui refusait de marcher, probablement parce qu’elle se sentait impuissante face à toutes les émotions, la fatigue, la chaleur. C’est l’histoire d’une maman qui se sentait impuissante parce qu’elle avait besoin de la collaboration d’un enfant qui n’était pas disponible pour collaborer.

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