Cinq minutes pour jouer

Simplicité volontaire, bienveillance, parentalité positive et pédagogies alternatives au quotidien.

Cher Laurent, voici notre histoire (Partie 3/4)

Crédit: Lisa-Marie Savard

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Pendant les premiers jours, je dors. Je dors. Je rattrape des mois de stress, de fatigue accumulée. Je reçois plusieurs doses de fer intraveineux. J’ai une fausse alerte, avec contractions, monitoring etc. Mes bras sont couverts d’hématomes causés par les voies veineuses qui s’accumulent. Puis, un jour, je me retrouve. Un matin, je décide de planifier une séance photo. Pour moi, c’est un signe de bien-être. J’aime profondément les photos, c’est ma façon de m’exprimer. Une amie m’avait proposé une séance en décembre, mais avec tous les rendez-vous, nous avions annulés… Puis, l’hospitalisation. C’est planifié pour le jeudi suivant.

Durant la même période, mon conjoint m’informe que l’équipe de génétique (ignorant mon hospitalisation) souhaitait nous rencontrer. Ça nous intrigue, on se questionne. Peut-être est-ce pour confirmer le résultat positif d’hémophilie? Une trisomie 21? Il faut savoir que nous avions refusé les tests de dépistages de la trisomie en début de grossesse, dont peut-être que c’était ça ? On ne savait pas trop à quoi s’attendre… bref, pendant deux jours je les ai attendus.

Un matin, ils sont entrés dans ma chambre. Ils ont parlé du contexte de l’amniocentèse.  Comme il bougeait beaucoup pendant l’amnio, ils n’étaient pas certains si c’était une erreur ou une vraie anomalie. 

Puis ils m’ont annoncé qu’un résultat anormal avait été découvert dans son ADN. Ils ont placé un cartable ouvert sur une séquence du bagage génétique de mon bébé devant moi et m’ont montré une petite tâche, qui ne devrait pas être là.

Typiquement, cette anomalie rare était associée avec : de l’épilepsie, de gros retards de développement, des problèmes de peau, des traits tsa et encore plus. Bref, ce matin-la, on m’a annoncé qu’il était possible que mon bébé naisse avec beaucoup de problèmes. Deux possibilités me sont proposées : faire une deuxième amniocentèse ou attendre la naissance pour tester directement le bébé.

Les généticiens sont partis consulter le gynécologue, et quand ils sont entrés, j’ai dit: Je suis prête, on le fait. J’ai choisi de faire une deuxième amnio pour savoir, bien que ça n’aurait pas changé notre désir qu’il soit avec nous. Nous voulions être prêts et j’étais incapable de figurer attendre deux longues semaines, avec tous les facteurs de stress déjà présents.

Moins d’une heure plus tard, ils sont venus me chercher, en chaise roulante. Ils m’ont conduit dans une salle d’échographie sur l’étage. Je me suis allongée sur la table. On a regardé mon bébé qui remplissait l’utérus presque complètement, et il y avait cette petite poche de liquide rendant possible le test. J’étais seule. Mon conjoint savait que j’allais faire le test (je l’avais appelé le matin) mais pas le moment. Personne d’autre ne savait, tout s’était passé si vite.

J’étais sur la table. Ils ont inséré l’aiguille. Mon corps s’est défendu et j’ai expérimenté la pire sensation de ma vie. J’ai eu une contraction alors que l’aiguille était dans mon utérus. En quelques secondes, j’étais en sueur. Je répétais: Je ne me sens pas bien, ça va pas. J’ai pensé m’évanouir. On m’as apporté une débarbouillette, baissé la tête… C’est la même gynécologue qui était a mon accouchement presque deux semaines plus tard et quand elle a vu mon conjoint, elle est allée le voir et lui as dit: “ Je veux que tu sache que ta femme a été très courageuse. “

On m’as ensuite rapporté dans ma chambre. La préposé est venue faire une visite éclair presque immédiatement pour prendre des nouvelles. Elle m’as apporté de l’eau froide, conseillé de me reposer.

J’avais prévu faire une séance photo de ma grossesse le lendemain et je l’ai reporté pour faire mon 48h de repos. C’était une journée très difficile. (Pour voir la séance, elle est sur le blog de la photographe ici)

Fruit du hasard, le réseau d’internet ne fonctionnait plus cette journée la. Seule dans ma chambre, j’ai écris ce texte en attendant de pouvoir contacter ma famille et mes amies. C’était aussi, la première fois que je parlais publiquement sur mon blog de ce qui m’arrivait les derniers mois.
(….)


Croire que le monde est bon, mon bébé / Notre vérité, notre réalité

Me voilà, à quelques jours de ta naissance, naviguant dans l’incertitude alors qu’un test à semé le doute sur ton bagage génétique. La maternité, c’est magnifique. Être le témoin, le nid d’un être humain en développement. Sentir ton évolution, tes coups, connecter ensemble.

Mon bébé, je ne sais pas. Si tu souffriras. Ce qui fera parti de toi. Ce que deviendra notre réalité. Il y a tant de choses que j’ignore encore.

Mais ce que je sais mon bébé, et ce qui me rassure pour toi. C’est que le monde est bon. J’y crois. Je reçois les preuves chaque jour que tout finit par avoir du sens, et qu’il faut faire confiance.

Je suis dans une dure journée, d’une dure semaine, d’un dur mois,d’une dure année.

J’en suis au point où les difficultés ne me suis surprennent plus. La seule façon de tenir dans ces périodes où l’hiver semble éternel, c’est de se concentrer sur les éclats de soleil. Reconnaître chaque parcelle de bon. Y accorder de la valeur. Des choses simples comme recevoir en cadeau exactement ce qu’il me manque pour toi (TA doudou à toi) le même jour qu’une mauvaise nouvelle. Voir une logique dans le déroulement des choses (et si l’hospitalisation voir même le début de travail prématuré faisait du sens ? )

Je suis profondément heureuse de ta venue, mon fils, le dernier bébé que je porterai. Te construire est difficile. Mon corps est fatigué. Ça fait plusieurs mois déjà qu’on découvre un monde entourant la grossesse qu’on n’avait pas prévu. Une grossesse médicalisée. Amniocentèse. Cartotypes. Facteur 8 au frigo. Intraveineuse de fer pour se préparer à l’accouchement. Des médicaments pour arrêter le travail. Des rendez-vous. Passer le lendemain de noël à st-justine. L’hématologue.Transfert en ambulance d’urgence. L’hospitalisation. Le gare. Les semaines loin de la maison.

On retient son souffle dans la tornade. Surnommer l’accouchement la délivrance prends tout son sens. C’est le moment où on espère pouvoir retomber dans la normalité. On vit dans un déni de survie, certains disent que cet accouchement comporte des risques pour ma vie. On mise tout sur le médical, c’est l’endroit le plus sécuritaire après tout? On y croit parce que croire le contraire ne ferait aucun sens. Personne ne veut un bébé pour le rendre orphelin en lui donnant la vie.

Alors on rêve. Pour toi. Pour tes soeurs. Pour moi aussi. On rêve à un monde de douceur. Lire des histoires collés. Jouer dans la neige et boire du chocolat chaud. Dormir collé contre toi. T’allaiter. Voir tes soeurs jouer et utiliser leur imagination. Te voir réagir à leur interaction.

Le quotidien simplement. Beau. Doux. Suffisant.

Oh, mon bébé. 

J’ai besoin de croire que le monde est bon, de m’y accrocher.

Et j’espère qu’en grandissant, tu découvrira que j’avais raison d’y croire.

Je serai là. Et la vie sera belle. Peu importe les détails.

11-12 janvier
Mon conjoint, sa mère, et nos filles sont venus dormir à Montréal pour ne pas me laisser seule avec les résultats. Nous avons organisés rapidement le séjour vu les circonstances. On saura ce qui en est dans les 48 heures. C’est aussi la dernière fois que j’ai vu mes petites avant l’accouchement.

Juste avant leur arrivé, le généticien est venu me voir pour m’annoncer que les tests préliminaires montraient que mon bébé allait bien. J’ai donc pu leur annoncer dès leur arrivée.


Après cette intermède remplis de temps privilégiés avec eux, la routine d’hospitalisation reprends. Je me réveille heureuse de ne pas avoir accoucher pendant la nuit, je commande mon déjeuner, toujours le même: du pain dorée avec des mangues. Je prends mes médicaments et nous écoutons le cœur de bébé pour confirmer qu’il va bien. Mon conjoint appelle. J’alterne la télé, des livres, des siestes. Parfois je lis même des livres de préparation à l’accouchement parce que j’espère encore avoir un accouchement naturel.  Je prends ma douche. Le dîner. La préposé qui vient changer les draps aux trois jours, me rapporte de l’eau. Le souper. Les enfants m’appellent par vidéo ou par téléphone pendant le souper, je leur montre ce que je mange. Le soir, parfois, je lis des histoires a distance, je chante pour elles. Puis je m’endors devant la télé, couché sur le côté gauche. La nuit est terrifiante: mon travail commence souvent la nuit, et chaque nuit je suis réveillée par des contractions causés par ma vessie pleine. Chaque fois j’ai peur que ce soit le début de mon accouchement.

J’ai besoin que mon conjoint soit la, je m’y accroche. Il est ma seul sécurité dans une ville que je ne connais pas, dans un hôpital dont je n’ai connu si peu. J’ai besoin de lui, profondément pour être capable d’affronter ce qui s’en vient. 

Au milieu de la tempête, je t’attends.

Crédit: Lisa-Marie Savard

En trois semaines hospitalisée, j’ai souvent été étonnée de la météo montréalaise. Parfois il neige, mais la plupart du temps, ça semble se transformer rapidement en neige fondante même au cœur du mois de janvier.

Aujourd’hui c’est différent, la tempête que je guettais par la fenêtre depuis hier est maintenant la. Enceinte de tes sœurs, c’était l’automne que je surveillais par la fenêtre de ma chambre pendant les dernières semaines de ma grossesse. Je me reposait en fixant l’arbre, remarquant les feuilles au vent, leur changement de couleurs. Je les regardait tomber alors que mon ventre s’arrondissait et que leur naissance approchait, sans savoir quand exactement ça se produirait.

J’ai troqué l’automne pour l’hiver, ma chambre pour une chambre d’hôpital et l’incertitude du moment de l’accouchement pour une date de déclenchement.

Ce flottement entre deux monde par contre, reste le même. Me voilà pleine d’un bébé que je ressent connaitre profondément avec la certitude qu’il est exactement ce qu’il doit être, alors que je ne l’ai jamais vu. Je n’ai jamais senti la douceur de ta peau encore, mais je connais ta réaction à mes caresses, à ma voix. Je ne sait rien sur toi mais je sait tout alors qu’on est connecté ensemble de façon plus profonde que jamais pour quelques heures encore.

Je ferme les yeux, j’essaie d’imprimer dans ma mémoire chacune des sensations, chacun de tes mouvements. Je m’ancre dans le moment présent pour pouvoir mieux me souvenir de ce moment. Après des mois ou être enceinte de toi fut la normalité, me voilà à l’aube de redécouvrir la sensation d’un ventre vide.

Heureusement, il y a ce quatrième trimestre que je laisserai s’allonger, pour toi autant que pour moi. Il y a ces heures, ces semaines plutôt, ou nos corps seront tellement proches qu’on oubliera tout les deux parfois que tu n’es plus vraiment en moi. Mon corps continuera de te fournir les nutriments pour grandir, partager sa chaleur et tu pourras rythmé ton cœur aux battements du mien, jour et nuit.

mon bébé, dehors c’est la tempête, et me voilà, qui t’attends.

J’ai chanté et tu es né

“Michaud est grimpé dans un grand pommier…”

Alors que tu te développes doucement à l’intérieur de moi, je chante. Pour tes sœurs. Pour les enfants de mon milieu. Un peu pour toi aussi.

Le soir, quand les bruits du quotidien s’éteignent alors que tes sœurs s’endorment, je te parle. Dans mon lit, les mains sur le ventre pour ressentir tes mouvements, je te raconte le bonheur, la hâte, l’attente… Mon bébé, notre relation as commencé bien avant que tu soit né….

“C’est la sorcière tikipik, qui a un… ”

1 octobre 2018.

Papa et moi sommes dans le camion, sur le chemin du retour vers la maison. Nous sommes encore sous le choc de la nouvelle, un peu excités, surtout surpris. Tu seras un petit garçon!! Mon fils. Nous choisissons alors un prénom pour toi: tu t’appelleras Laurent.

“Petit papa noël, quand tu descendra du ciel…”

25 décembre 2018

Nous voilà au coeur du moment le plus doux de l’année, les vacances de Noël. Fabrication de biscuits. Décoration du sapin. Le matin de Noël.

Mon ventre est rond de toi et je me délecte du spectacle du quotidien en me reposant sur le futon, au milieu du salon. Je chante 100 fois cette chanson sur le personnage rouge et blanc à la demande de ta soeur la plus jeune.

Tu danse dans mon utérus au rythme des rires, parfois des chicanes de fratrie. C’est bruyant, c’est un bonheur un peu chaotique. C’est la vie à 6, en attente de devenir une vie à 7.

Souvent; un câlin de Charlotte pour toi. Elle mets ses bras autour de mon ventre et scande: j’aime bébé Laurent!! Il va sortir quand?

1 janvier.

Je te parle, constamment, une seule demande pour toi: “attends un peu mon bébé. Tout ira bien mais attends un peu. Attends qu’on soit à l’hôpital. Attends que les médecins soient prêts. ”

Quand le travail prématuré s’arrête enfin, je m’endors les mains entourant mon ventre, sur une dernière pensée “Tout ira bien mon bébé.”

Et puis encore ma voix. Encore la même demande. “Attends encore un peu mon amour.” Je ferme les yeux sur la route Trois-Rivières/Montréal alors que l’ambulance file. J’imagine la connexion entre nous deux, faites de lumière, qui te protège.

À 30 minutes de l’arrivée, j’ai une certitude : “tout ira bien maintenant, nous sommes en sécurité mon fils.”

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“C’est la poulette grise, qui a pondu dans l’église, un tout petit coco, pour Alice qui fera dodo…”

Le silence. Dans ma chambre en gare, c’est le silence. Il y a une télé que je laisse allumé jour et nuit pour moins ressentir le poids du silence, mais ce n’est pas pareille.

Quelques fois par jour, une fenêtre s’ouvre sur la maison alors que je parle par téléphone ou vidéo aux enfants (et à papa!). Je reconnais les bruits en arrière-plan et ils me font sourire. Papa me fait rire chaque fois alors qu’on se parle longtemps, comme des adolescents…

Et je chante. Pour apaiser ta sœur quand elle s’ennuie trop fort. Pour montrer que je suis encore là, encore maman, même à deux heures de route. Pour toi aussi, pour te rappeler la maison même au coeur du silence. Je chante tout mon répertoire donc, 20 jours durant, un appel à la fois.

“1,2,3,4,5,6,7, violette, violette, 1,2,3,4,5,6,7, violette à bicyclette.”

Je chante quand j’ai peur aussi. Je compte pour me rappeler que la douleur a toujours une fin, mais au fil du temps j’ai associé les chiffres à cette comptine enfantine mille fois chanté. Quand je suis seule et que ça fait mal, je fixe l’horloge et je chante dans ma tête. Nous ne formons qu’un encore et je reste convaincu que tu ressent même les paroles que je ne dit pas.

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Un objectif à la fois, les jours passent.

Nous atteignons 36, puis 37 semaines de grossesse. Mon hémoglobine remonte.

Parfois, j’ai peur et compter ne suffit pas. Alors j’ai écrit une série de phrase sur la tablette pour reconditionner mon cerveau. Plusieurs fois par jour, je répète ces affirmations positives : “tout ira bien, quand les vagues débuteront, ce sera le bon moment. Nous sommes une équipe et la douleur me rapprochera de notre rencontre. Ensemble, nous allons y arriver.”

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Une routine se créer. Dans ma vie de maman hospitalisée. Écouter ton coeur deux fois par jour. Regarder dehors, les mains sur mon ventre et profiter du moment présent. Chaque fois que je suis debout, je place mes pieds et je me balance quelques secondes d’un à l’autre, je me concentre à ressentir ton poids, cette sensation unique d’être deux dans un corps. La plupart du temps, je suis couchée sur le côté gauche. Je limite tout le reste parce que ça réveille les contractions. Ce rythme simple, ponctué par la routine des préposés, les repas, les appels, c’est notre réalité pour quelques semaines.

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21 janvier 2019

J’ai toujours été fascinée par le temps. Le passé, le présent, le futur. Quand j’ai peur, je visualise le futur pour me sentir moins piégé dans le présent.

Ce matin là donc, je t’imagine dans mes bras, puis dans ton siège d’auto alors qu’on reviendra vers la maison.

Nous sommes le 21 janvier 2019.

Aujourd’hui mon bébé, tu naîtra.

Je suis incapable de déjeuner. Je suis en latence depuis plusieurs jours déjà. C’est une drôle de sensation que de savoir exactement quand tu naîtra, c’est la première fois qu’on déclenche mon accouchement.

Je suis soulagée parce que c’est une gynécologue que j’ai déjà vue. Très sympathique. Elle est joyeuse, positive elle me dit : ” on est tellement prêts que tu ne saigneras pas, c’est souvent ça. On se prépare pour le pire et tout va bien! ”

Pour la première fois aussi, je suis positive au test de streptocoque. Je ne suis pas surprise car depuis le début de cette grossesse, il me semble que je ne vit que des premières fois… Premier garçon, premier suivi à st-justine, première amnio…

C’est aussi la première fois en cinq grossesses que je demande la péridurale. J’ai toujours été contre. Ce matin-la, je l’ai demandé pour la même raison que je la refusait normalement.

Je n’ai jamais eu de problème à accepter les contractions parce qu’elle me rappelle que mon bébé arrive bientôt. Sauf que c’est exactement ce moment-là qui me terrorise. Les risques pour toi et pour moi, donc on me parle depuis des mois.

J’ai regretté la péridurale (qui n’as pas vraiment fonctionné d’ailleurs) à la seconde où tu es né. Mais j’ai accepté que la peur, le stress, peuvent nous faire aller parfois même contre nos valeurs, et alors on fait ce qu’il faut pour survivre.

J’avais tellement peur que je pensais être incapable de tolérer les vagues, alors j’ai choisi l’engourdissement pour fuir.

Me voilà donc, dans la salle d’accouchement, avec un cathéter dans le bas du dos.

Vers midi, on a crevé mes eaux. C’était assez étrange. Avec papa, on parlait, on riait, je n’avais pas encore de grosses contractions. Je suis habitué aux accouchements éclairs, intenses, alors l’attente, c’était nouveau.

Environ 30 minutes après, on m’as ensuite donné un médicament pour provoquer des contractions plus fortes. Ce médicament a été augmenté ensuite aux 30 minutes.

Vers 2h, mon col avait dilaté un peu. De 4 à 5 centimètres.

On faisait des blagues avec la gynécologue, les infirmières sur la possibilité que contrairement à toutes attentes mon accouchement soit très long.

Vers 3h, les contractions sont plus douloureuses, plus fréquentes. Je me fait des points de pression aux mains pour mieux gérer la douleur. On observe mon col: 6cm.

Dans mon protocole d’accouchement, un des points “importants”, c’est que je dois recevoir un médicament intraveineux environ 1h avant l’accouchement, vers 7-8 centimètres… Alors que je ne suis qu’à 6 centimètres, l’infirmière et gynéco se demandent si elles devraient le donner ou attendre.

Il est décidé donc de me le donner vers 3h15. Le médicament met 10 minutes à être administré.

Les contractions sont plus fortes que jamais. Elles résonnent dans tout mon corps. Elles me surprennent parce que je ne suis qu’à six centimètres, j’ai l’impression que le chemin sera encore long…

3h25. La pompe à soluté sonne la fin alors que les fortes contractions sont là sans relâche. Une sensation familière. Je réalise que cette pression que je ressens, c’est ta tête dans mon vagin alors que tu fait ton chemin. Ça pousse déjà.

J’avertis l’infirmière qui vient d’arriver (changement de shift! ;)).

Elle regarde rapidement : “Oh. Je voit ses cheveux.”

J’était seule* dans ma chambre avec papa et puis la chambre est pleine. Ils sont prêts pour toi, et pour moi.

Ce moment a été planifié, médicalement, depuis des semaines. Ma chambre d’accouchement est même situé en face de la pharmacie où du sang, du facteur 8 et tout le nécessaire est prêt. Plusieurs médicaments sont déjà dans la chambre. À côté de mon lit, un protocole d’accouchement est affiché avec des mots surlignés en jaune.

Mon bébé. Je laisse les contractions guider ton chemin.

Tu descends doucement.

Je regarde dans le miroir au dessus de moi. Nous sommes dans une pièce pleine de gens mais il n’y a que nous.

Ta tête sort au ralentis, guidé par la main de la gynécologue. C’est ma poussée la plus douce. On laisse mon corps faire le travail, se rythmer au tien. Ta tête est là et j’ai l’impression que tes épaules sont à milles lieux. Puis la contraction suivante te pousse hors de moi.

“Attrape ton bébé!” me dit la gynécologue. Je pleurait et à ce moment mes larmes se transforment en joie immense. Je pleure et je rit. Ensemble, nous avons réussi!! Ça me semblait impossible mais nous y sommes mon bébé!!!

Je t’observe. Mon regard passe à la gynécologue. Ils sont trois au dessus de moi, à injecter des médicaments, masser mon utérus et surveiller les saignements. Je la regarde. Elle me regarde et me dit que tout va bien.

On t’apporte pour t’examiner sur la table de réanimation. Un peu d’oxygène, ils cherchent les signes d’hémorragie et surtout des signes d’hémorragie dans ton petit crâne.

Pendant ce temps, ils s’occupent de moi. Je saigne plus que la moyenne (malgré une tonne de médicaments!) mais pas d’hémorragie.

Ils te ramènent à moi, je te donne le sein. Puis tu part avec papa à la pouponnière puis pour ton échographie crânienne. Celle-ci nous confirmera que ta naissance n’as provoqué aucun saignement interne.

“C’est la poulette grise, qui a pondu à l’église, un tout petit coco, pour Laurent qui fera dodo….”

Un grand soulagement. Je te berce plus tard ce soir là dans la chambre et je revis. Je te chante une berceuse, juste pour toi cette fois-ci. Après des semaines, des mois, à parler, peser, tenter de contrôler les risques, nous voilà enfin dans ce après tant attendu.

Tu es né, et nous sommes encore tous les deux en vie. Mieux encore, nous sommes encore tous les deux en bonne santé.

“Je te l’avais dit mon bébé, nous avons travaillé en équipe et nous voilà ensemble.”

J’ai vécu ces mois avec une épée au dessus de ma tête, à craindre chaque contraction parce qu’elle aurait pu signifier le début de la fin, et voilà que c’est terminé. Libéré.

Je te berce mon bébé, j’admire tes traits, ta perfection. Je n’ai plus peur, il n’y a que l’amour maintenant.

Le 23 janvier, je t’ai regardé dans ton siège d’auto, sur la route entre Montréal et Trois-Rivières, et je me suis revue, dans ma chambre d’hôpital, visualisant ce moment.

Depuis 11 jours maintenant, le temps a prit une autre saveur. J’ai épousé ton rythme, sans jour ni nuits, un fuseau horaire parallèle rythmé par tes boires, tes éveils…

Tu es un bébé merveilleux, paisible, confiant. Tu bouge ta tête de temps en temps, en dormant, pour mieux te coller à ma peau, et tu dors simplement. Tu regardes tes soeurs avec tes grands yeux.

Tu n’as pas sourcillé une seule fois face aux bruits de tes sœurs, malgré les semaines de silence à l’hôpital, il semble que tu as reconnu ce cadre de bonheur bruyant.

Oh mon bébé. Parfois le temps a semblé si long. Mais voilà. J’ai chanté, et tu es né.

Fin janvier. Je chante pour endormir ta soeur en la berçant, vous vous endormez au même moment. Retour à la normale.

Petites histoires de notre journée à ARA – Féria Automnale / des oui et des humains heureux

Depuis plusieurs jours, j’attendais avec nervosité cette date. C’est que toute la semaine, ils annonçaient de la pluie et j’espérais pouvoir y aller. Ce qui m’attirait ? Le style d’activités, qui me semblait bien en phase avec mes valeurs, le jeu risqué entre autres..

Ce matin, on se colle dans le lit, on déjeune comme d’habitude et puis j’introduis l’aventure en mettant l’accent sur les couleurs d’automne. Je leur parle de la tour d’observation qui permet de voir dans la forêt, tout le travail que la fée d’automne a déjà accompli. Comme c’est un sujet récent, les enfants sont enthousiastes.

Ce qui m’a le plus plut dans cette journée d’activité? Je pense que c’est un endroit réellement adapté pour les enfants, comme c’est rare maintenant. Un espace où il y a de la place pour dire oui, oui, et encore oui.

Par exemple: dans l’espace bricolage, il y a trois propositions de bricolages que l’enfant peut faire. Devant l’hésitation de charlotte (qui a été attiré en reconnaissant l’image des crayons qui sentent bons qu’elle aime), elle lui offre de juste dessiner si c’est ce qu’elle préfère. Un enfant veut des plumes? Elle se fait répondre avec un bien sur !

J’ai vu un petit garçon posé question après question sur le fonctionnement de la Tyrolienne, et un employé lui répondre, avec le sourire. Charlotte a d’ailleurs fait SIX tours de Tyrolienne (je n’en reviens pas encore hacha de la voir triper comme ça). C’est tellement rare qu’une activité aussi spéciale que la Tyrolienne est incluse dans le prix et permise à volonté…

C’est exactement ce que je veux dire par des oui et encore des oui. Botter, courir dans les ballons ? Oui (c’est comme un rêve de jeune enfant qui devient réalité haha) ! Faire des jeux gonflables ? Oui aussi. Toucher un serpent ? Oui ! Voir un spectacle de magicien de grande qualité ? (Pour vraie, je l’ai beaucoup aimé. Bien dosé, adapté aux petits aussi.)

Des possibilités, il y en a une grande variété (ils parlent de 45 stations) et pour plusieurs âges. Dans les yeux de mes filles aujourd’hui, j’ai vu beaucoup de fierté (parce qu’elles ont accompli plein de choses comme trouver leur chemin dans un labyrinthe, franchir des obstacles.) Beaucoup de bonheur.

Une des interactions dont j’ai été témoin est toute simple. Charlotte va vers les percussions. Elle prend deux bâtons. L’employé fait un rythme de coups qu’elle imite. Ça se transforme en jeu, il est en interaction avec elle au travers la musique. Elle s’amuse. Elle fait la blague d’aller porter un bâton et n’en garder qu’un, il cache un bras derrière lui pour faire pareil. C’est comme ça pendant plusieurs minutes et ça s’est répété toute la journée avec différents employés qui sourient, parlent, blaguent avec les enfants.

C’est presque banal. Mais des humains heureux, qui semblent contents de travailler avec les enfants, c’est ce qui fait toute la différence dans ce genre d’activité. Bref, Ara, c’est des oui et des humains heureux tout en profitant de l’automne.

#invitationmedia

Ps: Laurent a tenté de prendre sa première bouchée de sable juste après sa photo..

Cher Laurent, voici notre histoire / Partie 2 / 4

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Juillet 2018

Ce n’est qu’après la première échographie et la confirmation que tu étais en pleine santé que nous avons choisi d’annoncer ton existence au monde entier. J’ai vu mon gynécologue pour la première fois récemment, il a déjà une idée de comment planifier l’accouchement pour que tout soit sécuritaire. Il n’est pas inquiet, bien sûr il y aura probablement des saignements à gérer, mais tout sera prévu d’avance. Il me parle de banque de sang, d’ocytocine; je suis rassurée en ressortant de son bureau. C’est que pour moi, à ce stade de la grossesse, ce qui s’est produit à Alice reste un hasard, quelque chose de presque banal. C’était grave oui, mais ça arrive et j’essaie de focaliser sur le fait que les trois premiers accouchements ont bien été. Pour l’instant, mon plan est d’accoucher dans ma ville, lors d’une provocation pour réduire les risques d’être pris au dépourvu par un accouchement rapide. Oh mon bébé, je t’aime déjà tellement.

Septembre: Un plan de naissance pas comme les autres.

Après une rencontre dans un hôpital spécialisé en août, je reçois un bout de papier très attendu: mon plan de naissance. Il s’agit d’une feuille regroupant des dosages de médicaments adaptés aux risques que présente mon accouchement. Cette feuille, c’est ma sécurité. C’est ce qui doit me garantir un accouchement plus sécuritaire. Pour moi, c’est une autre confirmation que tout ira bien. Maintenant que l’on connaît les bons médicaments, ça me semble très rassurant. Ma grossesse se déroule d’ailleurs mieux que les précédentes : je n’ai pas vomi une seule fois, je suis fatiguée oui, mais beaucoup moins affectée que d’habitude. Les enfants sont heureux d’attendre un nouveau bébé, je prépare un décompte sur un mur sous forme de poutre du temps. Chaque jour, nous déplaçons la flèche vers sa venue.. Je sort mes routines de yoga de grossesse, c’est une grossesse comme les autres pour le moment.

1 octobre: Le jour où tout commence à basculer.

Le soir de l’annonce du sexe, on fait ce que nous avions prévu : les gens de notre famille sont invités à venir déguster un petit gâteau donc le centre est coloré pour découvrir le sexe du bébé. Comme prévu, les réactions sont grandes : personne ne s’attendait à un petit garçon. Oh, et le jour même, j’envoie un courriel à mon infirmière pivot pour l’aviser. Voici ce que j’ai écrit, quelques jours plus tard.

« Bienvenue dans mon monde où les accouchements ne sont plus quelque chose de simple et naturel

Cette semaine, un évènement, semble-t-il, banal a changé plus de choses que je ne l’aurais cru. Nous avons appris que j’attendais un petit garçon. Comme convenu, j’ai informé l’infirmière responsable de mon dossier en hématologie via courriel.

Sans même m’en rendre compte, ce simple courriel venait de changer bien des choses. L’appel suivant m’a laissée déboussolée, voilà qu’on me parlait de rencontrer un nouvel hématologue, un anesthésiste, un gynécologue d’un hôpital spécialisé. Mon accouchement venait de passer de “accouchement avec précautions à l’hôpital de ma ville” à “accouchement dans un hôpital spécialisé à 2h de route.”

C’est que, les statistiques prédisent qu’un petit garçon porté en mon ventre a une chance sur deux de naître hémophile léger. Ne pouvant savoir avant, l’accouchement doit être traité comme s’il l’était. C’est mon premier bébé depuis que l’on connaît cette particularité dans mon ADN, de là mon étonnement encore plus grand de voyager au travers cet univers où accoucher tient davantage du médicalisé que d’un simple continuum de la vie.

Mon objectif demeure le même, avoir un accouchement sécuritaire et un bébé en santé* (*je trouve cette expression habituelle un peu étrange à utiliser présentement, en santé me paraît tracer la ligne trop durement, hémophile ou pas, disons qu’on veut juste que tout se passe le mieux possible.)

Alors voilà où j’en suis.

J’ai beaucoup pleuré, mais être prête à écrire prouve que je commence à digérer un peu tout ça. «

J’étais perdu, je ne comprenais pas ce qui semblait se dérouler autour de moi, les enjeux. J’ai demandé des précisions et nous avons convenu d’un rendez-vous téléphonique pour que je puisse peser les pour et les contres de chaque choix.

La semaine suivante, j’ai discuté avec l’hématologue au téléphone. Presque une heure. Je souhaitais comprendre les risques réels, les choix possibles. Nous avons convenu de faire une amniocentèse pour déterminer si l’accouchement devait avoir lieu ou non dans un hôpital spécialisé (et plusieurs autres raisons). Celle-ci sera effectuée vers 32 semaines de grossesse pour réduire les risques pour le bébé. Elle nous donnerait une information cruciale : le bébé est-il hémophile ou non ? Si oui, l’hôpital spécialisé ce sera, afin d’avoir une équipe habituée aux bébés présentant cette particularité. Il y a certaines précautions qui doivent être prises pendant la naissance et ensuite, parce que la pression du passage du bébé peut, dans le pire scénario, provoquer une hémorragie au cerveau de celui-ci.

Si le résultat est négatif, mon plan ne change pas : accoucher dans l’environnement que je connais, où je me sens en sécurité, l’hôpital de ma ville.

L’infection urinaire

Un peu après avoir appris tout ce que porter un garçon apportait comme complication, j’avais rendez-vous chez mon gynécologue habituel. Je me souviens être entré dans le bureau de mon médecin, complètement submergée. Je lui ai lancé toutes mes émotions, mes inquiétudes. Je ne comprends pas ce qui arrive, pourquoi tout prend des proportions si grandes. Il faut comprendre que je suis enceinte, fatiguée, anémique et que tout ça me semble si lourd. En une semaine, il semble que tout soit devenu si complexe ! A ce moment-là, je ne vois pas la fin, et c’est très difficile. Pendant le rendez-vous, j’aborde une autre question qui pourrait sembler banale, j’ai des symptômes d’une infection urinaire. Mon gynécologue est très rassurant, il me permets de reprendre confiance. Je reçois une prescription pour l’infection urinaire et j’ai l’impression que c’est réglé.

Environ une semaine plus tard, pendant la nuit, je suis réveillée par des élancements dans le ventre. C’est douloureux, et rien ne semble les arrêter. Je panique. Carrément. J’essaie de me calmer. Je prends un bain. La douleur m’emplis, je suis incapable d’y mettre fin. Je réveille mon conjoint. Je ne suis qu’à 25 semaines de grossesse alors. Je décide d’aller à l’hôpital. Il faut savoir que j’ai eu du travail prématuré à deux de mes grossesses précédentes (ma première est née a 34 semaines, ma deuxième est née à 40 semaines, mais mon col était court a l’échographie de 20 semaines déjà.) J’ai peur. La médecin de garde me prend en charge. Échographie d’urgence vers 2 heures du matin pour vérifier le liquide et le col. L’infection urinaire est revenue, plus féroce et c’est ce qui provoquerait cette sensation. Ce n’est pas mon utérus, c’est ma vessie. On me garde pour la nuit, m’administre une dose d’antidouleurs et je dors. Les infirmières ont lu mon dossier, et ont vu tout ce que j’ai vécu, et elles sont vraiment très très compréhensives et douces. Elles me le témoignent : ça va aller, c’est normal avec tout ce que tu as vécu. Je vais vous faire un aveu : c’est à ce moment que j’ai compris que je ne pourrais pas supporter les contractions. Celles-ci me plongent dans le stress, mon corps se souvient et ma tête n’arrive pas à faire le poids. Peu importe à quel point j’essaie de rationaliser.

Décembre : L’amniocentèse

C’est une journée que j’ai attendue et crainte à la fois. Je l’ai abordé avec un esprit rationnel: tout préparer et organiser pour que ce soit le plus efficace possible. J’ai lu plusieurs sources sur ce que représentait l’intervention. Comme notre premier rendez-vous était très tôt, le plus logique était pour nous de se lever vers 4h du matin et de partir pour franchir les ponts avant le début du trafic montréalais. J’ai pris le temps de préparer une surprise de taille de la part du lutin, j’avais accroché des sous-vêtements sur le luminaire de la cuisine. Mamie et papi sont arrivés pour s’occuper des enfants, et nous sommes parties. Je me souviens de notre départ, dans le noir, c’était un peu irréel…

Départ de la maison: 4h30 am.

On avait une grosse journée prévue: écho, génétique, amnios.

Nous ne le savions pas avant de le vivre, mais une amniocentèse inclut tout un processus, une journée de rendez-vous complète.

Arrivé le matin, on se présente en génétique tel que spécifié sur notre feuille de rendez-vous. Oups, il faut aller en premier en imagerie (l’autre bout complètement!). Les papiers de rendez-vous n’étaient pas clairs ils mentionnent juste génétique. C’est la procédure, il faut d’abord faire une échographie pour confirmer que bébé est placé d’une façon permettant d’insérer l’aiguille avec le moins de risques possible.

L’attente est longue, on discute nerveusement.

Bébé Laurent est un gros bébé comme ses sœurs, rien de particulier à l’écho, ils confirment qu’il est bien placé. Mais même si on est arrivé à l’heure, on est en retard pour le prochain rendez-vous (sur la feuille du deuxième rendez-vous, ils spécifient arrivé à l’heure svp… Oups!)

Retourne dans une autre section de l’hôpital. Attends. Attends. 10h30, on passe. Signe des papiers, reçoit des explications sur notre cas génétiquement parlant. Ils nous envoient passer une prise de sang. Traverse l’hôpital (des travaux forcent des détours!).

Arrive à la prise de sang. Attends. Attends. Oh, on entend mon nom à l’interphone, mais on ne comprend pas où je suis demandé. Mon conjoint traverse de nouveau l’hôpital aller voir si c’est l’autre bloc qui a oublié quelque chose. 1h d’attente en prise de sang, pas question que je perde ma place.

L’infirmière m’appelle. Vérifie mes infos. Je dépose mon bras. Elle sort l’aiguille. Mon mari cogne:”ne faites pas la prise de sang!” Finalement c’était un autre bloc qui voulait me voir (on retraverse!) Mon infirmière d’hématologie voulait profiter de ma présence pour ajouter des tests. Le bloc génétique l’avait prévenu de ma présence pour être sûr de rentabiliser le déplacement. Retraverse l’hôpital. Retourne en prise de sang. On est passé d’un échantillon à 6. Attends. Prise de sang.

Nous sommes rapidement allés manger ensuite, il nous restait peu de temps avant le test tant attendu.

C’était encore une fois vraiment complexe de se déplacer, on dirait que les détours causés par les travaux sont exactement aux mauvais endroits pour nous.

Cette journée-là, nous avons tellement marché.

Sur la table, j’ai pleuré, voir paniqué. Soudainement, j’étais effrayé. Ils ont pris le temps de me rassurer, et je n’ai pas eu mal. Ce n’était pas du tout ce que j’avais prévu. L’amnios n’était pas optimal parce que notre bébé gigantesque était bien mouvementé! Il essayait de donner des coups de pieds sur l’aiguille (!!). Toutefois, le gynécologue pense avoir assez de liquide même si moins que souhaité.

Je suis au repos 48h pour laisser mon utérus se reposer (et diminuer le risque d’accouchement prématuré. 1\300 après un amnios).

Un marathon, cette préparation à la naissance

Décembre: cher fer…

Aujourd’hui, j’ai eu un rendez-vous de suivi de grossesse.

Le positif: Mon gynécologue a pu accéder aux premiers résultats de mes prises de sang et mon facteur 8 est satisfaisant 😎😎 (ce qui indique que je coagule bien présentement!). Ça fait du bien, du positif.

Le négatif positif: mon hémoglobine refuse obstinément de remonter malgré le fer liquide et les autres mesures que j’ai prises. Suites aux résultats on a conclu que je n’absorbe pas le fer liquide alors on passe au fer en intraveineuse, 1x semaine en médecine de jour. Le positif selon lui c’est qu’il nous reste du temps pour remonter ça avant l’accouchement. Mon gynécologue me donne un rendez-vous après le temps des fêtes sans savoir que je ne le reverrai plus avant le suivi post-accouchement. A ce moment, nous n’avions pas encore de résultat de l’amniocentèse, dont il n’était pas encore exclu que j’accouche dans ma ville de résidence. Il faut comprendre que mon taux de fer est un enjeu de taille, puisqu’on s’attend à ce que je fasse possiblement une hémorragie. Vers 32 semaines de grossesse, mon taux de fer est le même qu’après mon hémorragie d’Alice. C’est préoccupant. Il faut que ça remonte suffisamment pour que je puisse supporter la perte de sang associé à l’accouchement.

20 décembre: Le résultat

Le résultat pour l’amniocentèse doit arriver cette semaine… Je suis impatiente, je surveille le téléphone. A chaque moment de la journée, je m’assure qu’il reste près de moi. J’essaie d’occuper les enfants pour être toujours prête. Je vis d’espoir. Je me suis presque convaincue que ce serait négatif. Puis, soudainement, le téléphone sonne. Les enfants sont autour de moi, j’essaie de m’isoler pour mieux entendre.

Le médecin me confirme que le test montre que notre bébé est hémophile. L’accouchement est officiellement prévu dans un hôpital spécialisé. Nous convenons d’un rendez-vous le 26 décembre pour ouvrir mon dossier en grossesse à risque, et le 10 janvier pour voir une gynécologue spécialiste des accouchements comportant un trouble de la coagulation.

Ce soir-là, quand mon conjoint rentre du travail, je pleure. Ça me semble si gros, si lourd à ce moment précis. Je suis fatigué, épuisé des aspects médicaux de cette grossesse. Dans mon lit, je flatte mon bébé et j’ai peur. Je lui parle. J’essaie de contre-balancer le stress qu’il ressent avec beaucoup d’amour. C’est difficile à décrire, mais tout le long de cette grossesse je vivais entre deux émotions. Entre ma tête et mon corps. Dans mon lit, je me couche, je regarde l’arbre par la fenêtre, la neige… Normalement, pendant ma grossesse, je tente de visualiser l’accouchement chaque soir, pour me détendre, me préparer. C’est difficile cette fois-ci, j’en sait si peu sur ce qui m’attends..

26 décembre : Grossesse à risque

C’est le lendemain de Noël et nous avons une grosse journée devant nous. Les enfants sont plus fatigués après deux jours de fête malgré nos précautions; nous avions prévu que ce soit plus difficile. Pour tenter de faciliter le tout, je leur ai offert comme cadeaux des jouets facilement utilisables sur la route. Je lis des livres sur la route, nous chantons. J’essaie d’injecter du doux dans cette journée de rendez-vous. J’ai préparé des boîtes à goûter aux enfants avec des restants du buffet de Noël, et des chocolats comme dessert surprise. J’avais envie que malgré le côté officiel et médical, notre journée garde une saveur magique du temps des fêtes. Pendant ma rencontre avec la gynécologue, elle mentionne en analysant mon dossier (les enfants n’étaient pas là, heureusement!): “ Chaque fois que vous accouchez, vous risquez votre vie. “ Cette phrase résonnera dans ma tête très longtemps. C’est qu’en regardant mon historique, elle a mis le doigt sur le problème. Sur le pattern. Ce n’est pas que cette faille dans mon adn, c’est plus complexe. Mon utérus qui contracte trop fort trop vite, puis s’épuise et cesse de faire son travail lorsque le bébé naît.

Les jours suivants, je profite du congé de mon conjoint pour dormir et dormir encore. Je suis plus épuisée que je ne l’ai jamais été. Je retourne recevoir une intraveineuse de fer et nous planifions notre mois de janvier avec une date en tête: le 22 janvier. C’est le moment ou notre petit garçon naîtra. Il suffit de tenir encore jusqu’à cette date et tout ira bien. Nous organisons déjà qui prendra congé pour s’occuper des enfants et toutes les préoccupations du genre. C’est notre phare, cette date, ce qui nous permet de continuer d’avancer.

1er janvier – Le temps s’est arrêté. 35 semaines de grossesse

Je me réveille, me sentant bizarre en ce premier jour de l’année. Je n’ai pas d’appétit. J’essaie de me reposer. Les contractions commencent, irrégulières, mais de plus en plus insistantes dans leur fréquence. Au début j’espère que chacune est la dernière. Et oups, une autre revient. Côté gauche. Incapable de dîner. Attendre un peu. Puis, à un moment, je dis à mon conjoint: Non, la ça va pas. Il faut appeler et probablement y aller. Il appelle sa mère qui vient (encore) à la rescousse pour garder les petits.

Nous appelons en obstétrique, et dès qu’on commence à décrire notre cas, ils sont fermes: venez ! Préparer mes papiers pour les protocoles de naissance de bébé et moi. Attraper le facteur 8 dans le frigo (c’est un médicament, humain, “d’urgence” pour bébé. Comme il est rare, on le garde avec nous ainsi que les instructions pour le médecin. Il m’a été confié le 26 décembre. Il sera utilisé en cas d’hémorragie cérébrale.)

C’est une journée occupée en obstétrique. Il semblerait que tous les cas rares se soient donné le mot pour accoucher le même jour et ils sont débordés. C’est un peu la pagaille, ils manquent d’oreillers, de chambre (ils envoient des mamans en début de travail à la cafétéria!)

Monitoring. Au début c’est imperceptible et l’infirmière doute un peu que ce soit du vrai travail, mais les contractions commencent à s’y montrer, régulièrement. Lorsqu’on vérifie 2h après, mon col a dilaté un peu plus. On rencontre le pédiatre de garde pour revoir le plan pour les soins du bébé. Deux éléments à considérer : Il sera prématuré ET hémophile. La gynécologue appelle à l’hôpital spécialisé en gare pour avoir un plan de match précis. Elle entre dans ma chambre en m’annonçant: “J’ai parlé avec une gynécologue de garde, nous allons prendre charge de l’accouchement ici, ils nous ont informés des procédures prévues. “ Ils ne peuvent pas prendre le risque de me transférer en travail actif, je pourrais accoucher dans l’ambulance et ne pas avoir la prise en charge nécessaire. Le risque serait trop grand.

Une infirmière en temps supplémentaire est recrutée pour ne s’occuper que de moi. Elle installe un soluté + 2 voies veineuses. Elle prépare tous les médicaments. Elle me fait choisir un petit chapeau pour mon petit bébé, qu’elle dépose dans le petit lit pour nouveau-né. Nous avons peur.

Ils me mettent un soluté, en espérant que beaucoup d’hydratation calmera mon corps. Elles me rassurent: ça arrive souvent, surtout avec la fatigue des fêtes ! Un soluté et le travail cesse.

1 heure plus douce me donne espoir, et puis ça recommence. Contractions aux 2 minutes. Je regarde l’infirmière et je lui dis: “ Des contractions aux deux minutes, c’est beaucoup pour du faux travail, non ?” Elle admet que oui.

Ils me donnent un médicament pour casser les contractions.

Il fait effet temporairement. Je demande à mon conjoint d’appeler une amie pour qu’elle donne des nouvelles à ma tribu (que j’ai prévenu de mon départ pour la maternité !) Elle vient me voir quelques minutes, ça me calme, nous rions avec elle, un moment de répit.

Et puis, les contractions reprennent de nouveau. Une deuxième dose de médicament. Et à minuit, ça cesse enfin. Ma pression est basse à cause du médicament, on la surveille aux 15 minutes jusqu’à 2h du matin. J’essaie de dormir.

2 janvier

8h30

Le travail semble s’être stabilisé depuis plusieurs heures. Le médecin nous informe qu’il va discuter des options avec l’équipe de grossesse à risque.

11h. On nous annonce un transfert dès qu’une ambulance est disponible. Ils vont profiter du fait que mes contractions se sont arrêtés pour me transférer d’urgence à l’autre hôpital, plus sécuritaire pour nous. Une infirmière m’escorte avec tous les médicaments nécessaires pour un accouchement en ambulance.

Un peu avant 12h Départ vers Montréal

Le stress est palpable, il faut absolument éviter que j’accouche sur la route. Juste avant de partir, j’éclate en pleurs. J’ai peur, couchée sur la civière, je me sens si vulnérable. Je m’accroche aux minutes qui passent dans l’ambulance. Lorsque nous arrivons à moins de trente minutes de route et que les contractions sont toujours absentes, je reprends confiance. Même si le travail recommence maintenant, je suis suffisamment proche.

1h25 de route et me voilà en sécurité.

Me voilà donc depuis hier hospitalisée à Montréal, au repos au lit. J’ai rencontré la gynécologue spécialisée en hémostase hier, pour voir les décisions qu’il restait à prendre quant à la naissance. Pour l’instant on attend. Ils ne sont pas à l’aise de me renvoyer à 2h de route et risquer un autre début de travail actif à Trois-Rivières. Donc je resterai probablement jusqu’à l’accouchement + post natal de bébé Laurent. Dur de planifier, on est tombé en mode une heure à la fois.

Je vais vous confier un secret sur cette journée: j’ai espéré une césarienne. C’est le protocole pour les bébés hémophiles la plupart du temps. Quand la gynécologue m’a dit qu’ils avaient estimé que la meilleure gestion de risque était un accouchement vaginal, j’ai eu peur. J’aurais aimé qu’on m’endorme et qu’on me réveille ensuite, pour que je n’ai pas le temps d’avoir peur. Je ne voulais pas accoucher. J’ai confié à la gynécologue: “J’ai peur de ne pas y arriver, je fais presque des crises de paniques quand j’ai des contractions de braxton hics. Chaque contraction me donne l’impression d’aller vers la mort. “ C’est elle qui m’a suggéré l’épidurale en premier, je n’en avais jamais eu et ça n’avait jamais été dans mes plans aux autres bébés.

Je n’avais jamais quitté mes petits plus de quelques heures. Je n’ai aucune idée comment je pourrai passer trois semaines loin d’eux. Je me concentre sur mon bébé. Et je dors. Oh, je dors tellement les premiers jours. Des mois de fatigue, de stress, qui me rattrapent.

A suivre…

Cher Laurent / Voici notre histoire. Partie 1

D’abord, il y a eu Alice. 

Notre rencontre dans la tempête : la naissance d’Alice
Chère Alice, 

Il y a quelques mois, alors que je pleure, dépassée par une crise de ta grande sœur; ton papa ne dit rien mais il a un pressentiment. Il n’est pas surpris du test positif quelques jours plus tard. C’est très drôle car tu es apparue dans mon ventre exactement le mois que nous avions prévu en blaguant : tu naîtras dans la même période de l’année que tes trois sœurs.

Les rencontres avec la sage-femme restent courtes et rapides au fil des mois : tu es mon quatrième bébé alors les questionnements sont rares. Nous voulons simplement un accouchement naturel, pour ensuite profiter de notre famille. Lors de la grossesse de ta sœur, ton papa m’avait dit que sa seule peur pour l’accouchement était que je meure, j’avais trouvé ça intense, pour moi ce n’étais même pas un risque. Cette fois-ci, il n’était pas stressé, il espérait seulement ne pas manquer ta naissance parce que j’accouche rapidement.

À l’échographie, nous rions quand on nous annonce que tu es une petite fille. Nous ne sommes pas surpris, après trois filles, il semble que je soit destiné à porter des filles.

Les sages femmes me rappelaient à chaque rendez-vous d’appeler dès le premier doute de travail; elles devaient avoir le temps d’arriver! Mon dernier accouchement a duré moins de 2 heures.

Je prépare ta naissance. La liste de numéros de téléphones d’urgence est affichée. Le piqué en plastique au bruit agaçant pour protéger le matelas. Je fait du yoga. J’utilise beaucoup le ballon pour soulager mon dos. Je dit à tout le monde que tu pèsera plus de 8lbs, je le sent…

J’ai tracé un grand décompte sur un carton dans la cuisine, chaque semaine nous encerclons le nombre de semaine de grossesse correspondant. Le mardi, nous encerclons le chiffre 40. Nous sommes curieux de savoir quand tu naîtra, sachant que ca arrivera bientôt. Ton papa, avec raison, a prédit le 4 novembre, une suite logique à la naissance de tes 2 dernières sœurs (elles sont nés à 40+2 toutes les deux, et pour toi ça donne 40+3).

Ce matin-là, un peu avant 5h, j’ai été réveillée par une contraction très douloureuse: rien d’anormal, c’était normalement un signe de vessie trop pleine. D’autres contractions, moins douloureuses ont suivis, avec seulement des 3-4 minutes d’écart. J’ai été prendre un bain rapide pour voir si ça arrêtait le travail: aucun effets.

À 5h tapant, tes soeurs se sont toutes réveillées une après l’autre. Elles se réveillent toujours vers six heures normalement alors ça m’as un peu déstabilisée. Je les ai envoyé déjeuner alors que j’essayais d’évaluer le sérieux ou non de mes contractions.

Vers 5h15, j’appelle la sage-femme, au cas où ce soit le bon moment mais je doute encore un peu, elle me réponds qu’elle viendra m’examiner au cas ou… Puis j’appelle ton papa qui est chargé d’appeler ta mamie afin qu’elle vienne s’occuper de tes sœurs.

Celles-ci déjeunent encore et discutent à table alors que je calcule les contractions dans mon lit en les écoutant parler. C’est la vie normale qui se déroule juste à côté alors que les vagues sont la, régulières. Je suis couchée sur le ventre, sous la robe de chambre de papa.

Vers 5h30, les contractions sont plus douloureuses, et papa me préviens que mamie aura du retard. J’appelle donc mon père qui habite plus près pour venir en attendant. À un moment Charlotte vient demander du lait-lait alors elle s’installe coucher à côté de moi et tête un peu avant de repartir. Pendant qu’elle boit, les contractions sont peu présentes, un cinq minutes de calme.

La sage femme arrive et salue tes soeurs, leur demandant si elles ont hâte de te voir. Elles ont effectivement très hâte !

Je suis encore couchée, dans ma bulle. Elle me demande où est le café et je répond un peu n’importe quoi, je suis là mais ailleurs. Je suis au milieu des vagues, dans mon cocon de chaleur.

Dès son arrivée, je mets mon téléphone de côté, je n’ai plus besoin de calculer les contractions, tu sera bientot là, je le sais…

Elle avait parlée de m’examiner au téléphone, mais finalement elle opte pour tout installer tout de suite… Elle est probablement consciente que ça risque d’aller vite.

Papi arrive juste après la sage-femme. Celle-ci s’occupe de tout installer alors que je continue de vivre dans les contractions presque constantes.

Mamie arrive, elle fait du café et je les entends discuter de tout et de rien. C’est un souvenir très important pour moi, je t’attends, on t’attends, dans le calme et le bonheur. La douleur est là, oui, mais dans le reste de la maison, la routine matinale continue.

Ta mamie prépare aussi un café pour la sage femme qui a été réveillée tôt.

Celle-ci m’examine finalement et je suis à 9cm, tu sera bientôt la! Il est environ 6h30. À un moment, j’entends ta mamie demander à la sage-femme si elle pense que tu naîtras ce matin, ce à quoi elle réponds que ce sera dans la prochaine heure.

Papa arrive enfin! Les contractions sont maintenant très intenses. Je demande à ce qu’on éloigne les enfants, alors comme prévue elles sont installés dans le sous-sol avec un film, coupé du son et de ce qui arrive en haut. Les points de pression me soulage énormément, je les exige à chaque contractions.

La douleur est très forte, ça me rappelle mon dernier accouchement, ce moment où seul la poche des eaux retient la tête. J’ai l’impression que je n’y arriverai pas, je tombe un peu en mode panique, la douleur est trop forte et je n’en peux plus. La sage-femme m’examine, tu es prête à sortir. À la prochaine contraction elle crèvera les eaux. La deuxième sage femme va chercher ton papa, qui est en train d’aider à installer les grandes en bas, elle lui dit de venir maintenant pour ne pas rater ta naissance.

Elle crève les eaux, je pousse, je sent ta tête descendre puis je la touche de mes doigts. Je pousse encore, ta tête est sortie, il ne reste que les épaules à passer. Tu pousses ton premier cri alors que j’attends la prochaine contraction pour pousser encore, et que ton corps est encore en moi…

6h45*: on te dépose sur moi. Mon bébé est là !

J’ai passé des mois à préparer la suite; nous avons acheté des draps remplis de douceur pour nos premiers jours ensemble, du jus en boîte (celui que j’ai eu de la difficulté à résister à boire en entier enceinte) est dans la table de chevet, le congélateur contient des repas rapides. J’imaginais ton arrivée dans mes bras rimer avec la fin de la douleur et le début du bonheur. Je te voyais ramper jusqu’à mon sein, tes sœurs venant te rencontrer…

Mais voilà, 6h46*, l’orage éclate. Tu es en parfaite santé mon bébé, mais dans la minute suivant ta naissance, ma santé à moi commence à décliner.

Je perds (trop) de sang, la sage femme tombe en mode protocole. Elle coupe rapidement le cordon et dit à papa de se préparer à te recevoir en peau à peau.

Tu as une minute de vie et tout ce qui était prévue pour la suite vient de s’écrouler.

On me donne une piqûre, un médicament sous la langue, puis un autre, puis un soluté. On m’aide à faire sortir le placenta espérant que ça fonctionne. Encore du sang.

On demande à ton papa, collé à toi, d’appeler le 911 “juste par prévention”, elles espèrent encore reprendre le contrôle. Le répartiteur est surpris que ce soit papa qui appelle, il lui demande pourquoi ce n’est pas les sage-femmes qui font l’appel et papa lui réponds qu’elles sont trop occupés.

Je voulais pour toi une naissance dans le calme, et tu vit tes premiers moments dans le stress ambiant.

La sage femme tente d’arrêter le saignement en maintenant une pression interne et externe sur l’utérus. À la seconde qu’elle retire sa main, de gros caillots passent. Elle remets ses mains en place pour contrôler le saignement. Les ambulanciers arrivent, elle les informe qu’elle ne peut pas retirer ses mains tant qu’elle n’est pas devant le gynécologue prêt à réagir. Ils m’installent dans un brancard sans jamais qu’elle retire ses mains. Ton papa les voient partir, leur demande quoi faire avec toi, la sage-femme réponds de venir les rejoindre à l’hôpital. Elle est avec moi sur le brancard alors qu’on embarque dans l’ambulance. Parfois l’autre sage femme prendra le relais pour la pression externe: sa main est engourdis. Elle essaye de me rassurer: peut-être que le saignement est déjà fini, elle ne veut prendre aucun risque. Quatre petites filles ont besoin de moi.

À l’arrivé à l’hôpital, ça semble un peu mieux. Elle retire sa main. Les saignements se calment légèrement bien qu’ils restent présents. Pendant ce temps, tu rencontres tes sœurs puis papa t’habille rapidement, tu feras ton premier trajet en auto à moins d’une heure de vie. Il vient nous rejoindre. Notre première rencontre ne dure pas longtemps; tu prends le sein quelques courtes minutes puis je dois te retirer: le bloc opératoire m’attends. Même si moins intenses, les saignements restent constants et personne ne comprends pourquoi : j’ai pourtant reçu plusieurs médicaments et ça devrait être complètement arrêté. En attendant le bloc, tu es pesé. Depuis des semaines, je dit que je sent que tu dépassera le 8lbs, et j’ai raison. Tu pèse 8lbs 1 once.

Vers 10 heure. Je pleure en attendant mon tour au bloc, tu va avoir soif et tu as besoin de moi. Le médecin me rassure, une révision utérine et peut-être un curetage, c’est rapide. 45 minutes et nous serons ensemble mon bébé. 45 minutes et enfin nous serons tranquille, à se coller.

Je suis endormie.

[….]

2 heures passent. Papa n’as pas de nouvelles encore. Peut-être un délais à cause d’une chirurgie plus urgente?

[…]

Les gynécologues viennent rencontrer papa et toi, qui m’attendez encore… Ils lui explique que ça ne va pas bien. Mon état est critique, je perds énormément de sang, et ni le curetage ni le ballonnet n’ont fonctionné. Ils m’envoient en radiologie subir une embolisation (en résumé : obstruer l’artère en passant par l’aine, afin de couper le flux sanguin vers l’utérus). Si ça ne fonctionne pas, ils vont enlever l’utérus. J’ai perdu 2 litres de sang, le saignement doit absolument arrêter.

(…)

Papa a peur, il pleure avec toi dans ses bras, en te nourrissant à la seringue (il évite le biberon pour préserver mon allaitement). C’est dur à admettre encore aujourd’hui mais il y a eu un moment où ils ont crains qu’on ne se rencontre jamais, mon bébé.

J’ai reçu quatre transfusions de sang et deux de plasmas. C’est en grande partie ce qui m’as sauvé mon bébé, on me l’as répété plusieurs fois.

Papa se couche avec toi en peau à peau.

De la chance dans la tempête : ma cousine travaille justement à l’hôpital ce jour-là et veillera à le supporter et l’aider à avoir tout le nécessaire pour prendre soin de toi.

[….]

Je me réveille vers l’heure du souper, j’ai soif. Je ne me rends pas compte des fils tout de suite, ni que je suis aux soins intensifs. J’ai juste soif et je ne peux pas boire. Je demande à te voir, ma gorge est douloureuse quand je parle.

On m’explique que je dois rester coucher absolument, de toute façon mon corps est trop faible.

Papa et toi arrivez, je suis presque incapable de bouger. Je ne peux pas te prendre ni t’avoir sur moi; l’infirmière prends le temps de t’installer à côté de moi…

Tu es belle mon amour.

Tranquillement je prends conscience de ce qui est autour de moi. La sensation des bas compressions sur mes jambes qui gonflent à un rythme constant. Mes 2 bras qui ont des solutés, la voie artérielle, les moniteurs, la sonde urinaire, la morphine libre-service. j’interroge constamment les infirmières sur tout, chaque bonne nouvelle sur mon état me rapproche de toi et moi collé dans mon lit.

Nous sommes ensemble mais je ne peux que te regarder. Regarder les autres te manipuler. J’ai droit à presque 2 heures avec toi, puis tu doit me quitter. Tu va dormir à la maison avec papa. Ta mamie va rester avec vous pour la nuit, afin que ton papa puisse revenir à l’hôpital en cas d’urgence.

Après ton départ, j’ai droit à un premier essais assis. Je mange du jello. Je dors. Je rencontre le radiologiste qui s’est occupé de moi. Il dit que j’ai été chanceuse, un timing parfait, il sortait d’une opération quand ils ont eu besoin de lui pour moi.

[….]

3 heures du matin.

Le responsable des soins intensifs vient me voir. Mon état va beaucoup mieux, ma pression a remonté, mon hémoglobine semble stabilisé. J’aurai mon congé des soins intensifs le lendemain matin. Il m’explique ce qui s’est passé: j’ai fait peur à beaucoup de gens. Il est merveilleux; il autorise dès maintenant l’allaitement et le retrait de certains moniteurs et d’un soluté pour que ce soit possible.

J’appelle ton papa, qui te prépare pour venir me rejoindre. Je suis très heureuse; enfin mon bébé nous serons ensemble !

On me met une poche de soluté qui brûle en pénétrant dans mes veines. Je t’attends.

21 heures après ta naissance, tu es enfin déposée à côté de moi, sans rien pour nous séparer. Papa doit m’aider à te mettre au sein mais nous sommes ensemble.

Quelques heures plus tard, ta tante prends le relais une deuxième fois de papa. Hors de question de nous séparer maintenant qu’on est ensemble, mais mes mouvements sont encore limités.

Le deuxième jour est difficile. Tu hurles quand j’essaie de te mettre en peau à peau. Tu refuses le sein. J’ai peur de ne jamais arriver à ce moment espéré : toi collé contre moi qui s’endort paisiblement en tétouillant.

Pour toi, j’ai une odeur de tempête, on dois prendre le temps de s’adapter ensemble, de te rassurer. Tout va bien mon bébé, maman est là.

Les levés sont atroces, j’ai mal, j’ai peur de saigner…J’ai besoin de quitter l’hôpital pour qu’on soit au calme toutes les deux mais je me rends compte que je n’aurai pas mon congé si je n’arrive pas à me déplacer seule. Je passe ainsi la soirée à forcer mon corps douloureux à se mouvoir. Le lendemain je convainc le médecin de me laisser quitter plus tôt..

La sortie d’hôpital est remplis de rires.. ton papa et moi sommes tellement heureux.

Notre petit nid dans mon lit. Puis doucement on y arrive. On dort collé une première fois alors que tu es bien emmailloté. Puis un autre jour tu prends le sein sans pleurs.

Et nous voilà à jour 7, collées ensemble dans les draps super doux, tu te réveilles, tête un peu, te rendors collée contre moi…

Le bonheur après la tempête…

(…)

Et Laurent….

Au coeur de cette journée du 4 novembre 2016, il y a eu ce moment, quelque part vers 12h30

-Est-ce que vous voulez d’autres enfants?

Les deux médecins le regarde fixement alors qu’ils attendent la réponse à cette question surprenante dans les circonstances. Ta grande sœur est née il y a quelques heures à peine.  Ton papa reste muet quelques secondes, égaré dans la tension ambiante. Il pressent que la suite ne sera pas rassurante. 

C’est qu’il s’attendait à ne voir que la gynécologue de garde, et voilà qu’elle est venue accompagné d’un collègue plus expérimenté. Il y a aussi le facteur temps, l’opération a été plus longue que prévue. Les infirmières ont tentés de le rassurer, supposant que d’autres cas plus urgents avaient dû retarder le début de la procédure. Cette hypothèse s’est effacée lors de l’arrivée des deux médecins au regard grave. Et puis il y a eu cette question.

Il lève les yeux et dit d’une voix incertaine.

Oui.

“Ok. Je dois vous prévenir, nous tentons présentement une embolisation. Si ça ne fonctionne pas, la prochaine étape sera d’enlever son utérus. Aucune des autres procédures n’as réussit à stopper l’hémorragie. “

Les blouses blanches repartent alors, laissant ton papa seul avec dans ses bras, ta grande soeur. Dans cette chambre d’hôpital du pavillon mère-enfant, pas de trace de ta mère, seul l’enfant y dort.

C’est dans ce oui, cet espoir d’être père à nouveau que ton histoire commença. Dans cette procédure qui as permis de garder un nid pour toi en mon ventre. À ce moment tu n’étais qu’un rêve flottant dans l’univers, une petite âme en attente d’une invitation à être. Il faudra plusieurs plusieurs mois pour que l’espoir pèse plus lourd que la peur et que tu sois invité dans notre famille. 

(….)

oh, Alice.

Le premier mois est difficile. Mon corps est faible. Je suis étourdie facilement, limitée dans mon énergie. Mon hémoglobine est basse et je le ressens. Je passe une grande partie de mes journées à dormir avec toi et te nourrir. J’installe la chaise berçante dans la cuisine et j’y passe de plus en plus de temps au fil des jours. Je suis heureuse, collée sur toi, à profiter de la vie de famille de ma chaise.

Noël approche, je t’installe en portage sous mon manteau et je vais prendre une première marche. Ta sœur est fascinée par les décorations, elle s’assoit pour les admirer.

En janvier, je vais mieux. Physiquement, je suis remise; j’ai gagné contre l’anémie.

Puis, après le corps, j’ai pu guérir mon esprit. Écrire, parler, t’aimer, pour faire le deuil, accepter…

J’ai fait un journal, j’y ai écrit tout ce que j’avais manqué, ce qui me rendait triste. Et de l’autre l’autre côté de la page, j’ai écrit tout ce que j’était heureuse d’avoir vécue. Au fil des jours, la colonne positive s’est agrandit et à dépassé le négatif.

Quelques mois après, j’ai revu le gynécologue, j’avais besoin de parler du futur. Il m’as regardé droit dans les yeux et m’as dit: ” si tu veux un autre enfant, je ne te laisserai pas mourir.” Il avait enchaîné sur le fait qu’il faudrait s’attendre à une grossesse normale, suivi d’un accouchement avec des saignements mais qu’on pourrait les maîtriser avec les bons médicaments. C’est que depuis peu, je suis maintenant suivie par un hématologue, nous avons découvert que j’étais porteuse de l’hémophilie.

….

Et nous voilà, Alice, à quelques jours de tes un an. Tu es mon bébé le plus calme, mais aussi la plus colleuse. J’aime être près de toi et toi de moi. Tu as une personnalité fascinante. Il y a quelques jours, tu t’es levé au milieu du salon et tu as marché, juste comme ça.

Un jour tu vieillira et tu découvrira la tempête qui a entouré ta naissance. Sache que c’est ok. Ca valait la peine: tu valais la peine, je n’en ai jamais douté.

Rayonnes mon bébé, car tu es né tel un soleil lumineux au cœur d’une tempête.

26 mai 2018: Je suis enceinte

Cher bébé,

Aujourd’hui, j’ai eu la confirmation de ton existence. Je sourit juste à l’écrire même si ça me semble encore irréel. Je dis la confirmation car avant même de voir la deuxième ligne, je savais. Tu fais parti de moi depuis quelques jours seulement, mais je savais. Simplement.

J’ai choisi un plan un peu particulier pour toi: j’ai envie de savourer l’attente de ta venue dans l’intimité. J’ai parlé de toi à une amie, et j’ai prévu l’annoncer à une deuxième donc je suis très proche : ma tribu.

Pour le reste du monde, ça attendra.

Il y a plusieurs raisons : entre autres, je sait déjà que la grossesse sera un peu plus médicalisé que nécessaire, et je n’ai pas envie d’entendre le stress des autres à ce propos. Mon bébé, nous avons un long chemin à parcourir ensemble avant que tu rejoignes mes bras et j’ai envie de le vivre simplement, dans mon cocon sécurisant…

Bref, mon bébé, je suis heureuse. Mais chut, c’est un secret. Un secret merveilleux.

A suivre…

J’ai laissé mes enfants choisir les règles

Un des problèmes avec les règles c’est qu’elles ne sont pas toujours significatives pour l’enfant. Elles viennent de l’adulte à l’enfant de façon unidirectionnelle, plutôt que d’être ressentis comme appartenant à tous les membres de la famille.

Depuis plusieurs mois déjà, nous utilisons le concept des conseils de familles. Cette idée vient d’un livre de Jane Nelsen. En lisant ce dernier, j’ai d’ailleurs découvert qu’enfant j’ai été dans une classe testant son approche ;).

Le coeur des conseils de familles c’est que chacun puisse apporter son éclairage sur les situations vécus dans la famille, sans propos de jugements ou d’accusations. L’objectif c’est de nommer les besoins et trouver des solutions pour tous.

C’est avec cette vision en tête que j’ai eu envie d’aborder notre liste de règles. Inspiré par celle de @Teacher Tom (un de mes blogueurs anglais préféré), j’ai décidé d’adapter sa technique à ma famille.

C’est quoi dont une règle au juste?

À la base, c’est un choix commun avec un objectif en tête. On se rends compte que personne n’aime être tapé, on décide d’un commun accord de ne plus se taper les uns les autres. De la même façon que si personne n’aime manger tel plat, on risque de ne plus en faire. On bâtit l’identité de notre famille, une micro-société.

Mon objectif avec cette liste dont, c’est de les placer en position de pouvoir. Elles ont le pouvoir de déterminer ce qu’elles aiment, ce qui est dérangeant ou pas, et de donner leur opinion qui sera écouté.
.
Le principe est simple: j’ai placé une feuille sur le tableau magnétique pour y inscrire nos règles. J’ai préparé des papiers permettant aux enfants de proposer des règles (avec aide pour les petits) et on s’est placé en position d’observation.

Quels comportements ne sont pas appréciés? Plutôt que de juste voir les cris et les colères, nous essayons d’identifier les sources.

Un des premiers éléments qui est ressorti: le respect de la bulle. À l’heure du dîner, j’ai sondé les enfants : “Tel règle as été proposé, comment vous sentez-vous par rapport à cette situation?”

Nous avons rapidement constaté que tous les enfants avaient ce besoin de sentir que les autres respectaient leur bulle. Il est intéressant de noter que chacun a sa propre perception de sa bulle. C’est d’un commun accord que la règle a été accepté et noté.

Une autre règle proposé : fermer la porte de dehors pour éviter les mouches. Deux de nos enfants ont peurs de ces insectes volants et ont demandé cet ajout. La fois suivante, quand la porte est resté ouverte, j’ai nommé à Charlotte : ” Oh, tu te rappelles de la règle que nous avons décidé à propos de la porte?” Elle est revenue en courant, souriante pour la fermer.

Nos enfants sont en train de bâtir leur propre code de vie, d’apprendre à vivre ensemble et c’est vraiment intéressant à voir. Nous avons choisis de mettre les règles au fur et à mesures des incidents, la liste reste toujours ouverte. Ainsi, ça devient vraiment significatif parce que chaque règle a une histoire, des émotions exprimés expliquant son choix.

C’est un nous qui parle plutôt qu’un “je”, et l’enfant sent que la règle lui appartient tout autant qu’aux autres membres de la famille.

Bref, ça redonne du pouvoir à l’enfant. Ça redonne du sens aux règles. Gagnant-Gagnant.

3 raisons de ne pas féliciter ses enfants (et quoi faire plutôt)

La semaine dernière, j’ai partagé une tranche de vie sur ma page facebook dans laquelle j’ai précisé que j’avais fait le choix réfléchis de ne pas féliciter ma fille. Ce passage as soulevé beaucoup de questions, et j’ai eu envie de vous en parler plus longuement. Voici dont le post en question, et ensuite je vous explique pourquoi féliciter n’est pas toujours le bon choix, et par quoi remplacer les “bravo!”

“Mais le problème, c’est que… “

C’est un jour d’été, le début des vacances et deux enfants ont joués tout le matin aux legos. En voyant l’heure du repos approché, une enfant commence à s’agiter: Elle veut continuer à jouer encore et encore. Pour pleins de raisons et la logistique, je sais que maintenir la routine est le meilleur choix. Ce qui signifie qu’elle ne pourra pas jouer aux legos pendant 1 heure ou deux, le temps que sa sœur dorme (parce que leurs legos y sont installés).

Je propose des alternatives, j’écoute, je reformule., tentant de comprendre ce qui pourrait rendre la situation acceptable pour tous:

Je valide ses émotions et ce qu’elle souhaite: 
– Hmm… Tu te sent comme ça, tu voudrais cela, et voilà pourquoi…
Je propose d’écrire:
– Et si je notais vos idées de jeux pour que vous puissiez continuer après le repos ?
Je propose un repère visuel: 
– Dès que le minuteur (time timer) sonne, tu peux rejoindre ta sœur.

Elle me regarde et me déclare alors: “ Mais le problème c’est que, j’ai très envie de jouer tout de suite. “ Je réponds : “ Oh, je vois c’est un réel problème.”

Sauf que malgré l’importance que ça as pour elle, et que je comprends tout à fait, ce n’est pas possible. Pour pleins de raisons, c’est le bon choix dans cette situation.

Alors je maintient la consigne, pleine d’empathie mais ferme.

Et alors que mentalement je me questionne sur la tournure que ça prendra. Elle se lève, fâchée… et elle court vers sa chambre. Elle prends sa poupée et la serre dans ses bras.

Je vérifie: “ Si tu le souhaites, tu peux rester dans la chambre pendant que j’endors les petits et je te berce aussi ? “

Elle hoche la tête que non, alors je pars préparer sa sœur pour la routine de la sieste, la laissant un peu seule dans sa chambre.

Et c’est alors que je la voit. Elle traverse le corridor avec sa doudou, son toutou, sa poupée et va s’installer dans le salon pour le repos.

Je danse(et ce n’est pas une expression) dans le corridor de voir que la situation s’est résolu rapidement, facilement. Tout ce qu’on fait, ça porte fruit !!

Sur le coup, j’ai envie d’aller la voir et de la féliciter, mais je sais que ça n’aurait pas le bon effet. Alors je vais dans ma chambre, je prends ma doudou, je vais la voir et j’exagère mes gestes en disant: “Voilà pleins de bisous pour toi dans ma doudou, smack smack smack smack parce que je t’aime. Si tu as besoin de bisous, cette doudou en est pleine !”

Je souris, elle sourit, la connexion est belle et bien rétablis.

cinq minutes pour jouer

3 raisons de ne pas abuser des félicitations comme encouragement

1. Une question de respect / éviter de provoquer une réponse négative

Dans le contexte ci-haut, un “bravo” n’aurait probablement pas reçu l’accueil souhaité. Féliciter quelqu’un qui se montre vulnérable, qui vient en quelque sorte d’accepter notre limite (même sans être d’accord), ça peut être vu comme un manque de respect, comme une moquerie. Selon la personnalité de l’enfant, il est possible que ça lui donne même envie d’agir de façon négative pour venir “prouver” qu’elle n’a pas “céder”.

On peut facilement imaginer qu’après une discussion corsée sur un sujet avec notre conjoint, qu’il nous félicite ensuite de suivre sa ligne de pensée soit mal reçue… Vraiment, pour moi, c’est une position qui demande beaucoup de respect.

Voici la première raison pour laquelle j’ai choisi de valider notre connexion, d’envoyer de l’amour plutôt que d’utiliser les félicitations.

2. L’importance de la motivation intrinsèque

C’est sa fierté, elle lui appartient. Elle est en train d’apprendre que cette façon d’agir est gagnante: elle avait recommencé à jouer joyeusement. Mon objectif comme mère c’est que ses actions soient motivées par ce que ça lui apporte à elle, plutôt que “pour me faire plaisir”. Elle s’est calmée, et l’issu c’est qu’ensuite elle joue, c’est une conséquence logique positive. En félicitant, je porte un jugement. J’ajoute mon opinion sur ces sentiments, je qualifie si c’est bien ou mal.

La motivation intrinsèque, c’est ce qui fait qu’on se comporte bien en tout temps parce qu’on y croit, plutôt que de se comporter bien que pour bien paraître. C’est quelque chose d’important, qui nous sert toute notre vie.

3. La perte de signification des mots surutilisée

En félicitant très fréquemment, le bravo perd de la valeur et de la sincérité. Si nos “wow!” sont la réponse standard a chacun des dessins, le jour ou notre enfant montrera un dessin remarquable, nous n’aurons rien pour le signifier. Rien pour le différencier du lot. Habituer notre enfant a ce que chacun de ses gestes, chacune de ses créations reçoivent des félicitations, c’est diminuer l’impact de ce mot, son poids. C’est pourquoi on doit garder ces mots pour les occasions qui le méritent réellement, pour que ça reste spécial. Je ne crois pas qu’il ne faille jamais féliciter notre enfant, il y a des moments ou il nous éblouira réellement et c’est parfait de le signifier.

Une alternative aux félicitations: Voir et connecter plutôt que qualifier

Notre enfant veut être vu. S’il nous montre tous ces dessins, ses prouesses, c’est souvent qu’il souhaite que nous lui confirmions ce que nous voyons en lui. C’est ainsi qu’il bâtit son image de ce qu’il est, son estime de soi. Aussi, ma façon de féliciter est généralement de souligner ce qu’elle fait pour qu’elle sache que j’en ai conscience, ou de lui exprimer l’effet de ses actions.

Devant un dessin ou un oeuvre d’art:

– Je vais décrire ce que je vois que ce soit les procédés (oh, tu as utilisé beaucoup d’orange, ta couleur préférée!), les progrès ( j’ai l’impression que tes points de couture se sont améliorés, ils sont bien droits !), l’avancée : (“Tu as déjà fait la moitié des étapes de ce bricolage.”) etc. Je vais évidemment lancer des wow pour ceux qui se démarquent réellement, mais je les garde précieusement pour mes vrais préférés.

Devant un comportement :

– Je vais décrire ce que je vois (oh, tu aides ta sœur, c’est attentionné de… ” ce que ça me fait ( j’aime être aidée, je me sens… “), décrire les habiletés, caractéristique que ça démontre (tu t’es montrée débrouillarde, il est arrivé x et tu…)

Avec ces remarques, on laisse à l’enfant la responsabilité d’y apposer un jugement, de faire le lien entre ce qu’il fait et la fierté qui en découle. Plutôt que de donner uniquement le résultat à l’enfant (notre appréciation), on lui donne le chemin qui y mène pour qu’il apprenne à voir ce qu’on voit en lui. Souvent, sans s’en rendre compte, notre bravo empêche notre enfant de voir tout l’éventail des qualités qu’il a. Bravo pour ci, bravo pour ça plutôt que de souligner tantôt sa sensibilité, et plus tard sa curiosité..

Finalement, parfois quand c’est une situation plus délicate, rétablir la connexion simplement suffit. Un geste d’amour, un regard, un toucher, tout simplement.


Des livres inspirants pour jouer avec nos enfants.

Une de mes sections préférées à la bibliothèque ? La section de livres portant sur les activités pour stimuler les enfants. J’aime les lire, découvrir différentes approches, expérimenter… Je vous en présente ici quelques-uns que j’ai bien aimés, visant les 0- 6 an principalement.

Des livres d’idées d’activités simples et classiques

Ce livre regroupe des activités toutes simples: Des comptines, des expériences à faire vivre à notre bébé. Il existe également sa jumelle: Bébés génies, dont les activités sont un peu plus axé sur le développement cognitif. C’est une bonne base d’idées pour quand on se retrouve avec notre bébé et qu’on a envie de varier notre façon de jouer avec lui. J’aime bien le fait que ce soit des activités qui ne demandent pas vraiment de matériel. Il existe des versions s’adressant à d’autres ages également.

Ce que j’aime bien faire avec ce livre, c’est laisser mes plus grandes y choisir une activité a faire avec leur petit frère.

Un autre classique dans le même style 🙂

Pour découvrir la pédagogie Highscope

Pour aller plus loin que simplement une liste d’activités: ce livre permets de réfléchir au niveau de l’aménagement, de l’horaire, des interventions de l’adulte.. C’est un livre axé sur la pédagogie Highscope dans la tranche d’age 6 mois à 2 ans et demi. J’y ai puisé beaucoup d’inspiration.

Pour s’initier aux activités inspirés de la pédagogie Montessori

J’ai beaucoup apprécié la série de livres Montessori a la maison, dont chacun des livres aborde un thème précis. On y retrouve des idées concrètes d’activités, inspiré de la pédagogie Montessori. Un conte pour les enfants, sur le même thème que les activités, vient avec chaque livre.

Se laisser inspirer par la pédagogie Steiner-Waldorf

Ce livre ci-haut, c’est un de ceux que mes enfants ont préférés. Il est très complet: des activités créatives détaillés étape par étape, des contes a lire, des rituels.. C’est une programmation complète d’un an d’activités axé sur Steiner-waldorf en plus d’explications sur cette pédagogie. C’est vraiment un outil merveilleux !

Ce sont mes préférés, mais il y en as beaucoup d’autres pour tous les goûts. Bonnes lectures !

Le jeu libre est stimulant et éducatif. / Éduquer sans planifications mensuels thématiques


(….)

Un adulte attentif, informé et intéressé/enthousiaste.

C’est ce qui fait la différence selon moi.

Pour certains, il est difficile de comprendre la nuance entre ne pas stimuler les enfants de la façon “traditionnelle” et ne pas stimuler les enfants du tout.

Parfois on va faire l’erreur de penser que croire au jeu libre signifie ne pas accorder d’importance au développement de l’enfant. Quand on ne comprends pas cette façon de faire et la démarche derrière, c’est inquiétant, effrayant. On peut même imaginer qu’on obtient des enfants laissés à eux-mêmes, que c’est la recette qui crée ces enfants qui arrivent en maternelle sans être “prêts”.

C’est bien tout le contraire.

Je vais vous dire ce que moi je vis par rapport au jeu libre.

En laissant les enfants jouer, ils ne cessent de me donner des indices clairs de leurs besoins, de où ils en sont, de leurs intérêts. Ça permet de cibler exactement la bonne période pour introduire quelque chose au moment où ça sera le plus significatif pour l’enfant. Au moment où ça compte, et de la façon dont ça compte.

Pis ben oui, parfois, la bonne réponse que leur jeu m’envoie c’est : non merci, je n’ai besoin de rien. Parfois vaut mieux les laisser jouer, maturer, évoluer, et attendre simplement qu’ils fassent le tour de ces habiletés qu’ils maîtrisent présentement.

Ça peut faire peur au début. On vit dans l’impression que l’enfant doit être en train de se diriger vers l’étape suivante à tout moment. Puis on se rends compte qu’il n’y a pas à avoir peur, la plupart du temps l’enfant a tout ce qu’il faut en lui et dans son environnement pour se développer.

Et s’il a un besoin d’un coup de pouce, un adulte attentif, informé et intéressé pourra accompagner l’enfant. (Ou demander de l’aide, ou mettre des choses en place, ou n’importe quelle autre variable nécessaire.)

Parfois, vu de l’extérieur, on peut avoir l’impression que tout est laissé au hasard.

Je peux vous confirmer qu’il y a énormément de réflexion derrière chacun des aménagements, des opportunités offertes aux enfants. C’est planifié, fait avec intention. C’est une approche dynamique, modulé par les intérêts/envies/choix des enfants.

Choisir de laisser une grande liberté de jeu aux enfants ce n’est pas dire non à tous les jeux “de règles” ou dirigés par l’adulte. C’est simplement cesser de penser que tout ce qui vient de l’adulte a plus de valeur. Revoir la hiérarchie du jeu. Laisser de la place à ce qui part de l’enfant. Proposer plutôt que diriger.

Les résultats sont fascinants.

Évidemment, ça va plus loin. Ça peut être le début vers une nouvelle forme de relation avec l’enfant. Vers un style plus démocratique, bienveillant. Lorsqu’on base la relation sur un sincère intérêt de l’autre. On peut rebondir sur ses acquis, leur permettant de s’enrichir.

Bref, est-ce que je vous ai parlé de mes enfants? Parce qu’ils font des choses magnifiques. Ils démontrent des habiletés qui me surprennent même parfois.

Tout ça est une question d’équilibre, mais j’ai l’impression parfois que plusieurs milieux sont tombées dans le piège du trop. Trop de planification. Trop de règles, de directions. Trop d’informations. Trop de tout au nom de la stimulation. Parce qu’on veut montrer à quel point on tiens au développement de notre enfant et un bricolage ça paraît mieux qu’une photo où notre enfant joue dans la boue avec un bâton.

Ps: on a l’impression qu’encourager le jeu libre c’est se condamner à ne rien faire d’éducatif parce qu’on vit avec cette vieille croyance qu’apprendre est pénible. Mais la plupart des enfants aiment naturellement découper, compter, et tout ces acquis “préscolaire”. Il suffit que le contexte et l’environnement s’y prête, de la bonne façon selon qui ils sont. Parfois ça sera subtil, il faut être attentif pour ne pas manquer ces occasions d’être témoins d’un enfant en plein développement.

La pleine conscience, une des clés du bonheur parental

Pour vous je ne sait pas, mais pour moi, c’est ce qui fait la différence entre percevoir que je passe une mauvaise nuit ou percevoir la richesse de ces moments avec mes enfants. Je réfléchis cette article depuis des semaines, et je suis heureuse de vous l’offrir aujourd’hui. J’espère que ça résonnera en vous.

La première fois qu’on entend la notion de “pleine conscience” ou “pleine présence”, on peut avoir l’impression qu’il s’agit d’une nouvelle mode pour laquelle on devra trouver du temps dans notre horaire. On peut avoir l’impression que la méditation et ces styles d’approches de la vie ne fonctionnent que dans un silence paisible, dans un endroit doux, seule 30 ou 45 minutes. J’aimerais bien un jour avoir ce style de relaxation profonde dans un contexte idéalisé, mais ce n’est pas ma réalité présentement. On en reparlera quand mes enfants feront tous leurs nuits, et que la normalité sonore de ma maison diminuera en décibels.

La pleine conscience n’as pas à être dans un endroit isolé, lumineux et plaisant visuellement a la pinterest pendant 30 minutes matin et soir. Votre vie est bruyante? La pleine conscience le sera. La pleine conscience prend place dans votre vie, comme elle est déjà. La différence n’est pas au niveau de ce qui se passe extérieurement, mais à l’intérieur.

Ce n’est pas une activité qu’on doit ajouté à notre horaire, c’est un état. Lorsque je me place dans cet état, je porte un regard différent sur ce qui se produit autour de moi. Je suis en mode analyse. Je sors du mode automatisé.
J’utilise mes cinq sens pour prendre acte de ce que je ressens. J’interroge mon cœur, mes émotions.

Je souris en pleine conscience, parce que ce que je vis, c’est beau.
Je deviens spectateur de ma vie et c’est généralement savoureux. Il m’arrive régulièrement de me dire: ” Wow, c’est beau ce que je vit” et de sourire aux petits bonheurs. Être dans mon lit avec mon nourrisson qui babille. Lire un livre avec mes enfants autour de moi. Prendre une marche au printemps. Voir mes enfants manifestés des habiletés, des émotions, des traces de leur personnalité. Recevoir ce dont j’avais besoin.

On a perdu la notion d’apprécier “l’ordinaire” mais la vérité c’est que rien n’est ordinaire.

C’est une richesse immense que de pouvoir côtoyer des enfants. De recevoir. De donner. De pouvoir acheter ce dont on as envie. De manger de bons aliments. Rien n’est acquis, tout est un privilège. Il faut en prendre conscience, s’arrêter, et regarder d’un autre regard ce qu’on vit. En considérant tout comme ordinaire, on oublie aussi de s’apprécier. C’est comme si on négligeait de prendre le mérite.

L’ancrage dans le présent : Faire le tour des sens
Je porte attention aux sensations (le poids, la chaleur, le doux, le rugueux),
Je porte attention aux bruits (la musique, la voix, le vent, les oiseaux)
Je porte attention aux odeurs (sa peau de bébé, la chandelle, l’odeur du printemps)
Je porte attention aux goûts
Je porte attention aux images (les détails de ses cheveux, ses oreilles, un coin de ma maison qui me rends heureuse et sereine)

Du même coup, j’apprends à me connaître, à reconnaître ce qui me fait du bien, à prendre soin de moi.

Jouer avec le temps
Je porte aussi attention à ce que se passe a l’intérieur de moi. Est-ce que je vis correspond a une projection que j’ai faite dans le passé ? à un objectif pour lequel j’ai travaillé ? Suis-je fière, heureuse, nostalgique ? Parfois je joue avec le temps, essayant de me replacer dans les sensations que j’avais lorsque j’imaginais, j’anticipais ce moment qui est finalement arrivé. Je le fait également avec le futur; je prends conscience de ces moments dont je veut me rappeler plus tard.

Sur un côté un peu plus “spirituel” ou ésotérique, dans certains moments très importants, je peux imaginer voir presque ressentir les liens invisibles qui me lient à d’autres personnes. Vous savez, ces pensée positives qu’on envoie aà ceux près de nous ? Je me souviens m’être levée le matin de mon accouchement et avoir respiré et imaginé ceux qui étaient avec moi, avoir pris acte de la force qu’ils m’envoyaient.

Pourquoi être plus conscient du moment présent ?
Pour être plus heureux et se rendre compte de ce qu’on a déjà de positif.
Pour moins tomber dans le piège de l’automatisation.
Pour réapprendre à être dans le présent plutôt qu’a toujours chercher la nouveauté, la distraction (avec son téléphone)
Pour se ressourcer, même au milieu du chaos.
Pour remplir notre réservoir d’énergie émotionnelle.

Et si vous essayiez, quelques fois par jour, d’être pleinement conscient de la vie autour de vous ? Au milieu des difficultés, du chaos, il y a certainement de petites choses positives qui méritent votre attention, reconnaissance, joie.


Un exemple raconté

Bon 1 mois sur terre mon bébé! 

Ce matin à 4 heures et quelques, tu t’es réveillé. Téter n’as pas suffit à te rendormir alors je me suis levée, j’ai changé ta couche et je t’ai emmaillotté. Puis, je me suis installée dans la chaise berçante avec toi. Je t’ai parlé et tu me regardais, les yeux dans les yeux. Je t’ai dit : tu as un mois mon fils! Je t’ai flatté les cheveux. J’ai tenté de profiter de chaque seconde, d’emmagasiner en moi ces souvenirs. Puis j’ai chanté alors que tu as commencé à t’agiter. J’en étais à la poulette brune quand tu as finalement fermé les yeux.

5h30 du matin
Pendant que je te berçait encore, ta soeur de 4 ans est venue se glisser dans mon lit. Elle s’est collé à papa. J’ai attendu un peu, puis je t’ai déposé à côté de papa et je l’ai prit.

Elle s’est réveillée à cause du bruit des déneigeuses qui lui fait peur.
Je l’ai emmené devant la fenêtre pour regarder avec elle les tracteurs qui déneigent les rues. Ils sont bruyants, lumineux dans la nuit. Nous les avons observé quelques minutes. Elle a but de l’eau. J’ai proposée de lui prêter ma veste en laine et d’y mettre un peu de he de lavande. “Des gouttes qui sentent bons”. Elle as acquiescé, à sentit l’odeur et elle est retournée à son lit où je l’ai bordée. Je lui ai confiée que quand j’était à l’hôpital, je dormait avec quelques gouttes de lavande près de moi. Moi aussi, j’aime ça sentir ces gouttes qui sentent bon… Si pour elle ça sent “maman”, pour moi ça sent la maison.

En sortant de sa chambre, j’ai entendue Alice (2 ans) qui se réveillait. Probablement à cause de mes pas. Je suis allée la bercer, j’ai profiter de la douceur de ses cheveux et de la beauté de ses traits. Je l’ai déposée dans son lit, je me suis couchée à côté d’elle et elle m’as prit dans ses bras. Collée collée. J’ai passé plusieurs minutes ainsi à me rappeler le petit bébé qu’elle as été, l’enfant qu’elle devient. Je lui ai proposé ma jaquette pour la recouvrir.

Dans le silence du matin, j’ai allumée une chandelle. Il était 6h. J’ai mit des fleurs au centre de la table. Ramassé un peu le salon. Préparé des ciseaux et de la laine pour qu’elles puissent reprendre l’activité de la veille dès le réveil. 

Puis tu t’es réveillé mon bébé, tu avais soif. Tes soeurs relaxaient dans leurs lits, lisaient. Je suis allée les inviter à venir me rejoindre. Je t’ai allaité en regardant la vie autour de moi. Tu es resté éveillé un moment, je t’ai habillé sur la table au milieu du déjeuner de tes soeurs. Puis, fatigué, tu as dormit au travers la routine matinale, alors que d’une main je te gardais contre moi et de l’autre je peignait des cheveux, brossait des dents etc..

Maintenant, papa s’occupe de tes soeurs et nous on profite du calme de ma chambre. Tu dort contre moi alors que j’écris ces mots pour ne jamais oublier le bonheur d’un simple matin. Pour me souvenir quand tu sera grand du matin où tu as atteint 4 semaines de vie.



La routine des enfants : tenir compte des parents

Dernièrement, sur mon blog, je vous ai parlé de ma routine quotidienne, hebdomadaire, et aussi de différentes idées à y intégrer. J’ai oublié de vous parler d’un point important: Tenir compte du parent et son unicité. Lorsqu’on met en place une nouvelle routine pour nos enfants, notre focus va généralement être sur ce qu’on pense être le meilleur pour eux. Un élément à considérer (et qu’on oublie bien souvent) c’est que pour qu’une routine soit efficace, il faut avoir envie de la respecter. Ça ne sert à rien qu’elle soit parfaite sur papier, conforme aux standards de tel ou tel pédagogie, si dans la réalité, elle est peu plaisante à vivre. Aujourd’hui donc, j’ai envie de vous inviter
à réfléchir davantage au “être ensemble” et a ce que ça signifie pour votre famille.

De petits ajustements permettent de prévoir des moments dans la journée où le parent fait, ou vit des choses qui lui font du bien. Un parent ayant ses besoins répondus sera plus disponible émotionnellement pour accompagner son enfant. L’enfant grandira avec le modèle d’un adulte sachant prendre soin de lui. Bref, tous en bénéficieront.

Apprendre à se connaître

Bien des livres proposeront des réponses bien différentes à ce qui est sensé faire du bien, supposé vous ancrer dans le quotidien. Méditer silencieusement de longues minutes, ça ne me rejoint pas mais j’ai découvert que dessiner me procure un haut niveau de détente (et ce même si je dessine mal!). J’aime également lire un livre, aller dehors, écouter de la musique québécoise et être dans une pièce où il y a une chandelle parfumée.


Une fois que j’ai une bonne idée de ce qui me ressource et de mes besoins, j’ai réfléchi à comment l’intégrer dans la routine des enfants. Ce n’est pas pour rien que mes enfants associent la chandelle aux moments de calmes, c’est parce que pour moi ça faisait du sens, car ça me fait du bien à moi aussi. Pour vous, ça peut être autre chose. De la même façon, j’ai choisi de faire une grande place a la lecture et à l’art dans nos activités et pas seulement pour les enfants: je prévois une période chaque jour ou je lis un livre a moi pendant que mes enfants lisent leurs livres autour de moi. La musique? C’est devenu un réflexe pour moi d’en mettre le matin pendant qu’ils jouent librement et que je m’active dans mes tâches.

Je vais vous donner un exemple concret de ce processus.
Au troisième trimestre de ma dernière grossesse, j’étais fatiguée. J’ai identifié le besoin de passer du temps allongée (pour me reposer physiquement) et lire (pour me reposer mentalement). Mes enfants avaient besoin de mon attention, et de calme pour se ressourcer parce qu’ils vivaient aussi un peu plus de stress que d’habitude (se faire garder plus souvent entre autres). C’est comme ça que j’ai mis au point une nouvelle période dans notre routine: Lecture et chandelle. Je m’installais, couchée sur le lit d’une de mes filles et je lisais pour elles. Après quelques livres racontées, je leur annonçais que maintenant j’allais lire un livre “d’adulte”. Je lisais donc mon livre alors qu’elles fouillaient dans le bac de livre, m’imitant avec leurs livres imagés, ou jouaient doucement près de moi. J’allumais une chandelle, de la musique douce parfois pour l’ambiance. Nos besoins étaient tous répondus et ça m’aidait beaucoup à traverser la journée (et elles aussi).

Pourquoi le planifier à même la routine des enfants?
Parce que 1, on augmente nos chances de prendre le temps de le faire.
Parce que 2, nos enfants bénéficient de nous voir coudre, dessiner, lire, danser, s’entraîner près d’eux. Ce qui as du sens pour nous, en a souvent pour eux aussi.
Parce que 3, on en vient à créer des associations (et nos enfants aussi) et ça devient naturel.
Parce que 4, on devient un parent plus disponible, parce qu’on peut réfléchir au meilleur moment pour chaque activité, a comment faire pour que ça se déroule plus facilement plutôt que d’être “pris par surprise” par des besoins soudains de nos enfants et risquer de sentir que ce n’est jamais le bon moment.

Parce que ce qu’on lit sur internet ne marchera probablement pas dans notre famille.

En fait oui, mais non, mais oui.
Disons qu’il vaut mieux y aller plus simplement, que de tomber dans la spirale de déception et culpabilité. Parfois, on oublie. On oublie de tenir compte de sa réalité et on vise “le plan parfait”. On se retrouve alors à être déçue. Déçue de nous, de nos enfants, de notre famille. “Ben voyons, peux-tu croire que mes enfants a moi, ils sont pas capable de… ” “Pourquoi moi j’y arrive pas a tenir une routine comme ça ?” Ou pire encore, parfois ça marche, mais personne n’y a vraiment de plaisir.

La vérité, c’est qu’il existe trop de bonnes choses.
J’ai une liste qui me spirale dans la tete de temps en temps, de tout ce qu’il serait bien de faire chaque jour pour mes enfants. Je vous jure, en 2019, cette énumération de “c’est bon pour le développement” n’as pas de fin. C’est ce qui rends 100 fois plus important la capacité de faire une routine centrée sur votre famille et son unicité.

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